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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 22:46

Si, aujourd’hui, une nouvelle génération férue de cinéma est en train d’éclore, c’est grâce au travail titanesque qui a été abattu dans ce sens par la Maison des cinéastes. Celle-ci organise régulièrement la Semaine Nationale du Film (SENAF) qui aura lieu, pour l’édition 2009, du 23 au 29 octobre et placée sous le haut patronage du Premier Ministre Moulaye Ould Mohamed Laghdaf. C’est grâce donc à l’impulsion de cette structure cinématographique que l’on voit aujourd’hui en Mauritanie des jeunes investir les guêtres du cinéma. Durant une semaine, le cinéma mauritanien sera à l’honneur. Au programme, des projections de films «Parlez-vous la langue images ?» et «Cinémajuscules 2009», des débats sur le cinéma féminin, des courts-métrages en hommage aux artistes peintres mauritaniens…A quelques heures de l’ouverture de la SENAF qui en est à sa quatrième édition, Abderrahmane Ahmed Salem revient, dans l’interview suivante, sur la manifestation.
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Le Rénovateur Quotidien : Pour la quatrième édition de la Semaine Nationale du Film (SENAF) qui se tiendra du 23 au 29 octobre prochain, le thème choisi est «le métissage en toile de fond». Est-ce que vous estimez que les mauritaniens ne vivent pas souvent en harmonie ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : C’est presque classique d’expliquer cela. C’est un débat quotidien. C’est un échange quotidien au sein des familles et un peu partout. Je pense qu’on n’a pas encore atteint un certain degré de cohésion sociale pour être réaliste. On a besoin de commencer mais de commencer bien d’une manière très précise dans les démarches de la cohabitation. Ce souci rentre dans le cadre d’une vision générale de la Maison des Cinéastes qui est le rapprochement des hommes et des cultures et qui est traduit aussi par le projet «vivons ensemble» dans lequel on essaie de créer des plates-formes d’échanges entre ethnies et castes. La SENAF, c’est aussi une rencontre annuelle qui est un peu la somme de nos activités. C’est bien d’avoir un changement entre cet évènement comme une capitalisation de nos actions et l’objectif de la maison des cinéastes qui est le rapprochement des hommes et des cultures.

 

Le Rénovateur Quotidien : Cette année-ci encore, la Maison des cinéastes nous fait découvrir de nouvelles têtes d’affiche. Au-delà de leur émergence, qu’est-ce qui est véritablement recherché ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : On cherche encore plus loin dans le rapprochement non seulement au niveau de la Mauritanie mais également le rapprochement entre la Mauritanie et le reste du monde. Parce qu’on commence à être déconnecté du monde qui nous entoure. Notre pays est devenu un pays que personne ne veut malheureusement pas visiter. A notre niveau, on essaie d’inviter différents gens de divers horizons des cinq continents qui vont peut-être voir une Mauritanie qui n’est pas la Mauritanie des armes, des kamikazes…

 

Le Rénovateur Quotidien : On remarque aujourd’hui que le cinéma mauritanien se porte assez bien. Mais, l’absence d’une politique volontariste de la part de l’Etat et de salles de cinéma ne risquent-elles pas de plomber cette situation ? 

 

Abderrahmane Ahmed Salem : J’ai envie de dire que ce n’est plus un problème de volonté politique. C’est pire que ça ! C’est un problème d’ignorance. En général, la volonté doit être précédée par une compréhension. Je pense que le problème en Mauritanie, c’est qu’on est un peu perdu. On vient de sortir d’une crise qui a tellement duré, qui a perturbé tout le monde. Bien évidemment, c’est la culture qui va avoir plus de mal parce qu’elle vient en dernière position dans l’action du gouvernement. Cette volonté, si elle arrive un jour à s’installer, elle doit passer d’abord par d’autres étapes. Il faut que le gouvernement comprend d’abord : quelle image doit-elle chercher pour la culture mauritanienne ? Comment peut-on la présenter ? Et comment doit-on faire pour que la Mauritanie avance dans tel secteur culturel ? Il faut aussi des mécanismes d’exécution qui commencent d’abord par l’injection de professionnels dans le secteur, former des gens et recycler d’autres tout en et s’ouvrant aux autres. On est dans un monde qui évolue.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’aujourd’hui l’Etat mauritanien ne devrait pas suivre l’exemple de l’Etat burkinabé qui s’est impliqué dans l’organisation et la réussite du FESCAPO qui est devenue aujourd’hui une vitrine de ce pays ?  

 

Abderrahmane Ahmed Salem : Je pense qu’on a beaucoup de chances si on veut suivre l’expérience du FESPACO dans le cinéma ou celle du Brésil dans le domaine du football. On a beaucoup de chances par exemple dans la poésie, dans les contes. On est une société orale. Mais, pour le cinéma, on a encore d’autres chances qui sont différentes de celles de la poésie ou du conte. On est dans un pays où l’image est tellement naturelle et vierge. Mais, elle n’a pas encore été exploitée. Nos paysages sont tellement riches et je pense qu’en investissant dans les décors naturels, on peut avoir comme ceux de Ouarzazate ou Hollywood.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye NDIAYE

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Published by Babacar Baye Ndiaye - dans Cinéma
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