Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 16:31

bakhan

Bercé par les musiques de Youssou Ndour et de Salif Kéita, deux icônes de la musique africaine, Bakhan a été révélé au grand public en 2009, lors du concours du Prix RFI Découvertes. Trois ans plus tard, que lui reste-t-il de cette période ? Réponse dans cette interview qui évoque également son séjour à Nairobi où il est actuellement, ses déceptions, son combat pour le respect des artistes, son envie de faire connaitre la richesse culturelle de son pays. "Nous ne sommes pas destinés à partir à l'étranger. Nous aimons notre pays et voulons y rester pour faire marcher les choses et développer sa richesse culturelle", entonne Bakhan. Entretien.

Cridem : Vous êtes au Kenya pour plus de deux mois. Es-ce que c’est votre quête d’ouverture musicale et de nouvelles sonorités musicales qui vous ont mené dans ce pays ?

Bakhan : D'abord pour des raisons familiales, bien sûr l'ouverture musicale aussi car on découvre et s'enrichit toujours par les voyages et puis l'objectif de faire des concerts parce que Ndeysan est écouté à Nairobi depuis sa sortie, il y a un public qui souhaiterait bien le vivre en live.

Cridem : Vous avez été finaliste du Prix RFI Découvertes 2009 remporté par le sénégalais Naby. Qu’a symbolisé pour vous cette expérience personnelle et musicale?

Bakhan : Pour moi, c'est la découverte du monde professionnel de la musique, une orientation finale de ma musique et puis la naissance de mon premier album solo, Ndeysan.

Cridem : Après votre finale, on vous a entendu en France, au Tchad, au Sénégal sauf en Mauritanie. Alors, qu’est-ce qui s’est passé ?

Bakhan : Oui, en France d'abord parce que l’opportunité d'enregistrer et de réaliser Ndeysan dans des studios professionnels et avec des professionnels s'était présentée. Je me suis dit pourquoi pas le sortir d'abord sur place pour rencontrer plus de monde, faire plus de contacts pour la suite et jouer aussi pour faire connaitre ma musique, mon pays.

Ce fut très important pour moi. Je me suis vite rendu compte que notre culture et notre pays sont très peu connus à l'étranger. A travers mes voyages, j'essaye ainsi de communiquer et de parler de notre magnifique culture. Au Tchad, j'ai rencontré des gens qui m'ont beaucoup soutenu. Cela a été extraordinaire pour moi de partager notre musique avec le public d'un autre pays sahélien.

Juste après, je suis arrivé à Nouakchott où j'ai été contacté par la Communauté Urbaine de Nouakchott (CUN) pour représenter notre capitale au Festival Rubidium organisé à Gorée et Dakar aux côtés de Coumba Sala, Mouna Mint Dendenni, Fama Mbaye... C'est en décembre prochain que nous avons prévu de faire la promotion de l'album au Sénégal. Nous avons déjà commencé les contacts.

Cridem : Depuis votre retour, vous ne vous êtes produit que deux fois. C’était, pour le premier spectacle, à l’Institut Français de Mauritanie, à l’occasion de la Fête de la Musique et le second, lors de la finale de la Coupe Nationale de football disputée le 6 juillet 2012 au Stade Olympique. Est-ce que vous espériez mieux que cela ?

Bakhan : Non, j'ai fait exactement ce qui était prévu à Nouakchott, deux concerts. Après, on devait jouer à Nouadhibou, Rosso et Kaédi mais beaucoup de raisons telles que les problèmes techniques que nous avons rencontrés lors de ces deux dates à Nouakchott, le manque de structures organisées en Mauritanie et puis l'arrivée du Ramadan ont fait que nous avions repoussé nos dates. Une bonne réalisation de concert demande beaucoup de choses, on y travaille pour présenter Ndeysan dans des bonnes conditions au public de ces villes très prochainement.

Cridem : Cela fait maintenant 3 ans que l’album Ndeysan est sorti. Alors, est-ce que la sortie d’un deuxième album s’est déjà dessinée dans votre tête ?

Bakhan : L'album est sorti le 07 janvier 2011 à Paris, donc juste un an et sept mois. Bien sûr que j'ai fait beaucoup de compositions pour le deuxième et troisième album mais pour le moment, finissons d'abord l'aventure Ndeysan qui ne fait que commencer.

Cridem : Depuis votre retour, vous n’êtes pas reçu par le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Etes-vous déçu ?

Bakhan: Non, je ne suis pas déçu car je connaissais cette réalité avant de partir, je suis juste surpris que ce pays reste au même niveau où je l'avais laissé, il y a plusieurs années. Je veux parler des discriminations raciales dont nous sommes toujours victimes et que personne ne veut admettre.

Les gens ont tendance à dire que le Ministère de la Culture ne fait rien pour les artistes. Moi, je dis qu'il fait plein de choses, seulement, il ne le fait que pour certaines personnes. Ce n'est pas nouveau mais c'est pire encore aujourd'hui.

J'ai fait mon devoir de citoyen mauritanien, à peine arrivé chez moi, je suis allé rencontrer le Directeur de la Culture (Adnane Ould Beyrouck, Ndlr) et apporter mon dossier et cd à Madame la Ministre. Entre temps, je suis reparti en France et à mon retour, ils avaient perdu mon dossier. Personne n'était capable de me dire où celui-ci se trouvait.

En insistant, Monsieur le Directeur m'a un jour appelé à peine une demi-heure après que je sois sorti de son bureau pour me dire que finalement, ils ne l'ont pas retrouvé mais qu'ils s'étaient arrangés pour me faire rencontrer la Ministre le deux juillet passé. J'ai attendu jusqu'au jour du rendez-vous sans nouvelles et j'ai donc rappelé le Directeur qui m'a dit que le rendez-vous était reporté à une date inconnue et jusque là il n'y a pas eu de suite, ilal calam.

Je ne demande pas d’être reçu comme un héros parce qu'il y a plein d'autres artistes qui font des choses extraordinaires dans ce pays mais que personne n’encourage. Je demande juste que nous soyons mieux traités par notre ministère de tutelle comme tout autre artiste du  pays. Nous avons droit d’être soutenus par notre ministère pas forcement économiquement mais au moins moralement et artistiquement.

Jusqu'à quand allons-nous dire que le Ministère ne fait rien? Nous, les jeunes, n'allons pas continuer à fuir, à se réfugier dans d'autres pays parce que nous avons notre pays. Le Ministère doit faire et cela devrait commencer par la baisse du prix de location de l'ancienne Maison des jeunes, la seule salle nationale où les jeunes des ghettos pouvaient se produire qui, à l'époque, était louée à moins de 40.000 UM. Aujourd’hui, elle revient à 200.000 UM sans compter les autorisations de police à plus de 30.000 UM. Souvent, les spectacles sont interrompus alors qu’on a rempli toutes les formalités.

Ils cherchent chaque jour à nous décourager. Ils ne participent jamais à nos manifestations. Ils ne facilitent pas leurs réalisations. Tout ce que le Directeur de la Culture peut nous proposer, c'est une recommandation qui n'est même pas respectée par toutes les autorités, déjà à Nouakchott, encore moins dans le reste du pays.

Nous ne sommes pas destinés à partir à l'étranger, nous aimons notre pays et voulons y rester pour faire marcher les choses et développer sa richesse culturelle.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

Partager cet article

Repost 0
Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Interviews
commenter cet article

commentaires