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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 19:29

Diami 2629 acc 01[1]Il est des groupes de Rap mauritanien qui n’ont pas peur de l’ombre de personne, fut-elle celle d’un justicier, d’un policier ou d’un préposé de renseignements. Parmi eux, on peut citer Diam Min Tekky.

 

Personne n’a réussi véritablement à les ébranler ou les museler. Malgré leur sale caractère, ils sont aimés par le public comme de grands seigneurs.

 

Ils prétendent être les diseurs de vérité et les faiseurs de  moralité. Ils sont de véritables rebelles, d’insupportables torpilles. A chaque concert, ils déclarent qu’ils ne veulent pas d’un président de la République qui ne s’occupe pas des problèmes des mauritaniens encore moins d’un patron radin, orgueilleux et égoïste.

 

Leurs textes très engagés leur ont valu une réputation hors pair dans le milieu du Hip Hop en Mauritanie. Cette réputation leur a valu aussi de continuer à être marginalisés dans certaines manifestations organisées notamment par les pouvoirs publics.

 

A l’occasion de chaque concert, ils ne ratent jamais l’occasion pour montrer qu’ils sont toujours les champions de la critique et de la dénonciation en Mauritanie. Dans leurs critiques, ils ne laissent personne sur le carreau. Ils n’ont pas besoin de mettre des gants pour dire tout ce qu’ils pensent du pays, du système politique mauritanien, de la situation économique et sociale du pays, des policiers corrompus qu’ils fusillent à chaque fois dans leurs spectacles…

 

Le qualificatif de "Che Guevara" leur colle bien la peau des fesses. Issus de milieux difficiles, ils luttent, à travers leurs textes engagés,  pour l’avènement d’une Mauritanie juste et débarrassée de ses turpitudes et des ses mensonges. Plusieurs fois tabassés par la police, ils n’ont jamais tempéré leur ardeur et leur détermination.

 

A cause de leur virulence verbale, ils ont fini par s’imposer sur la scène musicale comme étant de jeunes rappeurs contestataires. Même s’ils ont une tempérance qui frise souvent l’exagération. Si certains saluent leur courage et leur position très affichée et radicale sur certaines questions nationales, d’autres par contre, leur reprochent parfois leur insolence et leur impolitesse. Mais eux, ils s’en défendent bien.

 

"Dans nos sociétés, lorsque tu dis la vérité ou la réalité aux aînés, on te prend pour un jeune impoli en pensant que tu les insultes", explique Mar Ba, membre du groupe. Leurs textes portent les aspirations et les cris de désespoir de la jeunesse mauritanienne en quête de bonheur et de perspectives. C’est ça d’ailleurs qui les a poussés à prendre le microphone pour dénoncer les abus et les injustices dont est victime une certaine partie de la population mauritanienne. Leur premier album (Gonga, la vérité, sorti le 17 février 2007) les a imposés comme l’un des groupes de Rap les plus critiques en Mauritanie. Et la police était tout le temps à leurs trousses.

 

"On a eu pas mal de problèmes parce que l’album était trop engagé. Et tu sais en Mauritanie la démocratie n’existe pas et la liberté d’expression pareille", renseigne Mar Bâ.

 

Sous le régime de Mâaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, ils firent l’objet de plusieurs intimidations et menaces. Mais ce régime n’a jamais réussi à les assujettir. Entre temps, il y a eu le 3 août 2005 et l’arrivée de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à la tête du pays depuis le 19 avril 2007.

 

C’est des jeunes fougueux qui partagent les mêmes rêves et les mêmes soucis. Leurs faveurs, c’est qu’ils sont ancrés dans les réalités sociales de la Mauritanie. Leur slogan : toujours dire la vérité même s’il faut se sacrifier au prix de la liberté et de la justice. Ils auraient pu aller plus loin s’ils mêlaient dans leurs textes d’autres dialectes comme le français, l’anglais ou les autres langues du pays.

 

Plus malin qu’eux, tu meurs. Dans leur esprit, ils veulent imposer leur langue, le poular, sur la scène musicale mauritanienne. "C’est parce que nous sommes d’abord des peuls, soutient Mar Ba. On a vu aussi au Sénégal que le wolof a été imposé sur la scène musicale. Nous aussi, nous aimerions imposer notre langue."

 

Ils ne supportent pas les policiers parce que, disent-ils, c’est eux qui sont à l’origine de tout ce désordre qui règne à Nouakchott. "C’est l’ennemi de la jeunesse, rajoute Mar Bâ. Ils dérangent beaucoup. Tu vois ça (il montre une plaie cicatrisée sur le coté gauche de son visage), c’est un policier qui m’a cogné comme ça."

 

Les "Che Guevara" du Hip Hop en Mauritanie viennent de réaliser un nouveau clip sur l’immigration clandestine des jeunes africains. Même s’ils ne sont pas les meilleurs, ils font partie des meilleurs groupes de Rap en Mauritanie. Après Gonga, Diam Min Tekky est en train de préparer la sortie de son nouvel album qui sera baptisé Gonga 2. Certainement qu’il fera mouche.

 

Babacar Baye Ndiaye

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Published by leducdejoal - dans Portraits-Rencontres
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