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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 21:31

Jusqu’au 30 novembre 2009, le Centre Culturel Marocain (CCM) de Nouakchott met à l’honneur deux artistes plasticiens mauritaniens : Amy Sow et Hamed Ould Moctar. Du filtre magique à la prière de l’aigle en passant par la fontaine et la frontière, ce sont 50 tableaux qui sont présentés et exposés. Leurs œuvres, encore dépréciées en Mauritanie, sont de plus en plus prisées sur le marché international.

 

On regrettera toutefois que le public ne soit pas venu pour découvrir les coups de peinture de ces êtres débordant d’imagination et de créativité. Hamed Ould Moctar a ceci d’effacé qu’il se confond presqu’avec ses tableaux. Et, tout l’inspire : la circulation, le chien, le chasseur, les enfants, le voyage, les jeux, les mahadras, les villes nomades menacées par l’avancée irréversible du désert, les oiseaux migrateurs…

 

Nostalgique et bohême, il ressasse, à travers ses tableaux qui dévoilent un pan de sa personnalité et de son tempérament, le temps qui passe et s’obstine à admettre, comme l’aigle qui accomplit la prière, la réalité qui l’anéantit. Chacun de ses tableaux apporte l’espoir, porte les stigmates d’une enfance, dévoile une âme blessée et égarée.

 

De ses tableaux aussi peuvent surgir furtivement des scènes épouvantables qui rappellent ces immigrés clandestins que refoule l’Europe mais qui continuent à braver les vagues monstrueuses de l’Atlantique et de la Méditerranée à la recherche du bonheur et au péril de leur vie, un rat en train de dévorer des piles de livres, une femme qui se rend à la fontaine à la recherche de l’eau qui devient de plus en plus rare et par conséquent précieux, un enfant portant des haillons…

 

Très conscient du monde qui l’entoure, Hamed Ould Moctar évoque la liberté d’expression, l’esclavage moderne, la circulation avec une description et une précision éblouissantes. Hamed Ould Moctar utilise beaucoup de couleurs dans ses tableaux, des couleurs qui ont fortement attrait à celles du désert ou du Sahara, des couleurs qui changent de tableaux en tableaux…De la femme qui s’en va à la fontaine au jeu d’enfant en passant par la mahadra et le message, bien des histoires et des souvenirs se cachent derrière les tableaux de Hamed Ould Moctar.

 

Chez Amy Sow également, on retrouve cette même sensation. Comme une poule, elle picore tout ce qui lui tombe sous le naseau. Avec cette exposition, elle est désormais à ranger dans la catégorie des femmes tigresses. Encore une fois, cette femme au teint d’ébène a montré qu’elle est une femme engagée qui se préoccupe prioritairement de l’avenir de la femme et de sa place dans le monde.

 

La femme est toujours au cœur de ses préoccupations. Les œuvres d’Amy Sow qui se regardent avec beaucoup de délectation, de grâce et de béatitude font un portrait au vitriol des hommes qui voudraient considérer la femme comme un objet sexuel et jamais comme un partenaire. Certains de ses tableaux sont une véritable charge contre les mutilations génitales féminines.

 

Aujourd’hui, la peur d’Amy Sow n’est pas le fait qu’on dévoile les secrets des femmes ou que la femme se fasse méprisée mais c’est de voir la femme presque réduite à l’humiliation. Cette recherche du bonheur de la femme est tatouée sur son front.

Leur exposition qui a commencé depuis le 16 novembre sera l’occasion de faire partager aux mauritaniens leurs différentes expériences personnelles qui resurgissent dans leurs œuvres dans lesquelles ils expriment leurs états d’âme, leurs pensées souvent ballottées entre l’incrédulité et la banalité de la vie quotidienne et les ressentiments personnels.

 

A eux deux, ils portent les fêlures d’une Mauritanie qui s’interroge sur son avenir et d’une époque cruellement troublée par des bouleversements inédits. Pour autant, à travers leurs tableaux, ils nous redonnent espoir et goût à la vie puisqu’il y a tout le temps cette once de bonheur qu’ils nous procurent en nous poussant à franchir le seuil de la liberté.

 

Et les couleurs qu’ils utilisent qui changent en fonction du thème, du cadre et du message viennent renforcer cette impression qu’on a de la vie qui, sans l’amour, devient fade. Le moins qu’on puisse dire d’Amy Sow et de Hamed Ould Moctar, c’est qu’ils ont su nous refléter les soupirs d’un monde qui est en train de s’effondrer inexorablement et lamentablement.

 

Babacar Baye NDIAYE

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