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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 20:28

ABDERRAHMANE-OULD-SALEM.JPGDétrompez-vous, messieurs les pessimistes ! Le cinéma mauritanien peut bel et bien tirer son épingle du jeu dans le gotha du cinéma mondial. Les raisons de le croire existent. La preuve : "Il y a l’envie, les idées, le courage et le contenu", explique Abderrahmane Ahmed Salem, directeur de la Maison des Cinéastes. Alors Diable que manque-t-il ?"L’encadrement, la production et la diffusion", répond-il. Pour ce faire, il faut inéluctablement qu’il y ait une véritable volonté de la part de l’Etat de sortir le cinéma mauritanien de son état de somnolence. Entretien avec Abderrahmane Ahmed Salem, directeur de la Maison des Cinéastes.

 

Le Rénovateur Quotidien : Le cinéma mauritanien est toujours presque aux abonnés absents à l’occasion des grandes rencontres cinématographiques sur le continent Africain. Pourquoi cette faible participation ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : En fait, il y a une nouvelle émergence du cinéma mauritanien qui est beaucoup plus professionnel incarnée par Abderrahmane Sissako et Mohamed Hondo. Ce cinéma est déjà très présent sur le plan international. Mais, c’est plutôt un travail personnel des réalisateurs. Ce n’est pas un travail de l’appareil de l’Etat ou des responsables de la diffusion de la culture mauritanienne à l’étranger. Abderrahmane Sissako est reconnu grâce à son discours panafricain et presque universel. Mohamed Hondo, lui, représente la première génération. Il a été, dans les années 70, plusieurs au FESPACO. Après, il y a la nouvelle génération du cinéma mauritanien même s’il est fragile. C’est vrai qu’il ne profite pas d’une présence internationale.

 

Le Rénovateur Quotidien : Cette nouvelle génération dont vous faites allusion a-t-elle une visibilité internationale ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : Il y a les tentatives de la Maison des Cinéastes qui ont abouti à la participation d’un certain nombre des festivals internationaux comme "Films à tout prix" à Bruxelles ou le Festival d’Al jazeera, au Maroc ou au Sénégal. Mais, ça a été toujours des initiatives de la Maison des Cinéastes. Ce n’est pas une volonté de la part de la part de l’Etat de faire passer les images de la Mauritanie ailleurs. Et, je pense qu’il y a vraiment une urgence à la fois de la fabrication de cette image et en même temps de sa présentation ailleurs. On sait que dans certains festivals, il y a même des films plus fragiles que les petits films de la nouvelle génération mauritanienne. Mais, c’est des films qui profitent d’une volonté du département du cinéma ou de la culture dans leur pays de le passer ailleurs. Ça ne peut pas être forcément une présence pour gagner des prix mais c’est une présence pour présenter le pays et pour bien sûr profiter de ce que ces festivals génèrent.

 

Le Rénovateur Quotidien : A ce rythme-là, est-ce qu’on peut s’attendre d’ici deux ans et plus de voir des cinéastes de la trempe d’Abderrahmane Sissako ou de Mohamed Hondo ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : Je pense que deux ans, c’est trop rapide. Si, on continue avec le rythme actuel, on peut d’ici 5 ans avoir des gens qui font des films assez bien. Par exemple, cette année-ci, on a commencé une nouvelle tentative avec "Ciné majuscules" qui est une formation exigeante et touche tout ce qui est artistique et technique. Cette formation, si elle continue au bout de trois ans, elle va devenir une école de cinéma. Et, quand on arrive à ce stade, on peut dire voilà on peut avoir une production. C’est vrai que la production risque de ne pas avoir le contenu. Le contenu exige l’envie, le désir et ce qui risque d’y avoir, c’est le côté artistique et technique. Et, avec une formation professionnelle, on peut combler ce retard-là.

 

Le Rénovateur Quotidien : L’Etat mauritanien n’a-t-il pas une part de responsabilité dans ce retard-là ?

 

 

Abderrahmane Ahmed Salem : C’est incontestable ! Et, quand je dis d’ici cinq ans, je parle de notre temps, nous, au niveau de la Maison des Cinéastes. S’il y a une volonté de l’Etat, on peut faire émerger un cinéma après-demain. S’il y a une vraie volonté de l’Etat, on peut monter tout de suite des projets de formation, des ateliers et des écoles. On peut monter des festivals, envoyer des gens à l’étranger pour apprendre. On peut inviter des professionnels en Mauritanie pour y venir faire des ateliers. Je pense que la responsabilité totale de la sortie du cinéma mauritanien, c’est une responsabilité de l’Etat. Parce qu’une association comme la Maison des Cinéastes, elle ne peut pas être responsable en aucun cas de la situation. Elle fait ce qu’elle peut faire mais à l’échelle d’une association.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que le cinéma mauritanien ne pêche pas dans le choix des thèmes d’où sa difficulté à percer sur le plan international ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : Je pense que non. Les deux choses les plus importantes pour la réussite d’un film c’est l’originalité de l’idée, bien sûr il y a le degré d’engagement, mais surtout la beauté du film. C’est des choses qui ne manquent pas en Mauritanie. Si la beauté d’un film, c’est la beauté du paysage et des acteurs, on a toute la beauté sauvage classique. S’il y a l’engagement et les thèmes, on a tous les thèmes vierges qu’on ne peut pas retrouver dans d’autres cinémas. Le cinéma risque maintenant de répéter des thèmes dans le nouveau film. Je pense que ce qui est important et ce qui manque ici, c’est l’encadrement, c’est la deuxième partie de la chaîne de production qui est la production proprement dite du film et sa diffusion.

 

Le Rénovateur Quotidien : Donc, toutes les conditions ne sont pas encore réunies pour avoir l’émergence du cinéma mauritanien sur le plan international ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : Non pas encore. Il y a l’envie, les idées, le courage, le contenu. Mais, à vrai dire, on n’est pas encore prêt. Parce qu’il n’y a pas la capacité technique. On est obligés, si on veut faire des choses sérieuses et professionnelles, de faire appel à des techniciens d’ailleurs. On est obligés d’amener en tout cas le matériel professionnel ailleurs. On est obligés, si on veut faire une postproduction professionnelle, de le faire ailleurs aussi. Et, après tout ça, ça manque le côté administratif : la simplicité des circuits, la disponibilisation des mécanismes d’appui à la production… Non, on n’est pas encore prêt !

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

 

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Published by ducdejoal - dans Cinéma
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