Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 19:26

mazagan1-1-.jpgCréé en 1998, Mazagan est un groupe de scène originaire de la ville d’El Jadida au Maroc. Les styles musicaux que le groupe adopte sont variés : raï, musique gnaoui, zouk, etc. Ce beau mélange reflète une appartenance à la culture méditerranéenne, berbère et africaine et laisse à la fois s’exprimer les techniques modernes de l’arrangement musical. A travers la fusion mélodique et rythmique se dégagent une simplicité et une richesse susceptible de toucher l’auditeur dans ses affinités musicales les plus variées. C’est ce groupe au complet qui était de passage à Nouakchott où il a joué en concert au Centre Culturel Français ce 14 mai 2009. Rencontre avec le leader du groupe, Issam Kamal, à la fin de leur concert époustouflant.

 

Le Rénovateur Quotidien : Peut-on savoir que signifie Mazagan que vous avez emprunté comme nom de groupe musical ?

 

Issam Kamal : Mazagan est en fait dérivé de "Imaziran" qui est un nom berbère et qui signifie le berbère tout simplement. C’est un mot qui a été déformé au fil du temps, à travers la colonisation portugaise et française. Ce mot est devenu plus tard Mazagan. Mazagan, c’est une ville au Maroc. C’est là où on a créé notre groupe. Mazagan s’appelle maintenant El Jadida qui est à 90 km au sud de Casablanca. Le nom historique de la ville d’El Jadida, c’est justement Mazagan. On a adopté ce nom-là parce que le groupe a été créé dans cette ville. Pour avoir tout le poids historique qui est derrière ce nom et vu que nous travaillons sur la musique traditionnelle en essayant de la valoriser, on a trouvé que ce nom nous allait très bien. C’est pour cela donc que nous l’avons choisi.

 

Le Rénovateur Quotidien : Votre dernier album est intitulé "La tradition qui coule". Qu’avez-vous voulu faire entendre par là ?

 

Issam Kamal : Je voulais juste faire une précision. On a sorti deux albums. Le premier s’appelle "La tradition qui coule" qui est en quelque sorte un signal d’alarme. C’est pour dire aux gens : "Attentions, la tradition est en train de couler !". On a un riche patrimoine au Maroc. Il y a les Berbères, les Arabes, les Noirs, les Andalous, etc. Il y a la culture algérienne qui est aussi présente au Maroc. C’est donc très riche comme culture musicale. On a essayé de reproduire des styles qui ont été un tout petit peu délaissés pendant une certaine période. C’est pourquoi, on a appelé cet album "La tradition qui coule". Heureusement, la tradition ne coule plus. Notre deuxième album est intitulé "Doukkala Airlines". Doukkala, c’est la région de la ville de Mazagan qui est sa capitale. Doukkala est une ville très connue pour sa musique populaire. C’est d’ailleurs le berceau de la musique populaire marocaine qu’on joue d’ailleurs sur scène. C’est pour cela, on a appelé notre album "Doukkala Airlines". Pourquoi un tel titre ? Parce qu’on essaie de faire le tour de plusieurs styles musicaux pas que locaux mais aussi étrangers genre funk, rock, reggae…qu’on essaie de mixer avec notre musique.

 

Le Rénovateur Quotidien : Dans votre musique, on retrouve de tout : du Raï, de la musique gnaoui, de la salsa, du zouk, du Rock, etc. Pourquoi autant de musiques dans une seule musique ?

 

Issam Kamal : Parce que tout simplement, le Maroc est un pays ouvert. Ça a été toujours comme ça. Sur le plan commercial par exemple, le Maroc importe et exporte aux Etats Unis, en Angleterre, en France. Avec les transactions commerciales, il y a la culture qui passe aussi. Notre positionnement sur le continent est très stratégique. On est un carrefour où se croisent différentes cultures. Il y a l’Afrique subsaharienne, le Maghreb, l’Europe, l’Amérique latine…On a aussi des influences orientales. C’est très riche comme musique et on essaie de représenter cela dans notre musique à chaque fois. La musique peut être un vecteur de promotion de nos cultures respectives. Je suis ému parce que je ne m’attendais pas à une réaction enthousiaste de la part du public mauritanien. Je sais qu’on a beaucoup de choses en commun : on est maghrébins, on parle l’Arabe, on chante des gammes très rapprochées genre les gammes Arabe, Hassanya. Je pensais quand même qu’il y avait une certaine distance mais finalement non. La musique n’a pas de terre, de pays. C’est international. Al hamdoulillah, ça s’est très bien passé aujourd’hui.

 

Le Rénovateur Quotidien : Très peu de mauritaniens connaissent vos chansons. De quoi parlent-elles au juste ?

 

Issam Kamal : En tant que jeunes, on parle des problèmes de la jeunesse. On fait des reprises du répertoire folklorique du Maroc et on garde bien sûr les paroles telles quelles sont parce qu’elles évoquent les périodes de la colonisation. Il y avait à l’époque des chanteuses qu’on appelait "Chikhad" qui chantaient la révolution, le nationalisme, le patriotisme…On a nos propres compositions aussi. Vous avez écouté certaines de nos chansons sur scène. On parle de certains problèmes comme le chômage. On a un problème très sérieux qui est celui de l’exode des cerveaux. On a un autre problème qui est la stagnation politique. Par exemple, il y a des gens qui sont élus qui ne font rien. On exprime cela dans certaines de nos chansons. Il y a d’ailleurs une chanson qui s’appelle "Y en a marre" où on évoque ce genre de problèmes. On a chanté Georges Bush, à l’époque, quand il faisait des massacres partout dans le monde. Cette chanson, on ne l’a pas chanté parce qu’elle n’est plus d’actualité. C’est des thèmes vraiment diversifiés. On a chanté aussi la femme marocaine, la femme authentique, la femme au foyer et son droit au dynamisme, à la liberté, à l’expression, etc. On essaie de ne pas se renfermer, de ne pas parler uniquement que des problèmes des jeunes mais aussi parler de l’histoire du Maroc. On essaie aussi d’exprimer notre appartenance à la culture africaine. Il y a des chansons par exemple gnaoui. Il y a une chanson en Hassanya qui s’appelle "Bint Blédi" (la fille de mon pays). Voilà, c’est ce genre de textes qu’on fait.

 

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

Partager cet article

Repost 0
Published by ducdejoal - dans Interviews
commenter cet article

commentaires