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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 17:25
Hadrami-Moktar-El-Meydah.JPGEn ce vendredi 16 décembre, au village de la Biodiversité, celui qui ne jurait que par le nom de Kanté Mafila qui lui a appris à chanter et à tenir le micro remonte, après quarante ans, sur la scène. Sa voix vacillante n’a pas perdu de sa superbe et de son authenticité.
 
Avec l’Orchestre National de la République Islamique de Mauritanie, Hadrami Moktar El Meydah a connu le succès dans les années 70 avant de retomber dans l’oubli.
Sa vie a véritablement commencé en Guinée. A l’époque, il a fallu l’intervention de hauts responsables de l’Etat mauritanien encore naissant auprès de sa mère pour qu’il aiille en Guinée avec ses amis pour y constituer le premier noyau de l’Orchestre National de la République Islamique de Mauritanie.
"Ceux qui dirigeaient le pays pensaient à faire tout un pays mais pas seulement une partie. Ils ont très vite compris qu’il fallait qu’on ait nos propres musiciens et qu’on ne soit pas dépendant de Dakar ou de Paris pour amener des orchestres à des occasions solennelles", rappelle Hadrami Ould Meydah expliquant que Marième Daddah "y était pour quelque chose parce qu’elle a demandé à feu Sékou Touré s’il pouvait accueillir les jeunes mauritaniens qu’on va lui envoyer pour en faire un orchestre".
Retour en arrière
Mais, en 1975, contre toute attente, Hadrami Moktar El Meydah né le le 31 décembre 1950, à Méderdra, quitte l’Orchestre National de la République Islamique de Mauritanie au sommet de sa gloire. Cet orchestre, formé en Guinée Conakry pendant deux ans entre 1967-68, avait bousculé les vieilles traditions de la chanson mauritanienne.
A Conakry, Hadrami Moktar El Meydah et ses compagnons séjourneront à l’Institut des Beaux Arts. Ils avaient à l’époque des professeurs de musique dépêchés de Pyongyang par Sékou Touré pour les encadrer sur le plan théorique. Du Bembéya Jazz National, du Kélétigui et du Balla qui sont les principales formations musicales du pays, ils reçoivent les cours pratiques.
Leur retour en Mauritanie marquera le début d’une aventure. A l’époque, l’Orchestre National de la République Islamique de Mauritanie était constitué de feu Ibrahima Sall, Souleymane Ndiaye, Sidi Ould Gleib, Mohamed Vall Ould Mahmoud, Boilil Ould Mbareck, Sidate Ould Saoud, Brahim Fall, Soukaba Ould Linguidey, Mohamed Mahmoud Ould Mbaye, Ethmane Ould Elelouwate, Coulibaly Gagny, Seydou Bâ, Dia Thierno et Mohamed Ould Teddery. "Nous étions en avance sur notre temps et notre époque. Nous étions de très bons musiciens", confie Hadrami Moktar El Meydah.
"On a joué, pour la première fois, le 28 novembre 1968, à Nouakchott", se souvient Hadrami Moktar El Meydah, à l’époque âgé à peine de 18 ans. "On était constitué de toutes les composantes de la population mauritanienne. Ma première chanson était chantée en Malinké", ajoute-t-il.
"Après les guinéens, c’était nous"
L’Orchestre National de la République Islamique de Mauritanie a écrit les plus pages de la musique mauritanienne. Celui qui aime rappeler qu’ils ont évolué dans une époque où la musique était excellente affirme qu’ils n’avaient rien à envier aux autres pays de la sous-région.
Au Sénégal, c’était Labbah Socé et Aminata Fall qui tenaient le haut du pavé sénégalais. Au Mali, les voix de Salif Kéita et de Mory Kanté du Rail Band de Bamako déchainaient déjà les passions. En Guinée, le Bembéya Jazz National, le Kélétigui et le Balla dominaient la musique africaine. "On se permettait de dire après les guinéens, c’était nous", sourit Hadrami Moktar El Meydah.
Leur musique les ménera en 1969 en Algérie puis en Tunisie en 1973 où ils seront décorés par Habib Bourguiba. La même année, ils se produisent à Berlin en Allemagne au Festival Mondial de la Jeunesse. "Après cela, il y’a eu deux années de relachement. On avait un très bon répertoire national qui était riche et varié. Tous les autres pays souhaitaient qu’on joue pour eux", dit Hadrami Moktar El Meydah.
Puis, c’est la traversée du désert et l’Orchestre National de la République Islamique de Mauritanie plongera dans l’oubli. La musique mauritanienne subira un revers cinglant dont elle ne se remettra plus. "On n’a pas aidé les artistes à évoluer", lâche-t-il avec beaucoup de dépit.
Quarante ans après cette période glorieuse, Hadrami El Meydah Meydah est plus que jamais nostalgique. "Notre jeunesse était une jeunesse brillante, très engagée. Il n’y avait pas de délinquance", dit-il affirmant que leur génération "ne connaissait pas les préjugés raciaux".
"On était un groupe homogène qui a été envoyé dans un pays révolutionnaire. Nous n’avions pas de slogans qui allaient dans ce sens. Pour nous, la Mauritanie était une et indivisible. On ne pensait pas à ce genre de choses. C’était affreux d’ailleurs d’y penser", commente le benjamin de l’Orchestre National de la République Islamique de Mauritanie.
Après sept ans de vie passés à l’Orchestre National de la République Islamique de Mauritanie, Hadrami Moktar El Meydah quitte Nouakchott pour s’installer à Nouadhibou. Il y décroche, à la Société Nationale Industrielle et Minière (SNIM), le poste de chargé des relations extérieures.
Le cœur n’était plus à l’ouvrage
Après son départ, l’expérience de ce symbole d’unité nationale ne résistera pas à l’usure du temps. Entre temps, l’Orchestre National de la République Islamique de Mauritanie s’est établi à Nouadhibou où sera lâchement tué l’un de ses meilleurs guitaristes Ibrahima Sall, ami de Hadrami Moktar El Meydah. Cet acte barbare sera vécu par les musiciens et notamment lui comme un coup dur pénible à supporter et précipitera aussitôt la fin de l’Orchestre National de la République Islamique de Mauritanie.
"Lorsque j’ai appris la nouvelle, j’étais complètement déboussolé. Cela m’a tellement secoué. Il n’y a pas eu de suite à cet assassinat. L’auteur du crime n’a pas été arrêté et rien n’a été fait pour retrouver l’assassin. J’ai trouvé cela horrible. Après cela, j’étais découragé. C’était très triste", raconte Hadrami Moktar El Meydah.
Depuis le 31 décembre 2010, ce fils de Moktar Ould Meydah qui est l’un des plus grands compositeurs de la Mauritanie est à la retraite. Il meuble maintenant son temps en élevant ses enfants, en cultivant son esprit et en développant des relations sur le plan musical.
Celui qui aime aussi à rappeler fièrement qu’il est le premier artiste moderne de sa famille et qu’il est griot de naissance a eu la chance de connaitre Kouyaté Sori Kandia et Fanta Damba qui furent de grandes voix de la musique africaine. Il avait tiré sa révérence. Mais, Marième Daddah l’a déniché pour animer les soirées d’hommage des partenaires de la Fondation Moktar Ould Daddah. "Nous avons des liens d’amitié et de fraternité très particuliers. C’est elle qui m’a offert mon premier Prix en Français à l’Ecole Annexe", dit-il.
Babacar Baye Ndiaye
 
 

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Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Portraits-Rencontres
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