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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 22:58

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Il a la peau claire, le visage pâle, la chevelure ébouriffée et la voix d’un rocker. Lui, c’est Dominique Bernard, un véritable Africain de cœur. Bernard Dominique, alias Domi Blanc Bec- c’est son nom d’artiste- a passé une bonne partie de son adolescence en Afrique et plus particulièrement entre le Tchad et le Gabon. Au Tchad, il y découvre le Sahel. "Ça a été un grand choc positif", confesse-t-il. Au Gabon, il y découvre "une autre Afrique, l’Afrique équatoriale avec sa chaleur humide et sa nature exubérante".

 

De son séjour au Gabon où il a suivi des cours de Sociologie à l’université, il en garde encore des souvenirs vivaces. "La première nuit que j’ai passée dans la forêt équatoriale, ça a été une révélation en quelque sorte parce qu’on entend un orchestre carrément. On comprend pourquoi les hommes ont imité la musique des animaux et de la nature. On entend des rythmes et des sons harmonieux. C’était très fort", se rappelle-t-il.

 

Sur les traces du père…

 

Domi Blanc Bec est un éternel voyageur. Cette envie de voyager, cette curiosité de découvrir le reste du monde, il la tient de son père, Pierre Alexandre Bernard, qui a servi successivement au Tchad, au Gabon et en Mauritanie. Chaque séjour dans un pays africain, pour lui, est un raffermissement de son expérience. Il part à la découverte et à la rencontre d’autres cultures.

 

En 1980, il retourne en France pour y poursuivre ses études de Sociologie qu’il abandonnera de but en blanc pour faire du théâtre pour les enfants. Il sera tour à tour marionnettiste, photographe et technicien dans le domaine du flashage, de la mise en page…Il s’exercera même aux métiers de la scène avant d’atterrir dans les agences de publicité pour ensuite reprendre sa passion, la musique.

 

A part un bref séjour au Sénégal en Casamance en 1988, il a attendu très longtemps pour revenir en Afrique. "Ce n’est pas parce que je n’en avais pas envie mais je voulais vraiment exercer mon métier de musicien", explique-t-il. C’est ainsi qu’en juin 2008, après presque 20 ans d’absence, il arrive en Mauritanie, invité dans le cadre de la quinzaine des arts. Il découvre la capitale mauritanienne, Nouakchott."C’est la ville où précisément mon père a vécu ses 10 dernières années", renseigne-t-il. Séduit par la musique mauritanienne, il ne peut s’empêcher de crier : "Comme tout le sahel et le désert, on est dans les racines du blues !".

  

Lui qui a toujours écouté du blues sans savoir que ce genre musical venait de l’Afrique s’étonne d’entendre les ethnies du Sahel et du Sahara –arabes, africaines ou berbères- jouer cette musique. "C’est le mélange qui fait évoluer la musique et on sent bien cela dans la musique mauritanienne. C’est cela la richesse", dit-t-il.

 

Pour la petite histoire, Domi Blanc Bec est né le 27 novembre 1960, à la veille de l’indépendance nationale de la Mauritanie.  "Encore une raison qui me lie à ce pays", insiste-t-il. D’ailleurs, il compte s’y établir. Il est impressionné par le dynamisme et la jeunesse mauritanienne. "La nouvelle génération mauritanienne a envie de sortir des carcans", relève-t-il. Par rapport à la Mauritanie, il se déclare optimiste."On sent un potentiel, une énergie terrible qui est bridée et qui est muselée presque mais la force est trop grande", explique-t-il.

 

Il est émerveillé par la diversité culturelle qu’offre la capitale mauritanienne. "Nouakchott  est un carrefour d’influences (…) un brassage incroyable de culture, de métissage qui est une source très riche", affirme-t-il.

 

 

Un lien très fort avec l’Afrique

 

A 48 ans, Domi Blanc Bec qui a deux enfants peut s’estimer heureux. Car, en vingt ans, il a beaucoup appris de ses riches expériences qu’il a eues avec des africains, des antillais, des brésiliens, des réunionnais et des nord-africains en Toulouse (sud-ouest de la France) qui est un carrefour culturel. Ceci a nourri son expérience musicale et ses créations. Ce que son pays d’origine, la France, n’a pas pu réveiller en lui, l’Afrique le réveillera : la passion musicale !

