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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 18:16

Fama_Mbaye.jpgCertes, elle est novice dans la musique. Mais, on dit déjà qu’elle fera un malheur en Mauritanie d’ici quelques années. Fama Mbaye, 24 ans, est une jeune musicienne prometteuse qui a toujours le sourire au bout des lèvres. Séduisante, elle l’est. Elle est venue à la musique pour s’imposer comme tout le monde, bousculer la hiérarchie et pourquoi ne pas faire mieux que ses mamans : Thiédel Mbaye, Malouma, Hawa Djiméra, Dimi Mint Haba…

 

Incontestablement, avec Dioba, elle a de l’avenir. Originaire de Mbagne (dans la wilaya du Brakna), au Sud de la Mauritanie, Fama Mbaye est descendante d’une famille de griot. Dans sa famille, les études ne sont pas leur tasse de thé. Mais elle, elle a eu la chance d’être amenée à l’école qu’elle fréquenta jusqu’au collège. Ceci lui a permis d’avoir une certaine ouverture sur le monde.

 

En 2002, elle jette l’éponge à cause, dit-elle, de la musique. Sa décision est à la limite compréhensive. Une griotte, comme elle, n’a pas vocation de faire des études poussées. Elle n’est jamais obnubilée par les diplômes. Les études, ce ne sont pas leur marque de fabrique. 

 

Chez elle, la gêne de la chanson se transmet de génération en génération. Chaque parent lègue cet héritage à sa progéniture. Dans sa famille, tout le monde chante. C’est leur métier. On les appelle "griots". Dans les cérémonies de mariage, de baptême : c’est eux qui font office de maîtres des lieux. Fama Mbaye est aussi passée dans ces cérémonies. Lorsqu’elle n’était pas à l’école, elle était aux trousses de sa grand-mère, Coumba Rella, elle est aussi une grande poétesse musicienne.

 

Elle grandit sous l’encadrement de cette dernière qui l’amenait, depuis toute petite, dans les cérémonies. Avec sa grand-mère, elle voyagea et découvrit certaines contrées du pays. C’est dans cet environnement qu’elle se forgea une destination morale jusqu’au jour où elle rencontrât un certain Seydou Sarr, son actuel manager qui lui propose de faire carrière dans la musique. En 2006, elle quitte sa ville natale pour venir tenter sa chance à Nouakchott.

 

Ainsi donc, après plusieurs années passées à chanter dans les cérémonies, elle tourne casaque en décidant de se lancer dans une carrière musicale. Petit à petit, elle commence à creuser son sillon et se faire remarquer du grand public et des organisateurs événementiels qui ne peuvent pas se passer d’elle. Aussi, elle est invitée dans les concerts. Avec le peu d’argent qu’elle thésaurise, elle met en place un orchestre restreint. Elle commence à être sollicitée et à voyager. Dans son rôle de chef d’orchestre en tant que jeune musicienne, elle avoue ne pas rencontrer d’obstacles majeurs. 

 

Mais, depuis qu’elle est entrée dans la musique, comme profession, celle-ci lui bouffe énormément de temps. Pour autant, elle continue à chanter dans les cérémonies, le temps de perpétrer une tradition, un héritage. Pour elle, impossible de ne pas chanter dans les cérémonies. Elle serait mal appréciée et en plus cela fait partie de leurs us et coutumes. C’est une question d’honneur. Même la réussite sociale ne pouvait muer en rien cet état de fait.

 

Son grand-père n’est autre que Samba Malal, un grand maître à la fois dans l’art de chanter et de jouer du "xalam" (guitare traditionnelle africaine à une seule corde). Il a voyagé partout en Mauritanie, à travers le monde en participant à de grands festivals internationaux, pour y répandre la culture des griots. Fama Mbaye, ainsi donc, a tout le potentiel pour marcher sur les traces de son grand-père qui fut aussi un grand poète musicien dont la renommée a transcender les frontières mauritaniennes.

             

Fama Mbaye est une musicienne qui progresse vite. C’est en cela qu’elle est surprenante et qu’elle a, sans supercherie et sans fausse modestie, de beaux jours devant elle. En quelques années, elle a réussi à se faire découvrir, se faire apprécier. Et, lorsqu’elle chante, vous ne pouvez pas vous empêcher d’apprécier sa belle voix et de ressentir la chair de poule. "Quand tu es une artiste, il faut être charmante sur scène. Parmi le public : certains admirent ton comportement, d’autres sont attirés par la musique et d’autres encore font attention à ton accoutrement", dit-elle.

