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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 22:19

Adviser.jpgAu lendemain de la sortie officielle de son premier album, Alhamdoulilah, Adviser, un des représentants de la nouvelle génération de rappeurs mauritaniens, a donné des concerts à Nouadhibou et un peu partout en Mauritanie. Pour Cridem, Adviser a accepté de nous parler de cet album. Entretien.

Cridem : Dans l’album Alhamdoulilah, il y’a un titre qui s’intitule "Noir et Blanc". A travers cette chanson, quel message avez-vous voulu lancer aux mauritaniens ?

Adviser : Ce morceau s’adresse au monde entier. C’est un morceau d’espoir, qui appelle l’humanité à vivre dans la fraternité quelle que soit leur race, leur religion, leurs croyances, leur ethnie, leur sexe, leur langue ou leur opinion.

L’écriture de "Noir et Blanc" m’est venue, à l’esprit, lors d’un concert. J’avais senti une sensation, une envie très forte d’écrire un morceau sur l’unité nationale, où j’exhorterai les mauritaniens à se rapprocher, à vivre ensemble malgré toutes les péripéties qu’ils ont rencontrées au cours de leur cohabitation.

Pour illustrer la diversité culturelle de mon pays, j’ai fait appel à Thiédel Mbaye, à Hawa Djiméra et à Noura Mint Seymali pour donner à "Noir et Blanc" plus de couleurs, plus d’impulsions, pour concrétiser notre rêve de réconciliation nationale. Dans ce morceau, je retourne aussi aux sources avec une touche de modernité assez particulière. Ce qu’on appelle en anglais "Back to the roots". Dans ma musique, je ne suis pas déterminé. Dans ma musique, il y’a ce qu’on appelle la polyvalence.

Cridem : Une bonne partie de vos chansons est écrite dans la langue de Shakespeare. Est-ce à dire que vous êtes plus à l’aise en Anglais ?

Adviser : Ce n’est pas que je suis à l’aise en Anglais. C’est devenu une habitude, chez moi, de chanter dans cette langue. Je l’ai développée depuis que j’ai commencé à faire du rap. Je me souviens, à mes débuts, les gens aimaient beaucoup mon flow, ma manière de faire du rap, de chanter. Par la suite, c’est devenu un style. En plus, à travers le nom Adviser, les gens avaient envie de savoir qui était celui-là.

Derrière cette appellation, se cache une curiosité. Lorsqu’on entend ce nom, on se demande aussitôt s’il est africain, asiatique, européen ou américain tout court. Chanter en Poular en y mêlant de l’anglais s’est développé en moi et je m’y sens très à l’aise.

Cridem : Vous avez un succès auprès des jeunes mauritaniens. Pensez-vous déjà à conquérir d’autres jeunes de l’Afrique, de l’Europe voire des Etats-Unis d’Amérique ?

Adviser : Je ne compte pas faire de la musique destinée à la consommation locale, m’emprisonner musicalement. J’ai envie de placer la barre très haute, de porter ma musique, à travers les quatre coins du monde, d’éparpiller le rap mauritanien, un peu partout. Aujourd’hui, je me sens pousser des ailes et j’ai le courage d’engager un nouveau virage dans ma carrière musicale. Là, vous voyez (il montre un poster géant où il est avec Youssou Ndour), je suis avec Youssou Ndour. Lorsque je lui ai fait écouter mon album, il a beaucoup aimé.

Cela m’a conforté dans mon idée que le rap mauritanien ne doit plus jouer les seconds rôles. Il faut que notre rap sorte des dédalles de l’amateurisme. C’est pour cette raison que mon album a été couvert par la SACEM. Actuellement, la structure qui a produit mon album, Halko Mbéléda, est en train de voir comment distribuer cet album en Espagne, en Belgique, au Canada et aux Etats-Unis.

Cridem : Que pensez-vous du rap mauritanien ?

Adviser : On évolue dans un milieu difficile et contraignant. Il n’y a pas assez de structures pour accompagner l’évolution et le développement du rap en Mauritanie. Les rappeurs ont besoin d’être des professionnels de la musique, d’améliorer leurs textes et leurs sons. À titre d’exemple, je ne me suis jamais pressé pour sortir mon premier album. Je me suis donné de la peine et du temps. A la sortie de l’album, j’ai eu des échos favorables.

J’ai fait deux ans à travailler mon album, à faire une gestion de mon album. L’Etat n’accompagne pas la propension du rap. On a l’impression qu’on nous met des bâtons dans les roues : la salle de spectacles de l’ancienne maison des jeunes de Nouakchott se loue à plus de 200.000 UM. Quand à la nouvelle maison des jeunes, elle est pleine d’écho. Sans parler de la sécurité à qui il faut payer. C’est donc difficile. Mais, comme on dit, il faut se sacrifier pour avoir quelque chose.

Cridem : Vous demandez à l’Afrique, aux Africains de se réveiller dans le morceau de votre album intitulé "Wake up Africa". Qu’est-ce qui vous frustre autant par rapport à leur situation ?

 
Adviser : Ce morceau est un cri de cœur par rapport à certaines situations comme en Côte d’Ivoire par exemple où un Président battu lors de l’élection présidentielle refuse de reconnaître sa défaite et de céder le pouvoir au vainqueur. Ce qui s’est passé également en Tunisie et en Egypte sont révélateurs et montrent que les Africains commencent à prendre conscience de leur devenir.

Mes chansons ne sont qu’une goutte d’eau dans la mer. Mais, il est de mon devoir, en tant que leader d’opinion, de tirer sur la sonnette d’alarme, d’élever la voix quand il le faut. Aujourd’hui, les Africains ne doivent plus avoir peur de réclamer des conditions de vie meilleures. La jeunesse Africaine doit avoir des rêves, d’espérer.

Cridem : Vous dites dans l’un de vos morceaux que la Mauritanie n’est pas encore un pays mais un pays en construction. Vous soutenez même que c’est un projet de pays, pour reprendre vos termes. Qu’est-ce qui vous fait dire ce jugement, à la limite, trop sévère ?


Adviser : Qui dit rap dit révolte. Là, dans ce morceau, je remue le couteau dans la plaie. Je sais que cela fait mal mais il faut bien le faire. Dans ce morceau qui plaide pour une Mauritanie de liberté, de justice et d’égalité, je me suis laissé entraîné dans un délire total pour exprimer ce que je pense de la Mauritanie.

J’hallucine lorsque je remarque que des pays très pauvres sont mieux développés que le nôtre. Nous avons le poisson et le fer mais ces richesses ne nous ont pas servi à grand-chose. En tout cas, elles n’ont pas eu de répercussions sur notre niveau de vie. Souvent, j’entends que le pays est immensément riche, mais, moi, cela me fait sourire. On veut se développer mais on n’est pas encore développé et c’est dommage.

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

 

 

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Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans RapRim
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