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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 20:07

Athie-Mohamed-El-Michry.JPGL’Association "Empreintes Culturelles" est une association qui favorise la promotion des arts et de la culture ainsi que la préservation et la valorisation du patrimoine culturel mauritanien sous tous ses aspects. Nous revenons, avec un de ses membres en la personne de Athié Mohamed El Michry, sur cette association qui vise la promotion et la préservation du patrimoine, la recherche et la collecte des textes écrits ou parlés et la constitutions d’un fonds poétique mauritanien.

 

Le Rénovateur Quotidien : Les mauritaniens s’intéressent-ils vraiment à la poésie et à leur poésie de manière particulière ?

 

Athié Mohamed El Michry : (Il sourit d’abord) Excusez-moi ! Votre question ne me fait pas rire. En fait, je crois que tous ceux qui connaissent ce pays ou ceux qui ne le connaissent pas mais qui en ont entendu parler ont dit que la Mauritanie, «C’est la Terre des Hommes », «C’est le pays d’un million de poètes ». Quand on est de ce pays - ce pays qui est un trait d’union entre le monde arabe et le monde africain où pratiquement toutes les deux civilisations se retrouvent -, on ne peut pas ne pas s’intéresser à la poésie. Je crois que dans tous les milieux  mauritaniens - arabophone, poularophone, soninképhone ou wolophone -, les gens aiment bien la poésie.

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, vous disiez que la Mauritanie est "le pays d’un million de poètes". Est-ce qu’elle l’est toujours ?

 

Athié Mohamed El Michry : Vous savez, la poésie c’est comme la musique. Je dirai quelque part que c’est un militantisme. Lorsqu’on est poète, on l’est, on le reste. On ne dit pas : ‘j’étais poète’ ou ‘j’étais un artiste’. Non ! C’est comme le scoutisme. On est poète à vie. On est artiste à vie. D’ailleurs, on ne peut pas faire la différence entre l’art et la poésie.

 

Le Rénovateur Quotidien : Malgré tout ce que vous êtes en train de soutenir, on a constaté néanmoins de plus en plus un désintéressement des mauritaniens de la poésie. N’avez-vous pas peur que ce trésor ne se perde ou disparaisse faute de transmission ?

 

Athié Mohamed El Michry : Les mauritaniens ne sont pas désintéressés à la poésie. Ils ne sont pas mis dans des conditions où ils peuvent exprimer ce qu’ils ressentent. C’est une question d’espace. C’est une question de politique. C’est une question d’orientation. C’est des choix qu’il faut faire. Nous sommes un peuple nomade. Nous sommes des bergers, des pasteurs, des agriculteurs et nous aimons beaucoup les grands espaces. Ce qui se passe aujourd’hui est triste. C’est à dire qu’on ne crée pas les conditions. Il n’y pas un espace où les artistes, les écrivains, les génies créateurs mauritaniens peuvent s’exprimer.

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela est dû à quoi. Est-ce dû à un manque de volonté politique à votre avis ?

 

Athié Mohamed El Michry : Non, je ne crois pas. La volonté politique : oui. Mais le drame de ce pays, ce sont d’abord nos intellectuels. Les mauritaniens sont extrêmement intelligents. Lorsqu’un mauritanien est en dehors de son pays, les gens se rendent compte de son intelligence. Mais le problème maintenant : qu’est-ce que le gouvernement fait pour ces génies mauritaniens qu’ils soient artistes, politiciens ou journalistes.  C’est vrai : les mauritaniens sont des génies mais on ne les a pas crée des conditions. On accorde plus d’importance à l’aspect mercantile. Le mauritanien vit pour le présent !

 

Le Rénovateur Quotidien : La poésie mauritanienne a connu un grand rayonnement. D’ailleurs, c’est elle qui a fait connaître notre pays. Qu’en est-il aujourd’hui ?

 

Athié Mohamed El Michry : Je profite de cette occasion pour féliciter Ould Taleb. Il y a eu ce concours de poésie dans le monde arabe. Personne n’en a jamais entendu parler ! Il a fallu que Mohamed Ould Taleb soit parmi les derniers nominés pour qu’il y ait de la récupération. Il y a deux ans, pour la première fois, le ministère de la Culture a organisé le Festival International de la poésie. Il faut le faire à chaque fois. Cela veut dire qu’il nous faut une politique militante, un engagement de l’Etat et du Ministère de la Culture. Ces poètes en herbe, il en existe. Ils sont dans les écoles fondamentales, les lycées, les campements. Il faut faire des compétitions artistiques et culturelles mais surtout créer des espaces culturels où les gens peuvent s’exprimer.

 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous avez applaudi lorsqu’on a institué le prix de la poésie. Justement, qu’en pensez-vous ?