 

Elle est encore jeune, sans expérience musicale. Et, sans aller jusqu’à la hisser au rang d’une nouvelle Thiédel Mbaye ou Malouma, on ne peut qu’être admiratif de sa voix forte si captivante et de sa présence remarquable sur la scène. Toutefois, elle est consciente des dures réalités qui existent dans le milieu de la musique et de l’énorme espoir qui pèse sur ses frêles épaules. Elle est consciente aussi qu’elle ne peut compter que sur elle-même pour réussir dans la musique, surtout dans un pays où on rechigne à mettre la main dans la poche pour développer la musique mauritanienne qui manque malheureusement de soutien.

 

Malgré ses difficultés, elle n’est pas tentée par l’aventure, par l’exil…Elle ne veut pas s’embarquer sans biscuit dans une entreprise dans laquelle elle ne maîtrise pas les tenants et les aboutissants. "Si tous les artistes mauritaniens se tournent vers l’extérieur notamment vers le Sénégal, c’est un signe de complexe d’infériorité. Ils doivent pouvoir rester ici et changer la situation", s’écrie-t-elle. En Mauritanie, les artistes mettent trop de temps pour sortir leur premier album. Depuis 2007, elle attend le premier producteur providentiel, après avoir démarché infructueusement de nombreuses personnes.

 

Dans un monde où les mentalités évoluent vite, elle ne s’inquiète guère de la disparition progressive des griots. A une certaine époque, avant l’apparition des nouvelles technologies de l’information et de la communication, le griot était la mémoire du peuple. C’est en cela qu’il était respecté parce qu’il était leur pilier. "Si ce n’était pas lui, on ne saurait rien de l’histoire, de la vie des peuples précédents et notamment des grands hommes et des familles royales", nous rappelle Fama Mbaye.

 

Aujourd’hui, cette fonction de nos poètes musiciens est usurpée par des intrus. La musique est devenue un fourre-tout. Chacun pense avoir droit au chapitre. Il n’y a plus seulement les griots qui font office d’être les dépositaires de la mémoire collective. Cela n’inquiète pas outre mesure Fama Mbaye.

 

Fama Mbaye est ouverte à toutes les musiques. "Je n’ai pas de musique spécifique à écouter. Je dois être ouverte à toutes les musiques. Cela peut m’enrichir car chaque musicien est différent de l’autre." Fidèle en amitié. "J’entretiens les mêmes relations que j’avais avec mes ami(e)s d’enfance. Si je reviens de voyages, je m’enquiers de leurs nouvelles en les appelant". Fama Mbaye est aussi superstitieuse et se méfie comme une peste des mauvaises langues. "Récemment, j’ai eu trois programmes qui ont été annulés", raconte-t-elle en y voyant le mauvais sort. Depuis lors, elle est devenue plus attentive à sa carrière musicale.

 

Sur scène, elle s’est imposée une limite à son accoutrement : jamais de tenue sexy ou des décolletés provoquant et lascifs. C’est contre son état d’esprit et de ce que doit véhiculer une musicienne sur scène ou hors scène. Cela ne rentre pas dans sa ligne de conduite. Pour elle, une artiste doit être un miroir de la société et notamment pour les jeunes filles qui l’admirent. Les grands boubous ou les demi-saisons restent ses accoutrements favoris. Il n’empêche : cette femme est capable de faire tourner la tête par sa coquetterie, sur scène, tout spectateur. 

 

C’est elle qui compose ses chansons qui tournent essentiellement autour des faits de société. Comme Alexandre le Grand parti à la conquête du monde, elle espère, elle aussi, conquérir la Mauritanie avec sa musique et sa voix. Derrière cette apparence de jeune musicienne que tout intéresse excepté la politique, Fama Mbaye est une ambitieuse. Une carrière internationale trotte déjà dans son esprit. Elle avoue être prête à s’y engager car elle sait ce que cela implique comme ressources.

 

Et, pour le moment, elle ne pense pas au mariage même si elle avoue que les hommes qui lui font la cour ne manquent pas. Mais, elle privilège d’abord sa carrière musicale encore très fragile. Aînée de sa famille, elle rêve d’être une vedette de la musique mauritanienne. Pour elle, il n’est pas question de rater le coche. Chaque jour est un défi pour elle. Son statut de jeune musicienne n’enlèvera en rien sa détermination.

 

Issue d’une famille modeste et héritière d’une lignée qui a toujours appartenu à l’histoire des grandes familles royales, elle n’oublie pas qu’elle ne doit pas décevoir. Sa devise "je ne me décourage jamais" en dit quelque chose. Elle en appelle aussi à ses sœurs de ne pas baisser les bras pour conquérir leur indépendance. Aussi n’est-elle pas née pour chanter ?

 

Babacar Baye Ndiaye

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Published by leducdejoal - dans Portraits-Rencontres
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