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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 22:00

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Vendredi 4 Mai 2007, au centre culturel français de Nouakchott, Malouma a présenté en spectacle son nouvel album « Nour » à son public. Le Rénovateur en a profité pour lui poser certaines questions relatives à sa vie professionnelle, à l’unité nationale, à sa nouvelle fonction de sénatrice, à l’émancipation des femmes mauritaniennes mais également à ses préoccupations pour la Mauritanie.

 

Le Rénovateur : Pourquoi avez-vous choisi « Nour » comme titre de votre nouvel album ?

 

Malouma Mint Meidah : D’abord, c’est une prière faite à Allah Le Tout Puissant. C’est pour cela que j’ai pris « Nour » comme titre de mon nouvel album. C’est la première chose qui m’est arrivée à l’esprit lorsque j’ai commencé l’album. J’ai senti vraiment la nécessité de rendre à travers cet album grâce à Allah et aussi parce que cette période, tout le monde s’en souvient, a coïncidé avec les caricatures sur le prophète Mohamed (PSL). « Nour », on peut dire que c’est une réponse à tout cela.

 

Le Rénovateur : Qu’est-ce qui différencie, à votre avis, l’album « Nour » à vos précédents albums ?

 

Malouma Mint Meidah: Dans l’album « Nour », il y a la participation de beaucoup de musiciens étrangers surtout français connus à travers le monde. Hormis cela, il y a l’arrangement qui est très différent de celui des précédents albums. C’est un album plus rythmique, plus moderne et plus électronique. Sur le choix des thématiques, il y a aussi une très grande différence par rapport aux albums précédents.

 

Le Rénovateur : Quelques mois après la sortie de votre album, êtes- vous satisfaite des ventes au niveau international et national ?

 

Malouma Mint Meidah: Bien sur que oui ! Mais au dernier moment parait-il qu’il y a eu beaucoup de piratages au niveau international. L’album a été téléchargé sur la toile. C’est une chose qui est très difficile pour tous les artistes qui continuent encore à souffrir de ce commerce illicite et malhonnête. L’album, après sa sortie internationale, a eu des échos favorables au niveau des ventes. En Mauritanie, je n’ai pas sorti l’album parce que d’abord le marché musical est très mal organisé et il y a trop de magouilles.

 

Le Rénovateur : Justement, en tant qu’artiste, que ressentez- vous lorsque vous voyez qu’en Mauritanie, il manque énormément de structures musicales dignes de ce nom ?

 

Malouma Mint Meidah: C’est une situation que tous les artistes du pays déplorent du fonds du cœur. Comparez à d’autres pays, il y a beaucoup de choses qui manquent et qui restent à accomplir notamment sur le plan musical. C’est dommage qu’il n y ait pas assez de structures pour promouvoir notre musique. Tout ce qui est culturel fait défaut dans notre pays ou n’est pas bien pris en charge par les pouvoirs publics.

 

Le Rénovateur : Depuis janvier 2007, vous êtes devenue sénatrice, est-ce que ce sera une manière pour vous de faire entendre la voix des artistes ou alors de défendre leurs droits ?

 

Malouma Mint Meidah: Être sénatrice, c’est une chose qui va me permettre d’être plus responsable, de participer dans les décisions politiques et à mener des projets importants. C’est une fonction qui pourra me permettre d’être aussi plus présente sur la scène politique. Je pense que c’est une occasion pour moi d’autre part de défendre le droit des artistes et de faire connaître toutes les difficultés que rencontrent les artistes de manière générale.

 

Le Rénovateur : Comment feriez-vous pour concilier votre vie professionnelle et votre activité politique ?

 

Malouma Mint Meidah: Pour moi, c’est facile de concilier les deux parce que tout simplement, ça ne demande qu’une organisation de temps. Au sénat, je n’occupe pas de poste. Je ne suis là bas que durant les périodes de session et celles-ci sont connues de même que les périodes de tournées. C’est vrai que tout mon travail, je le fais à l’extérieur mais cela ne m’empêchera pas d’être une bonne sénatrice.

 

Le Rénovateur : On dit de vous que vous êtes une femme engagée et une combattante. Qu’est ce qui a expliqué cela ?

 

Malouma Mint Meidah: C’est une longue histoire. Peut être c’est du au fait que j’ai très tôt vu des choses injustes. Des choses que je trouvais anormales et que j’ai voulues toujours dénoncer comme par exemple le problème des castes qui est un véritable problème en Mauritanie ou bien les idées racistes ou ségrégationnistes. Et puis, j’ai eu la chance d’avoir un père qui m’a très tôt montré la voie à suivre. J’ai vécu dans un univers plein de clichés. Cela se ressente aussi à travers ma musique. Je suis devenue une artiste qui a chanté pour ses sentiments et ce que vivent notamment les pauvres. C’est vrai que je suis une référence dans le milieu musical en Mauritanie.

 

Le Rénovateur : A votre avis, que faut-il faire pour que la musique mauritanienne s’exporte ou plutôt se développe d’abord ?

 

Malouma Mint Meidah: J’estime que la première chose dont la musique a besoin c’est d’abord une restructuration en profondeur. Le ministère de la culture, les médias officiels doivent y participer. Il faut créer des lieux d’expression artistique pour promouvoir l’art de manière générale comme par exemple la création d’une Ecole Nationale des Arts ou un conservatoire national. Pour cela, il faut mener des études sérieuses pour ce genre de projet. Cela étant, on ne doit pas pour autant négliger la musique traditionnelle et il faut donner des possibilités et des moyens aux artistes qui la promeuvent. Je fais partie de la dernière génération qui a appris la musique traditionnelle et je suis sure que si cette génération disparaissait, la musique traditionnelle va disparaître aussi. Cependant, nous sommes dans un monde universalisé, il faut penser à l’ouverture de notre musique pour la rendre plus moderne si on veut qu’elle s’exporte. Nous avons des imaginations et des choses modernes qu’on peut partager avec le reste du monde.

 

Le Rénovateur : Qu’est-ce qui vous parait le plus difficile dans votre vie d’artiste ?

 

Malouma Mint Meidah: Je trouve que tout est difficile dans la vie. Si la musique n’était pas ma passion, je l’aurai abandonnée depuis belles lurettes. Il faut reconnaître que les manques de moyens ou l’environnement n’encouragent pas souvent à être artiste. Le public, les amis et autres nous poussent toujours à persévérer dans le milieu artistique. On leur doit tout cela je pense.

 

Le Rénovateur : Vous qui avez bourlingué à travers le monde et aussi en tant que femme moderne, pensez vous que la femme mauritanienne soit indépendante ?

 

Malouma Mint Meidah: La femme mauritanienne, elle est plutôt active notamment dans le commerce et l’entreprenariat. Elle est très engagée dans ces secteurs-là. Il y a la femme négro-africaine et la femme maure et chacune d’elle à sa façon de vivre et je trouve que la femme négro africaine ressemble beaucoup à la femme maghrébine.

 

Le Rénovateur : Et vos préoccupations pour la Mauritanie ?

 

Malouma Mint Meidah: Je souhaite véritablement que notre pays devienne un pays moderne et démocratique où les libertés individuelles s’exerceront librement. Je rêve que la Mauritanie soit une référence en Afrique et dans le monde arabo-musulman parce qu’il y a un métissage culturel qui est très beau. Il y a encore beaucoup de secrets qui sont des trésors qu’on n’a pas encore trouvés. Je souhaite enfin que l’unité nationale soit une chose ancrée dans nos esprits.

Interview réalisée par Babacar Baye Ndiaye

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Published by Babacar Baye Ndiaye - dans Interviews
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