 

Athié Mohamed El Michry : Je l’ai applaudi mais je suggère aussi qu’il ne soit pas l’apanage seulement du ministère de la Culture. Il faudrait que chaque maire, chaque élu, ait dans sa politique, une politique culturelle. L’Etat, c’est un tout. Lorsque l’Etat crée dans son organigramme un ministère de la Culture et des Arts, c’est qu’il a une vision sur ce qu’il veut faire. L’institution, c’est l’institution. Maintenant, ce sont les hommes qui sont dans cette institution qui doivent redynamiser cette institution. Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte de dialogue, dans un contexte de mondialisation, nous devons poussons l’Etat à aller vers ce que nous voulons.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vers quoi par exemple ?

 

Athié Mohamed El Michry : Par rapport à nos besoins. Amenons l’Etat à répondre à nos besoins. Je suis un cadre du ministère de la Jeunesse et des Sports mais je peux travailler dans le domaine des Arts et de la Culture. Aujourd’hui, les maisons des livres font partie du patrimoine institutionnel du ministère des Arts et de la Culture. Il n’y a pas une Moughataa ou une wilaya, où il n’y a pas ces maisons de livres. Il faut aller vers ces maisons de livres. Il faut les animer. Il faut que nous ayons des hommes qui se spécialisent et s’intéressent  à la Culture. Des journalistes comme vous pour diffuser. On a le temps de chercher de l’argent. Pour le moment, il faut que les gens sachent que dans le contexte dans lequel nous sommes, nous avons besoin que ce pays soit connu à l’étranger par le biais de ses artistes, de ses intellectuels, et de sa jeunesse. Il faut redynamiser, il faut revaloriser la jeunesse mauritanienne à travers des activités artistiques et culturelles. Il faut que le ministère de l’Education nationale revalorise cet aspect dans ses programmes.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez donc qu’on n’accorde pas assez de crédit aux activités culturelles et artistiques en Mauritanie ?

 

Athié Mohamed El Michry : La Culture est essentielle dans notre pays. On ne peut pas vivre de la nostalgie. L’Islam, c’est une religion. Ce n’est pas l’apanage de la Mauritanie. Elle appartient à la communauté universelle. Le Coran appartient à tout le monde. Mais chaque peuple, chaque communauté, a ses usages, ses traditions, sa façon de vivre. La manière dont nous vivons ici, ce n’est pas la même chose que celle en Arabie Saoudite. Ce n’est pas la même avec celle du Nigeria. La Culture, c’est plus que ça.

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est par rapport à tout cela que vous avez décidé de mettre en place "Empreintes Culturelles"?

 

Athié Mohamed El Michry : Quoiqu’on dise, ce pays est très bien positionné. Aujourd’hui, nous avons des relations exceptionnelles avec l’Espagne. On ne peut pas parler des almoravides sans penser à l’Espagne. On ne peut pas parler de l’Andalousie sans penser à la Mauritanie. Le fanion de l’équipe de Bastia, c’est la tête d’un maure. Lorsqu’on parle de Chinghetty, on parle de la culture arabe, de la culture maure. Lorsqu’on parle de Koumbi Saleh, c’est la culture négro africaine. Lorsqu’on parle de l’empire de Macyna, c’est la culture peule. Tout ça se retrouve en Mauritanie. Quand on parle d’ «Empreintes Culturelles », ce n’est pas par hasard que nous avons pris cette dénomination. Ce pays est un tout : l’Afrique est là, le monde arabe est là.

 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous aviez quelque chose à dire au Ministre de la Culture et de la Communication, ce serait quoi ?

 

Athié Mohamed El Michry : Je lui dirai tout simplement de permettre aux artistes de s’exprimer. Que le ministère accompagne les initiatives culturelles ! Il ne revient pas au ministère d’organiser, d’orienter, d’exécuter et d’appliquer des programmes artistiquement.

 

Le Rénovateur Quotidien : Quelles sont les perspectives d’ "Empreintes Culturelles" dans l’immédiat ?

 

Athié Mohamed El Michry : Je n’ai jamais été pessimiste parce que j’ai la foi. Ce pays, quoiqu’on dise, sortira grandi dans les dix prochaines à venir. Nous ne devons que les autres à travers leurs télévisions diffuser une partie de nous-mêmes. Il faut qu’aujourd’hui que le halpoular sache ce que c’est que la culture soninké. Que celui du Nord sache ce que c’est que la culture du sud ! Le mauritanien lambda non-politique n’a pas de problème d’unité. Je pense que le problème revient à ces hommes politiques, à ces intellectuels qui font de la manipulation.  Le peuple mauritanien en lui-même dans son essence, son terroir, son fond, n’est pas divisé. Mais je pense qu’aujourd’hui, il faudrait que les gens se connaissent, se découvrent et la poésie, les arts sont la forme la plus pacifique pour rapprocher les hommes.

 

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

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Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Le Grand Entretien Exclusif
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