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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 23:04

Le cinéma, c’est sa passion. "Cette passion a grandi et s’est développée en moi, et m’a conduit à considérer l’autre et de me rapprocher de lui", révèle-t-il dans un entretien accordé à "Magharebia". Dans cette interview, Abderrahmane Ould Ahmed Salem explique comment il a pu entrer dans le monde du cinéma en particulier dans une société traditionnelle et conservatrice.

 

"A cette époque, j'allais à la campagne pour montrer à mes amis un spectacle sous la forme de photos intermittentes, un peu à la manière de ce que l'on appelait “le théâtre des ombres” dans le théâtre ancien, se souvient-il. Les problèmes auxquels j'étais confronté dans cette société bédouine, prise entre l'attitude de la sharia vis-à-vis du cinéma et l'appréhension toute bédouine de tout ce qui est statique, étaient énormes".

 

A l’en croire, la société mauritanienne n’avait pas en face d’elle une véritable entité créative et stable. Pourtant, cela n’a pas empêché que les mauritaniens réagissent au cinéma lorsqu’ils commencèrent à s’y identifier. "Dans l'un des spectacles itinérants organisés par la Maison des Cinéastes à Oualata, l'une des villes historiques de la partie orientale de la Mauritanie, un film tourné dans la ville avait été projeté. Les habitants de Oualata ne l'avaient jamais vu depuis son tournage en 1952. Nous avons remarqué l'intensité et l'émotion suscitée par ce film", explique-t-il.

 

Interrogé sur l’extrémisme chez les jeunes mauritaniens, Abderrahmane Ould Ahmed Salem lie ce phénomène au fait que la jeunesse souffre de marginalisation et du manque de possibilités de parvenir à ses aspirations. En outre, il appuie son argument sur le fait que "les jeunes ne connaissent pas “l’autre” parce qu’ils n’en ont jamais eu". "Ils reçoivent seulement des images importées, sans disposer des capacités nécessaires pour discerner le bien du mal", dit-il.

 

Puisque le cinéma à lui seul ne peut pas constituer une solution pour ces jeunes, que faire alors dans une telle situation ? Il préconise dans ce sens des programmes, parmi tant d’autres, destinés à la jeunesse mauritanienne comme par exemple : former les jeunes à utiliser une machine à travers laquelle ils pourront présenter un film reflétant leurs opinions sans avoir besoin d'un forum politique pour ce faire, et les former à lire les images.

 

Toujours, au sujet de l’extrémisme chez les jeunes, il a laissé entendre que les érudits et les prêcheurs n'ont pas su nous donner une vraie image de la religion. "La religion a jusqu'à présent était projetée… sous forme d'interdits et de tabous qui n'ont rien à avoir avec la vie de tous les jours, pas même avec la religion elle-même parfois", fait-il remarquer. "La religion n'est pas là pour asservir les gens, mais pour les servir. Ces gens n'ont pas été capables de nous présenter la religion sous sa forme brillante, spirituelle et ouverte. Ils se limitent à véhiculer jusqu'à présent des interdits, des takfirs, du désordre…", poursuit-il.

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Pour Abderrahmane Ould Ahmed Salem, ceux qui présentent la religion n'ont pas été capables de passer de l'étape de la pratique religieuse purement rituelle à celle du vécu quotidien. "La religion nous a été présentée sous la forme de la prière uniquement, et non sous la forme d'un style de vie, comme les bonnes manières, un sourire face à des invités, l'attention aux pauvres, etc", affirme-t-il, déplorant que cette image ne soit pas celle du monde musulman.

 

Il s’inscrit en faux contre ceux qui pensent que le cinéma peut être un moyen de changement. "L'art en général n'est pas fait pour changer, mais pour poser des questions et soulever des problèmes, affirme-t-il. Les peintres, les musiciens, les dramaturges et les réalisateurs se doivent de poser les problèmes, ce qui en soi peut soulever un débat, et c'est ce débat qui peut induire le changement".

 

L’avenir du cinéma en Mauritanie a été aussi abordé dans l’interview qu’Abderrahmane Ould Ahmed Salem a accordée à "Magharebia". Pour lui, cet avenir repose sur deux choses : la présence d'une véritable volonté politique permanente et l’exigence que les gens puissent repenser les choses au lieu de ne s’intéresser qu’aux intérêts immédiats. "Un travail créatif qui ne trouve pas la liberté ne verra pas le jour. S'il nait, ce sera par le biais d'une césarienne, et s'il réussit à vivre, il sera handicapé. L'art créatif doit être libre", a-t-il conclu.

 

Babacar Baye Ndiaye

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Published by ducdejoal - dans Cinéma
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