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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 19:59

Luth, harmonica, guitare, violon, mandoline, djembé (instrument de percussion)… Ces instruments musicaux font partie de l’existence d’Ilyest Hayder, Tej Michri, Olivier Packet, Joël, François Sorba et Mathieu. Ces " marins perdus" vivent en Mauritanie depuis belle lurette. Ils revendiquent sans états d’âme et avec beaucoup de délectation leur amateurisme.

 

Ils jouent pour le plaisir sans être payés. Ils clament partout qu’ils ne font pas de la musique pour la gloire, le succès ni le prestige. D’ailleurs, ils n’ont même pas de manager. Ici, on ne canalise personne. Chacun est son propre chef.

 

C’est un groupe à mobilité variable, comme l’a laissé entendre Tej Michri, le lead vocal du groupe et en même temps guitariste et joueur d’harmonica. Leur musique qui, du reste, est inclassable est un mélange de sonorités orientales, occidentales et africaines. Ce qui lui donne une certaine particularité baroque.

 

Peu importe s’ils ne sont pas des génies. Peu importe aussi s’ils ne sont pas des stars. L’essentiel, pour eux, c’est de jouer de la musique, pour le simple plaisir. La musique fait partie de leur existence. Le petit plaisir que vous cherchez une nuit de week-end, ils vous l’offrent sans bourse délier.

 

Ce petit plaisir fait d’eux des hommes comblés. Ils savent donner du plaisir à ceux qui viennent se dégourdir les jambes après une semaine de dur labeur. Ils font partie de ces groupes qui essaient de donner une âme à Nouakchott, le temps d’un week-end.

 

Une carrière musicale avec des tournées multiples et des contrats juteux ne les intéresse pas ! En attendant, leur promotion à Nouakchott se passe plutôt bien et le public commence à les découvrir. La passion musicale aidant, chacun apporte au groupe sa particularité, sa richesse culturelle et son feeling.

 

Ils ne sont pas venus à la musique pour se faire un nom ni ravir la vedette aux professionnels. Le hasard qui les a réunis semble leur tracer un sillon. Mais, ils s’en moquent puisque ce n’est pas dans leur intention de se destiner une carrière musicale. Ils ne pensent pas quitter leur statut d’amateurs. Parce qu’ils ne manquent de rien.

 

Car, parallèlement à la musique qu’ils adorent, chacun d’eux exerce un métier. Tej Michri, par exemple, évolue dans le tourisme. La nuit, rentré chez lui, il prend sa guitare et se met à composer des chansons.

 

Ce freluquet semble à la fois drôle et excentrique. Un vrai décomplexé devant le public ! Il est du genre capable de vous arracher un sourire même si vous êtes de mauvaise humeur. Il parait philosophe mais il ne l’est pas. Il a  plutôt l’air d’un bouffon que d’un philosophe. Dans ses chansons, il n’hésite pas à s’en prendre aux hommes qu’il qualifie souvent d’irresponsables.

 

Il n’hésite pas non plus à utiliser des mots qui frisent l’insolence et la grossièreté. «Parce que je dis la vérité et que la chanson, ce n’est pas forcément faire dans la dentelle », se défend-t-il.

 

Originaire de Marseille, qu’il adore profondément, il aborde dans ses chansons l’amour, la solitude, l’émigration… Ses textes traitent de certains préjugés qui, malheureusement perdurent. Il a vécu ce regard au fond de lui-même, cette solitude qui déchire, ce regard qui indexe et qui vous montre que vous n’êtes pas d’ici mais d’ailleurs, ce déracinement qu’on sent comme un fardeau sur ses épaules… D’où son cri du cœur : «Il n’y a pas d’émigré par nature ».

 

Comme un vieux routier désabusé, il clame haut et fort que l’homme n’a pas évolué depuis deux mille ans. Pour lui, l’homme garde toujours ses instincts de domination. Et lui, il ne veut pas faire partie de ces hommes-là, qui s’évertuent à dominer leurs égaux.

 

Pour autant, ces amateurs ne sont pas des blancs-becs. Ilyest Hayder, par exemple. D’origine tunisienne et qui est à la coopération technique à l’ambassade de Tunisie à Nouakchott n’en est pas à ses premières heures dans la musique.

 

Il a chanté avec Sapho, une juive d’origine française à l’occasion d’un concert au Centre Culturel Français de Nouakchott en 2002. Il a aussi composé plusieurs chansons. Mais, il n’a jamais voulu les produire. «Si je les mets sur le marché, cela veut dire que je veux gagner de l’argent. Ce que je n’aime pas », se justifie-t-il.

 

Comme quoi, il y a encore des personnes pour qui la richesse, l’argent ou la célébrité ne comptent guère !

 

Par Babacar Baye Ndiaye

 

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Published by leducdejoal - dans Portraits-Rencontres
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