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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 23:51

IMG_5814.JPGCette fois-ci, pour son exposition du 16 février 2009 au Centre Culturel Français Antoine Saint-Exupéry de Nouakchott, Khadijétou Mint Ismaïl, la doyenne des femmes artistes mauritaniennes, s’est essentiellement axée sur la sauvegarde de notre patrimoine culturel et historique qui semble être menacé par la modernité.

 

Chaque tableau, au nombre de 30, porte en lui ce souci permanent. Avec cette exposition, elle fixe une nouvelle orientation à la peinture mauritanienne. Ce qui frappe aussi, cette fois-ci, dans ses tableaux, c’est la prépondérance des couleurs.

 

C’est ce qui marque de prime abord nos esprits lorsqu’on s’approche de ses tableaux qui constituent de véritables merveilles. Presque tous les visiteurs ont été agréablement surpris de découvrir ces tableaux riches en couleurs dont les motifs renvoient au désert, à son atmosphère, à son étrangeté, à ses paysages…

 

Et, pourtant, cela n’est guère surprenant de la part de Khadijétou Mint Ismaïl puisqu’elle est née au cœur du désert, plus précisément à Boutilimit. "Je m’attache beaucoup à la vie bédouine, à la vie du désert… C’est ce qui m’inspire", révèle-t-elle.

 

La vie à Nouakchott ne l’a point déracinée de ses valeurs morales, culturelles et sociales. Elle a toujours la nostalgie de la vie ancienne, de son enfance, de la fête en brousse, de la vie à Boutilimit, de la vie bédouine, des concertations autour d’un thé… Tout un reflet de sa vie ! "Ce que j’ai vécu pendant que j’étais jeune, je l’ai toujours en moi. J’y pense souvent", lâche-t-elle dans un sourire qui en dit long.

 

Ces tableaux, réalisés avec beaucoup de dextérité, sont le résultat d’une année de travail sans relâche. Incontestablement, Khadijétou Mint Ismaïl est aujourd’hui une avant-gardiste dans la sauvegarde du patrimoine culturel mauritanien.

 

Elle s’est aussi donnée une mission, celle de propager la culture mauritanienne à travers le monde. "Ces tableaux, s’ils sont bien sauvegardés, ils peuvent durer des siècles et des siècles", tient-elle à rappeler.

 

Derrière ce souci se cache une peur et une inquiétude à la limite compréhensible dans un monde de plus en plus marqué par la sédentarisation et la poussée frénétique de la démographie urbaine. "D’ici vingt ans, il y aura des choses qui ne vont plus exister. Donc, ces tableaux pourront servir de patrimoine aux générations futures", explique-t-elle.

 

Contre la disparition

 

La disparition de notre patrimoine culturel et historique est bien réelle. D’où la préoccupation de Khadijétou Mint Ismaïl. Certains outils et matériaux de la société traditionnelle mauritanienne commencent à disparaître déjà. C’est le cas par exemple des "Palanquins des Nomades"."Maintenant, ce sont des outils devenus rares, des outils qu’on voit très peu", fait-elle remarquer. "Il y a des bijoux qui n’existent plus. Il y a des coiffures qu’on ne voit plus et pourtant elles avaient des significations", se désole-t-elle.

 

Avec leur disparition, c’est l’âme même de la société mauritanienne qui s’en trouve menacée. Elle se souvient encore qu’il y avait par exemple des coiffures que des filles nouvellement mariées portaient lorsqu’elles étaient en état de grossesse ou qu’elles allaitaient. Tout cela a disparu ! Pour elle, c’est urgent de sonner l’alerte.

 

Dans un de ses tableaux intitulé "Grosse à tout prix", Khadijétou Mint Ismaïl s’attaque à une vieille pratique traditionnelle : le gavage. "C’était juste un critère de beauté pour attirer…", rappelle-t-elle."On peut être belle sans être grosse. Il ne faut pas chercher à être grosse à tout prix, parce que cela pourrait avoir des conséquences néfastes sur la santé de la femme", prévient-elle.

 

Adepte du progrès, de la modernité et de l’émancipation des femmes mauritaniennes, Khadijétou Mint Ismaïl est une artiste iconoclaste qui encourage le sexe faible à s’affirmer et à être dynamique dans son combat. Pour autant, elle n’éprouve aucune crainte d’être taxée de féministe, d’imbue de valeurs occidentales. "On peut être conservatrice et moderne sans toutefois abandonner sa religion et ses traditions", dit-elle.

 

Maintenant, on peut dire qu’après des années de "dur labeur", la "porte de l’histoire" est grandement ouverte pour Khadijétou Mint Ismaïl, une femme à la "grâce voilée" qui recherche toujours la subtilité dans son art. Sur le plan artistique, elle s’est beaucoup améliorée. Elle-même l’a d’ailleurs avoué."A force de travailler, on devient plus mûre, on découvre de nouvelles choses, de nouvelles techniques, de nouvelles méthodes..", affirme-t-elle.

 

Sans trop être exclusivement le reflet de sa vie, ses tableaux évoquent aussi des sujets toujours d’actualité : la sédentarisation, la perte des valeurs, la sécheresse, la course vers la richesse et le pouvoir…

 

Babacar Baye Ndiaye

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