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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 14:45

Med_Hondo.jpgAdulé et révéré à l’étranger, Med Hondo qu’on a extirpé de son silence l’est moins davantage dans son propre pays, la Mauritanie. Comme de nombreux mauritaniens, il a décidé de vivre à l’étranger non résignation. Celui qui a fait flotter son drapeau national dans des festivals internationaux de plusieurs capitales du monde et qui s’apprête à sortir un nouveau film intitulé "Le premier des Noirs: Toussaint Louverture" soutient dans cette interview qu’"il n’y a jamais eu de divorce" avec son pays "mais l’impossibilité de pouvoir y travailler". Explications.

 

Cridem : Comment vivez-vous le fait d'être un cinéaste mauritanien mondialement connu mais ignoré chez lui?

 

Med Hondo : Cela vient du fait que la grande majorité des mauritaniens ignorent la réalité de mon travail, encore davantage mes films. Il n’existe pas en Mauritanie de système de diffusion audiovisuel et la télévision nationale ne programme que des films d’un même "genre"…En tout cas pas les miens ni ceux d’autres cinéastes mauritaniens et africains. Plusieurs articles me concernant, parus dans la presse mauritanienne, principalement dans le " calame", n’ont intéressé que les intéressés !

 

Cridem : La Mauritanie s'est engagée dans une nouvelle ère de gouvernance et de démocratie. Peut-on s'attendre de vous que vous reveniez au pays en vue de participer à sa marche et sa construction?

 

Med Hondo : Je ne suis pas porté sur l’auto-satisfaction, mais parfois il faut mettre les points sur les i et informer ceux qui le souhaitent. Il y a plus de 30 ans, j’ai fait flotter le drapeau national dans des festivals internationaux de plusieurs capitales du monde…lorsque le nom Mauritanie était inconnu ou se confondait avec l’île Maurice (Mauritus). A preuve lorsque j’ai reçu en 1972 le prix des "droits de l’homme" à Strasbourg au nom de l’île Maurice.

 

Il y a plus de 20 ans, j’ai rencontré à trois reprises et projeté à la présidence, l’un de mes films à un certain chef d’état que j’ai essayé de convaincre de l’urgente nécessité de créer un centre culturel et audiovisuel national !

 

Avec trois cinéastes mauritaniens et un journaliste réputé, nous avions établi et déposé à la présidence une étude, relative à la création de ce centre.

 

J’ai moi-même fait établir par un architecte mauritanien, un schéma de cette structure que j’avais intitulé : "La Maison des Films Africains et Arabes". Elle fût approuvée à l’époque par le ministre des finances en attendant l’obtention d’un terrain par la Socogim. Hélas, j’ai patienté plusieurs années en ne voyant rien venir ! Mais je suis ravi que d’autres cinéastes aient repris le flambeau !

 

Tout ceci pour dire que j’ai toujours fait mon possible pour participer à la marche et à la construction de mon pays…sans qu’on me le demande ! Je considère que c’est le minimum que je puisse faire.

 

 

Cridem : La Mauritanie, votre pays, a connu des coups d'Etat, l'esclavage, des exécutions extra-judiciaires...Mais, on ne vous a jamais entendu se prononcer sur ces questions. Pourquoi cette réserve et cette absence d'engagement de votre part?

 

Med Hondo : Vous n’êtes pas bien informé !!! Concernant les maux et les tragédies dont vous parlez, j’ai pris ma part de responsabilité dans la stigmatisation et la dénonciation de ces crimes, à titre personnel et dans mes films. Les principaux impliqués et beaucoup de mauritaniens vous le diront.

 

Cridem : Ces dernières années, votre pays a connu l'émergence de nouveaux seigneurs de l'image, de nouvelles têtes dans le domaine du cinéma. Que peuvent-ils espérer de votre part?

 

Med Hondo: Il n’y a pas à ma connaissance de "seigneurs de l’image" dans le monde, mais des artistes à plusieurs niveaux de conscience qui s’engagent auprès de leur peuple ou qu’ils le trahissent. Quant aux nouvelles têtes dans le domaine du "cinéma national", je ne peux que leur prodiguer encouragement et persévérance, car ils ont choisi le plus aléatoire et difficile métier du monde et de surcroît le plus dispendieux.

 

Cridem : Depuis que vous êtes parti, vous n'êtes plus revenu. Qu'est-ce qui expliquerait cet acte de divorce avec votre pays?

 

Med Hondo : Il n’y a jamais eu de divorce avec mon pays… mais l’impossibilité de pouvoir y travailler !!!

 

Cridem : Votre retour ou si vous voulez votre installation en Mauritanie, y pensez-vous. Est-ce que c'est un scénario qu'on peut envisagez?

 

Med Hondo: Je n’ai pas eu d’autres choix que celui de "l’immigration permanente". Et je reconnais que je ne suis pas le seul mauritanien…laissé au bord du fleuve…

 

Cridem : Votre prochain film s'intitule "Le premier des Noirs: Toussaint Louverture". Alors, à quand un film sur la Mauritanie ou sur un de ses illustres fils?

 

Med Hondo : Parmi plusieurs projets sur la Mauritanie, il y en a un qui me tient particulièrement à cœur et que je souhaiterais réaliser juste après Toussaint, c’est : Al Asmaa Al Moutaghayira (les noms qui changent) du grand poète mauritanien : Ahmedou O Abdelkader, d’après une adaptation d’ Ahmed Salem O. Teh.

 

Cridem : Le 28 novembre prochain, la Mauritanie va célébrer ses 50 ans d'indépendance. Quel jugement avez-vous par rapport à cet évènement?

 

Med Hondo : La naissance de la Mauritanie s’est déroulée dans la douleur  mais aussi dans l’espérance, comme dans tous les états africains ! Il n’y a donc pas d’inconvénient à se remémorer cet événement. Toutefois, j’aurais souhaité pour ma part que l’on profitât de cet anniversaire pour ouvrir le dialogue entre tous les mauritaniens, que de grands débats-critiques s’organisent à travers la nation autour de la question suivante : qu’est-ce qui explique qu’après 50 ans d’ "indépendance", notre pays, sous peuplé, mais d’une richesse potentielle insolente… est encore sous-développé ?

 

Propos recueillis pour Cridem

Par Babacar Baye Ndiaye

 

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Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Le Grand Entretien Exclusif
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