Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 19:36

altero.jpgSeydou Diongue, alias Altéro, n’a rien perdu de sa profondeur textuelle et musicale. Ni son talent encore moins son public comme en témoigne son concert du 29 septembre 2011, à l’Institut Français de Mauritanie (IFM), où il a produit un spectacle de musique sur fond de reggae des plus inattendus.

Ce petit-fils de feu Seydou Ba, un pionnier de l’Orchestre National de Mauritanie, est en Mauritanie l’une des rares incarnations du reggae, cette musique de liberté, d’amour et de résistance. Ces trois mots mythiques résument le noyau de sa musique.

Né en 1981 à Nouakchott, ce longiligne artiste aux traits émaciés et fins a grandi aux rues des Blocs de la Capitale, y a joué au ballon et aux billes sans oublier le saut à la corde. Au milieu des années 90, il commence à titiller le micro, écrit ses propres textes. Cette voix taillée dans le roc de la musique soul, du gospel et du rhythm and blues (R&B) a été révélée au grand public par Number One African Salam (NAS).

Il quittera ce collectif pour former, avec Big Power devenu entre temps Waraba, Dangerous Family. Ils connaissent un succès fou à Nouakchott et à l’intérieur du pays. Leurs textes durs et ravageurs les propulsent très rapidement au sommet, avant que chacun ne trace son propre sillon.

De son côté, Altéro qui avait commencé sa carrière dans le rap se tourne résolument vers le reggae, après avoir fait partie d’un collectif, le 994 Crew, qui a réuni de grands noms du rap mauritanien à l’image de Diam Mint Tekky, Monza, Couliman, Papis Koné…Il se trace une nouvelle direction et se réinvente en écoutant des figures emblématiques de la scène reggae/dancehall comme Capleton, Sizzla et notamment Bushman.

Puis, il se retrouve devant un rouleau compresseur en vendant secrètement et illégalement de la drogue pour gagner un peu de thunes dans un pays où être artiste ressemble à la vie mouvementée d’un Envoyé de Dieu. Il sera arrêté et envoyé en prison où il séjournera deux bonnes années. "J’ai vu des gens qui souffraient, qui ne recevaient pas de visites", se souvient Altéro. "Lorsqu’une personne traverse ce genre de situation, elle doit changer à sa sortie de prison. C’est une perte de temps de passer même une journée en prison", ajoute-t-il.

Cette expérience carcérale semble lui avoir ouvert les yeux. Aujourd’hui, cette parenthèse lui a permis de se définir à gros traits une philosophie où la liberté est désormais au cœur de sa musique et de ses textes. Comme un ultime souvenir, Altéro a composé, à sa sortie de prison, une chanson qui parle de lui, de sa vie carcérale, de sa révolte contre la domination, de son engagement. Ce morceau, intitulé "liberté", a été interprété lors de son concert.

Depuis qu’il est sorti de prison, Altéro écrit, compose, crache son passé sur des bouts de papier, n’arrive plus à contenir son énergie. Il a décidé, comme marqué au fer rouge, de ne plus se taire, de ne pas laisser l’injustice se fertiliser. Chez Altéro, l’heure n’est plus aux attitudes lascives.

D’ailleurs, il vient de composer un morceau qu’il a interprété, lors de son concert à l’IFM, qui a secoué le public et fait tabac. Il s’agit de "Touche pas à ma nationalité". Plein de sincérité et de vérité, ce morceau a été composé en un temps records, pour mettre ses pieds dans les feux de l’actualité dominée par le controversé recensement.

Aujourd’hui, Altéro joue sur le temps et la musique. Pour ce concert, il avait aux chœurs Farouck et Max. A la batterie, on trouvait Cheikhou Ba et Philippe Jelmomi au saxophone. Ousmane Touré, Guéladjo Ba et Domi Blanc Bec complètent le Desert Band. Altéro compte s’appuyer sur cette équipe remarquable pour sortir sur le marché sa première production musicale.

Il se dit avoir trouvé du plaisir en jouant avec cet orchestre, un bon plongeon qui semble l’avoir basculé. Avec Altéro sur scène, on se bute toujours sur des mélodies bien échafaudées. Avec ce concert, on a découvert un Altéro qui est revenu sur la scène musicale changé. Cerise sur le gâteau, un film est en train d’être réalisé sur lui. Comme quoi, personne n’est à l’abri des mauvais moments de l’histoire. Mais, l’essentiel, c’est de savoir se relever.

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

Partager cet article

Repost 0
Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Evenements-Concerts
commenter cet article

commentaires