 

L’évocation du mot "Afrique" est comme une sorte de ressourcement. Il n’a pas oublié que c’est l’Afrique qui l’a sauvé des griffes de la solitude et du repli sur soi. "C’est la nostalgie de l’Afrique qui m’a fait tenir debout et qui m’a fait voyager", explique-t-il dans un émerveillement presque enfantin comme pour dire qu’il a toujours le cœur en Afrique. Et lorsqu’il y met les pieds, il se sent presque comme un Africain à part entière.

 

En puisant et en s’inspirant des rites africains, il retrace la souffrance de tous ceux qui ont permis aujourd’hui qu’on parle de Hip Hop, de reggae, de Rap, de Jazz, de blues, de R’n’B. "Je fais un commerce triangulaire mais à l’envers pour redonner la dignité à toute la musique qui vient d’Afrique. Ce peuple qu’on a mis en esclavage, qu’on a soumis, qu’on a vendu, qu’on a exploité….", précise-t-il.

 

Il regrette aussi l’éclatement des guerres dans le continent africain miné par la misère, la pauvreté et les maladies. "Les guerres sont créées par les grands pouvoirs occidentaux pour permettre le commerce des armes qui garantit leur  bien-être…", explique Domi Blanc Bec en critiquant aussi les dictateurs mis en place par l’Occident et qui pillent les richesses de l’Afrique en toute impunité. "Pendant ce temps-là, le peuple crève alors qu’il y a de quoi nourrir, éduquer et donner la santé à tout le monde", se désole-t-il.

  

Aujourd’hui, il se préoccupe aussi de l’avenir du continent africain. Il est médusé de voir des jeunes africains prendre la voie de la mer dans des embarcations d’infortune. Sur ce point, c’est l’artiste engagé qui sort de son trou pour dire ce qu’il pense de la politique française sur l’immigration. Pour lui, c’est un mirage de croire que l’Europe est un Eldorado. Son avis tanche avec la réalité. "De plus en plus, les étrangers sont maltraités. Ils ne sont pas bien reçus. Déjà, vous avez vu les problèmes pour avoir un visa ou une invitation officielle. C’est de plus en plus dur pour entrer en France et y travailler. Les gens qui sont là-bas depuis dix ans avec leur travail et leur famille se font éjecter parce qu’ils n’ont pas voulu les régulariser", commente-t-il.

 

 

"La musique évolue toujours dans le mélange"

 

Son style musical, inclassable, est diversifié et métissé. "Je ne crois pas à la pureté de la musique", dit Domi Blanc Bec. Dans sa musique, on y retrouve du blues, du rhythm and blues, du swing jazz, du gospel, de la musique africaine, du reggae et de la chanson française. A l’image de son parcours personnel, sa musique est un melting-pot. Il est imbu d’influences africaines. D’ailleurs, son album "Africardiac" qui est une véritable déclaration d’amour à l’Afrique, à toutes ses composantes ethniques et à toute sa diaspora résume parfaitement cet état d’esprit.

 

Cet album sorti en 2007 en France est à son image, ouvert. "C’est pour dire que mon cœur bat pour l’Afrique. C’est un gros sac de voyage que j’ai vidé dans ce disc", dit-il. On retrouve dans sa musique un peu de l’Europe, un peu de l’Amérique et un peu de l’Afrique. Il assume son orientation musicale même si elle n’est pas assez commerciale.

 

Sur le plan musical, Domi Blanc Bec ne perd pas de temps. Déjà, il est en train de préparer son prochain album. "Il est prêt dans la tête", révèle-t-il. Ses rencontres avec Tahara Mint Hembara, Malouma, Ousmane Gangué, Diddal Jaalal, Moussa Sarr et Baguiss de Guéladjo Ba…lui ont permis d’avoir une bonne compréhension de la richesse musicale de la Mauritanie. D’ailleurs, il envisage de faire une compilation avec l’ensemble des musiciens mauritaniens. Il rêve même d’ouvrir une école de formation à Nouakchott pour y enseigner la musique. Comme Théodore Monod, Domi Blanc Bec part à la conquête du pays d’un million de poètes.

 

Babacar Baye Ndiaye

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Published by ducdejoal - dans Portraits-Rencontres
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