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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 20:36

Dj-Paco.jpgSur les scènes de spectacles où il officie depuis 1990, Alioune Amadou Dieng alias Dj Paco dégage une assurance de vieux routier de l’animation. Des estrades de Rosso où il a fait ses premiers pas dans le domaine de l’animation à Radio Mauritanie, Dj Paco a réussi à se construire un parcours atypique voire une ascension fulgurante jusqu’au point de créer aujourd’hui une certaine jalousie déguisée chez la nouvelle vague d’animateurs.

 

Plus qu’une lucarne ouverte sur le monde, l’animation, qui lui a ouvert les portes de la notoriété en lui permettant de découvrir des pays du continent Noir et de côtoyer de nombreuses célébrités dans le domaine de la musique, est chez lui un acte de communication, une raison d’existence. Mais, c’est surtout chez lui quelque chose qu’il fait pour éduquer.

 

De la verve et de la voix à vendre

 

Déjà, à l’école primaire, au collège puis au lycée, la rhétorique de l’animation n’avait plus de secret pour lui. Et, si, aujourd’hui, il est devenu un animateur, c’est grâce à Michael Soumah, animateur à Dakar FM. "Si, j’ai osé faire, aujourd’hui, de la radio, c’est grâce à lui. Il m’a encadré. C’est la première personne qui m’a tendu un micro à la radio", s’enthousiasme Dj Paco. Cette rencontre changera la trajectoire de son destin.

 

Puis, subitement, l’amour du micro, l’envie d’aller jusqu’au bout de son rêve en devenant une icône de l’animation en Mauritanie, vont se révéler en lui et le pousser à marcher sur les empreintes de Michael Soumah et plus tard de celles de Claudy Siar qu’il considère comme des références voire des écoles de l’animation.

 

Entre temps, grâce aussi à sa verve et sa voix tonitruante, Dj Paco va travailler avec la marque de cigarettes "Marlboro", en mal d’image, pour participer à son implantation en Mauritanie avec comme mission de faire découvrir cette compagnie internationale auprès des Mauritaniens.

 

Il est presque sur tous les fronts de l’animation. Quelques années plus tard, plus exactement en 2005, il est sollicité pour participer au lancement de la nouvelle Radio-Jeunesse. C’est à partir de là qu’il va véritablement exploser et s’imposer. "Je vais révolutionner cette radio, faire écouter aux Mauritaniens des musiques qu’ils n’ont jamais entendues", promet-il. Il tînt son serment. Le succès est aussitôt immédiat et la fureur musicale au rendez-vous sur Radio-Jeunesse.

 

Il va, ainsi, apporter une animation chaleureuse au niveau de cette radio. Mais, l’euphorie ne sera que de courte durée. Car, Radio-Jeunesse sera fermée. Ce fut la grande déception. Dj Paco y verra une manière de "casser la jeunesse" de son pays qui commençait déjà à gouter à la fraicheur de la liberté. Et, aujourd’hui, encore, Dj Paco éprouve de la peine lorsqu’il parle de la disparition de la Radio-Jeunesse rattachée actuellement à Radio-Mauritanie où il essaie tant bien que mal de promouvoir la culture et les artistes mauritaniens.

 

Une dent contre les musiciens ?

 

Les raisons du succès de Dj Paco dans le domaine de l’animation sont à rechercher dans le reflet de sa personnalité. Comme une brise rafraichissante, il a incontestablement, par son style, apporté un nouveau coup d’éclat à la musique mauritanienne. Mais, aujourd’hui, malgré tout ce qu’il a fait, il ne peut s’empêcher de révéler que nos musiciens ne lui ont pas rendu la monnaie de sa pièce.

"Les musiciens mauritaniens ne sont pas du tout reconnaissants. Mais, qui ne reconnait pas l’effort que fait ton prochain, Dieu ne te reconnaitra jamais dans ce que tu fais", dit-il en épargnant un seul parmi d’entre eux, Ousmane Gangué.

 

Sa disponibilité ne l’épargne pas pour autant d’essuyer régulièrement les critiques des rappeurs. Tout compte fait, lui qui a participé à l’émergence du rap en Mauritanie, il ne comprend pas que certains acteurs de ce mouvement le vilipendent à tort et à travers.

 

"Je fais partie de ceux qui ont soutenu, encouragé, promu et fait beaucoup de choses pour le rap mauritanien. Je me suis battu corps et âme pour faire accepter le rap en Mauritanie. J’y ai investi mes moyens et mon énergie. Les rappeurs ne peuvent pas me payer. Ils m’ont réveillé à 4h du matin, à midi. Ils me dérangent à tout moment. Quel est ce rappeur célèbre que je n’ai pas fait passer sur les ondes de la radio", se défend-il avant de poursuivre : "Je n’essaie pas de dire ce que je veux parce que je suis mécontent." Voilà qui est clair.

 

Révéré dans le domaine de l’animation en Mauritanie, Dj Paco n’en est pas moins contesté par la nouvelle vague d’animateurs. Mais, lui, qui n’est pas tenaillé par les questions d’identité et d’appartenance, s’en moque royalement. "Ils n’ont rien compris s’ils contestent ce que je suis devenu aujourd’hui. S’ils sont aujourd’hui ce qu’ils sont, c’est grâce à moi", tient-il à préciser sans faire dans la langue de bois. Puis, de révéler : "Je suis pratiquement à la retraite. Ils n’ont qu’à en profiter. Bientôt, je vais laisser les concerts parce que j’ai autre chose à faire."

 

C’est certainement, mais ce sera d’ici quelques années, pour se convertir en homme politique. D’ores et déjà, le regard qu’il porte sur  sa ville natale n’est pas du tout tendre. "J’ai vraiment honte pour cette ville qui fait partie des premières villes du pays. Rosso était la capitale culturelle de la Mauritanie. Je n’ai jamais passé mes vacances ailleurs qu’à Rosso", lâche-t-il. Fils d’un éducateur qui a consacré toute sa vie à l’enseignement, Dj Paco pense déjà à se lancer à l’assaut de la mairie de Rosso. "Je ne serai pas contre le fait d’être le maire de Rosso", confie le petit-fils d’Ameth Bara Fall, fondateur de Garack à Rosso.

 

Avec le peu de demi-heure qu’on passe avec cet homme de scène et préoccupé par la promotion de la culture mauritanienne, on apprend très vite qu’on ne peut pas tout dire dans la vie sauf lorsqu’il s’agit de se faire entendre. "Aujourd’hui, des routes, on en a besoin. C’est pour rendre Nouakchott beaucoup plus attractif. Des immeubles, on en a besoin. Mais, aussi, on a besoin de structures et d’espaces culturels", lance Dj Paco à l’endroit de Mohamed Ould Abdel Aziz.

 

 

Babacar Baye NDIAYE

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Published by leducdejoal - dans Portraits-Rencontres
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