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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 14:18

Demba TandianDemba Tandia est une star, un apôtre du métissage de haut vol. Partout où il se produit, il fait un malheur. Et pourtant, il n’aurait jamais dû chanter.

 

Ses albums cartonnent en France, aux Etats-Unis d’Amérique, en Afrique. En 2002, début da sa carrière musicale, personne n’aurait misé un rond sur sa rapide ascension musicale et personnelle qu’il connait aujourd’hui.

 

Peu d'artistes mauritaniens ont eu une carrière aussi flamboyante que la sienne. Il profite, sans avoir la grosse tête, de son statut. Mais aussi de sa notoriété et de la vie. A 32 ans, Demba Tandia est une célébrité dans le milieu soninké, un oumoutallah pour la musique mauritanienne. Rencontre avec cet artiste qu'on avait, jeune adolescent déjà, prédit un destin de chanteur.

 

Cheveux rasés, mine soignée, jovial et décontracté, Demba Tandia, en pantalon jean, nous reçoit, en ce 11 février 2011, à 20h, avant son spectacle à l'ancienne maison des Jeunes de Nouakchott, où il se produit pour la énième fois, dans son appartement à l'immeuble Lauréat de Tévragh-Zéina, à Nouakchott. Ce jeune artiste fait aujourd’hui partie, sur le plan musical, de ces mauritaniens-là qui façonnent la "Mauritanie qui bouge".

 

La prophétie des dieux d’Ajar

 

Demba Tandia vient de l’Est, à Ajar (Guidimakha) où il est né en 1974. Fils d’un immigré qui s’est installé très tôt en France, il n’a jamais été à l’école. Adolescent, il avait deux vies : s’occuper des bœufs et aller aux champs. Avec le recul, il continue toujours à faire payer cette dette à ses parents. "Cela me fait très mal de n’avoir pas été à l’école. C’est pourquoi j’aime ceux qui étudient, j’encourage les jeunes à aller à l’école", dit-il.

 

A huit ans, Demba Tandia perçait les "angoisses bruissantes" des entrailles de la nature d’Ajar. "Tous les gens de mon village savaient que j’allais devenir chanteur", glousse-t-il. La prophétie des hommes et des dieux d’Ajar mettra du temps à se réaliser.

 

En 1996, il immigre en France alors qu’il ne parlait pas un mot français. A Paris, il s’intéresse à la cuisine française. "Je suis très curieux", avoue Demba Tandia, faussement candide. Pour remonter la pente, il fait une immersion dans l’univers de la gastronomie française et s’inscrit dans une école. Au bout de huit ans, il décroche haut la main son Certificat d’Aptitude Professionnelle(CAP). Il étudie en même temps, il travaille comme tout bon immigré. "Mes jours de repos, je pars à l’école pour apprendre la guitare. Au début, c’était fatiguant parce que je ne savais pas lire ni écrire les notes musicales", se souvient-il encore.

 

Son séjour dans l’Hexagone irriguera le début de sa carrière musicale. Cette voix de bronze et de roseau mettra la musique au service de sa passion pour chanter le métissage, l’amour, la vie, la fraternité, l’intégration africaine. Il intègre aussi des troupes de théâtre, de chants à l’insu de son père. Après le décès de celui-ci en 2001, il entreprend la réalisation de sa première maquette. En janvier 2003, il lance son premier album "Rémé" qui connut un succès fou.

 

L’Afrique, l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique découvrent ses "paroles de silex, dures et tranchantes" qui le placent désormais dans la lignée des grands chanteurs soninké de l’époque à l’image de Diaby Doua Camara, Mamadou Demba Magassa, Djalibah Kouyaté… Il se met à construire sa carrière musicale, se confie à la Fnac (Fédération Nationale d'Achats) qui est une chaîne de magasins spécialisée dans la distribution de produits culturels. Il surfe sur une brume magicienne. Il enchaîne coup sur coup les productions musicales. Entre 2003 et 2011, il sortira 5 albums : Magno(2004), Natta(2005), Tambo(2011), Kite(2009) et Wallé(2010). Signe qu’il mène une carrière musicale confortable difficile en Mauritanie.

 

Une assise de basalte

 

Partout où Demba Tandia se produit, il défend l’intégration des peuples tout en assumant son héritage culturel qu’il tire du Mali, du Sénégal, de la Mauritanie et de la Gambie. D’où son engagement, de bonne foi, pour la levée des forteresses contre le brassage des populations de l’Afrique unies par des liens très puissants et ineffables.

 

Après avoir vécu en France depuis 15 ans, fait le tour de l’Europe, des Etats-Unis d’Amérique, de l’Afrique de l’Ouest, Demba Tandia réfléchit de plus en plus à son retour en Mauritanie pour y investir. Mais, ne dissimule pas ses craintes motivées par la flascosité de la vie musicale en Mauritanie. "C’est très difficile. C’est très dur", avoue-t-il. "Quand je pars dans la sous-région, en Europe ou aux Etats-Unis d’Amérique, je suis content. Lorsque je joue en Mauritanie, dans mon propre pays, je ne suis pas satisfait. On n’a pas assez de matériel. C’est honteux et cela me fait très mal", poursuit-il avec beaucoup d’agacement.

 

En attendant, il continue à beaucoup bouger pour booster sa carrière, partager des scènes avec de grands artistes africains comme Baba Maal, se bat pour débarrasser la musique soninké de ses vieux démons. Sa musique qui valorise la culture soninké intronise les Musiques du monde. Son assise de basalte ?"On ne peut pas aller en guerre sans amener ses munitions". Aussi, il a réussi à donner un cachet moderne à la musique soninké.

 

Cet admirateur de haute volée de Salif Kéita, UB40, Burning Spears, Alpha Blondy, Baba Maal, Ali Farka Touré s’est forgé, aujourd’hui, un statut d’icône incontestée qui n’appartient seulement pas au patrimoine musical de la Mauritanie.

 

Babacar Baye Ndiaye dit leducdejoal

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Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Portraits-Rencontres
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