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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 22:57

Avec le temps, il a fini, dans la persévérance, à se faire une place dans le théâtre en Mauritanie. Son One Man Show du jeudi 15 janvier au Centre Culturel Français Antoine de Saint-Exupéry de Nouakchott n’a fait que confirmer tout le talent qu’on pensait de lui. Pour son véritable One Man Show, il a superbement réussi son coup!

 

Ce n’est pas de la flatterie. Avec lui, au moins, on est sûr de passer une bonne soirée avec des vannes à vous couper le souffle. Il n’est pas encore Jonathan Lambert. Mais, il n’en demeure pas moins un personnage atypique. D’ailleurs, comme tout le reste des comédiens ! Il est aussi drôle que talentueux. Ses textes, écrits par lui-même, s’inspirent des réalités sociales mauritaniennes. Il n’épargne personne dans ses mises en scène qui sont de véritables moments de délice. Il a des idées rigolotes, un vrai clown de scène. Avec lui, on ne s’ennuie jamais.

 

Même si ses sorties sont peu fréquentes, chaque représentation sur scène est un cadre idéal pour lui de montrer le vrai visage de la société mauritanienne. De l’émancipation de la femme à la parité entre hommes et femmes en passant par le Sida, la crise économique et les tabous qui entourent notre vie sexuelle, Daouda Kane met à nu, pour le plus grand plaisir des spectateurs, les fourberies de la société mauritanienne, sans choquer. Il fascine par sa maîtrise du langage, de l’improvisation et surtout de l’amusement. Le théâtre a fait de lui une célébrité. Aujourd’hui, il s’investit dans la promotion du théâtre en Mauritanie.

Incroyable que le destin de Daouda Kane qui n’a jamais pensé faire du théâtre."Au début, ce n’était pas pour devenir un professionnel du théâtre, explique-t-il. C’était juste pour monter sur scène et découvrir un nouveau monde. A la fin, c’est devenu une passion".

 

Pour ce comique qui a mûri entre temps, tout a commencé en 2001."Le théâtre, j’y suis venu par un pur hasard. J’étais abonné à la bibliothèque du Ccf. A cette période, j’étais encore élève-électricien au lycée technique de Nouakchott. Je suis venu par hasard et j’ai vu une affiche sur la quelle étaient griffonnées les conditions d’inscription pour faire du théâtre", se souvient Daouda Kane.

 

Du coup, il commence à participer aux cours de théâtre sous l’encadrement de Mamadou Ba, metteur en scène. Il restera trois ans avant de monter sur la scène. Avec la compagnie professionnelle du théâtre nomade, il voyage à Dakar, en 2005, pour participer à un festival. Voyant que chacun des membres de cette compagnie avait d’autres chats à fouetter, il lance, en 2007, sa propre compagnie de théâtre "Vents de Sable" et se dit : vogue la galère !

 

Depuis, Daouda Kane et "Vents de Sable" semblent vivre des jours heureux. Pour autant, il ne s’emporte pas. "Car, chaque jour, il y a des améliorations à faire et à apporter", dit-il. Pour lui, il n’y a pas de secret. Le théâtre, pour lui, est un refuge d’enrober la réalité, son identité. "Louis de Funès disait que les gens utilisent leurs faiblesses pour faire rire", rappelle-t-il.

 

Daouda Kane est certes euphorique, décomplexé voire déroutant sur scène. Mais, en dehors de la scène, il ressemble à une grenade dégoupillée. On se demanderait même si c’est lui !"Je ne suis pas timide. Je suis calme. Quand je sors de la scène, il m’arrive de dire des conneries. Mais, c’est limité", se défend-il.

 

Chez lui, c’est lui qui amuse la galerie, avec la complicité de sa belle-sœur, Aminata Dia. D’ailleurs, elle a été présente à son One Man Show. "On se taquine sans cesse! Dès qu’elle tombe malade, il n’y a plus d’ambiance à la maison", dit-il.

 

Aujourd’hui, Daouda Kane assume, avec humilité, son rôle d’observateur de la société mauritanienne. Daouda Kane, c’est parfois de l’insolence et de la provocation. Mais, jamais, il ne choque. Il aime se moquer des autres. "Je me moque des personnes que je connais, des personnes qui représentent quelque chose pour moi, des personnes que je côtoie le plus souvent…", tient-il à préciser. Il lui arrive parfois d’être sérieux."Par exemple, lorsque je suis avec de grandes personnes, je ne gueule pas trop", dit-il.

 

Daouda Kane ne fait pas que faire rire. En dehors du théâtre, il exerce son métier d’informaticien. Il parvient à allier ces deux métiers même si parfois c’est un peu compliqué pour lui. Lui qui n’a pas sa langue dans sa poche peut s’aventurer sur tous les terrains sauf sur celui de la politique et notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer l’évolution du pays. Ça l’irrite! "Je suis un artiste et non un politicien", affirme-t-il. Le temps de racler sa voix, il rajoute : "C’est vrai en tant que jeune soucieux de son avenir, c’est tout à fait normal qu’on se pose des questions : où va la Mauritanie ?".

 

Au sujet du coup d’Etat du 6 août 2008, il n’a pas voulu mettre ses pieds dans le plat. Pour lui, cela dépasse le cadre artistique. Là-dessus : pas de commentaires ! Il le laisse aux analystes politiques.

 

 

Daouda Kane a la voix, le médium et une présence scénique incroyable. Du cinéma, il en rêve. Item pour une carrière théâtrale internationale. Comme à l’image de ses idoles telles que Jamel Debbouze, Gad, Anna Roumanov…Daouda Kane semble bien tracer son chemin pour arriver à son objectif : devenir une star mondiale de la scène ! En attendant que cela se réalise, il continue son petit bout de chemin avec les éléments de sa compagnie "Vents de Sable" à savoir Safiétou Diallo, Oumar Sy, Coumba Camara, Sarr Amadou, Maimouna Anne, Yasmine Diallo.

 

Babacar Baye Ndiaye

 

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