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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 20:55

sissako_6068.jpgL’auteur du film Bamako qui lui a valu la distinction de l’Etalon de Yélinga Abderrahmane Cissako a appelé dimanche les autorités mauritaniennes notamment le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports à soutenir et à appuyer les initiatives de la Maison des Cinéastes qui représente, selon lui, un symbole très fort.

 

C’est toujours un plaisir d’entendre Abderrahmane Cissako parler de culture, de développement, d’avenir  et d’unité. Il en a été beaucoup question durant toute sa conférence de presse. A cette occasion, il n’a pas manqué l’opportunité de souligner toute son admiration envers les femmes et hommes qui composent la Maison des Cinéastes. Et surtout toute sa considération envers Abderrahmane O. Salem, malheureusement absent à cette conférence de presse.

 

"Si la Maison des Cinéastes est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est grâce à un homme (Abderrahmane O. Salem, NDLR)", a-t-il déclaré. Mais cela n’est pas suffisant pour lui. "Une seule personne ne peut pas tout faire. Il faut une volonté commune et des énergies", dit-il avant d’ajouter : "Il ne peut y avoir de développement sans un développement culturel. Ce n’est pas possible ! Aucun pays ne peut se développer sans se regarder en face. La Culture, elle permet à quelqu’un de se voir dans son miroir. Lorsqu’on n’a pas la capacité de se voir, d’intégrer son voisin, son frère, on n’est pas fort soi-même."

 

Pour lui, la Culture peut jouer un rôle fédérateur en Mauritanie et que nous sommes condamnés inéluctablement à vivre en paix ensemble d’autant plus que nous formons une communauté de destin.  "L’homme doit se réconcilier en permanence avec soi-même et son voisin. C’est pourquoi on dit assalamou aleykoum", explique-t-il.

 

"Nous sommes encore un pays jeune. Quand voit les indépendances, c’est assez récent. Les accidents qui ont eu lieu dans cette vie récente de ce pays, je pense qu’il faut l’accepter, le comprendre et penser au futur. 50 ans pour un pays, ce n’est rien. C’est à nous jeunes de bâtir ce pays et nous pouvons le faire. La culture peut jouer un rôle fondamental dans tout cela", rappelle-t-il en donnant l’exemple de la Maison des Cinéastes.

 

"Plus on est une force, plus on est une vérité. Une vérité, elle peut ne pas s’imposer un jour, deux jours ou trois jours. Mais une vérité, elle s’impose toujours. Elle va finir par s’imposer parce qu’elle transcende tout. Elle va s’imposer parce qu’il y a toujours des gens qui y croient", ajoute Abderrahmane Cissako.

 

A ses yeux, la Mauritanie et les mauritaniens doivent essayer de tourner la page et affronter avec lucidité les défis qui leur sont posés et non pas s’attarder sur des choses inutiles qui ne les font pas avancer.

 

"Nous venons tous de milieux simples et de sociétés simples. La notion 'je viens d’une grande famille' ne doit pas être notre objectif. Je n’ai jamais cherché -et je ne le ferai pas- à me positionner et à expliquer véritablement d’où je viens. Je ne rentre pas dans les détails. Quand on rentre dans la justification de quelque chose, on encourage autre chose. Je suis un homme et je cherche à être honnête avec moi-même. Je cherche à être honnête avec mon peuple. Je ferai un travail dans ce sens. Je n’ai pas besoin d’appartenir à tel ou tel. Je n’en ai pas franchement besoin. Je crois aussi le rôle de la culture, c’est ça : comment arriver à réconcilier les hommes, comment arriver à gommer les concepts qui sont dans les mentalités et qui nous ramènent en bas. En procédant ainsi, on crée finalement la méfiance de l’autre. On crée des barrières qui, en réalité, n’existent pas. Et c’est une erreur de se glorifier de ses origines parce que ça n’a pas d’importance. Toute origine est forte. Toute origine est glorieuse. On ne peut pas être plus glorieux que son voisin. On est des êtres humains et je pense que chaque être humain  doit faire en sorte d’apporter la paix", commente-t-il.

 

"Je crois en l’homme même si on est souvent déçu par des comportements humains, affirme-t-il. Mais l’homme est toujours capable du meilleur. Et c’est ce meilleur qu’il faut toujours cultiver à chaque fois. C’est un travail très lent : le travail de la culture et c’est trop long aussi ; donc, il ne faut pas s’attendre à un résultat aujourd’hui ou demain."

 

"A chaque fois que je suis en Mauritanie, j’ai le sentiment de n’avoir pas fait assez. Je suis là beaucoup plus confortable qu’ailleurs et malheureusement certaines choses s’imposent à moi tout simplement comme cinéaste africain", confie Abderrahmane Ahmed Salem. "Quand on appartient à une injustice qu’est l’Afrique, la mission est beaucoup plus lourde et beaucoup plus importante. Un acte, on le pose pour le continent parce qu’il en a besoin. Mais chaque être humain, il vient de quelque part. lorsqu’on ton pays te manque, tu n’es pas forcément fort. Mais quand tu n’es plus dans ton pays, tu as une capacité qui permet d’entrevoir les choses d’une certaine façon et peut-être de l’aimer encore plus. Quand on vit des quotidiens difficiles, on est déçu beaucoup plus facilement", ajoute l’auteur de Bamako.

 

Il conclut : "Je ne cherche pas de façon phraséologique en parlant ou en écrivant d’avoir des positions politiques ou de parler de la souffrance des gens. Je ne suis pas encore ici pour vivre un quotidien. Mais ce qui passe me concerne. J’ai envie de me battre pour l’avenir du pays parce que je crois en l’avenir de ce pays-là".

 

Babacar Baye Ndiaye

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Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Cinéma
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