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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 20:42

Minen-Teye.jpgIls sont deux. L’un s’appelle Adama Diallo alias Omzo et l’autre Yéro Sow alias Yéro. Le premier est un étudiant en Economie et le second un ancien étudiant en Droit qui s’est reconverti en Sociologie. Sur scène, ils sont terribles. Ils viennent du populeux 6ième arrondissement. C’est là où sont nés leur farouche engagement et leur prise de conscience de leur sort.

 

A l’amorce de l’histoire, c’était MTC (Mété Tchudido Calatène) avant de devenir Minen Tèye plus tard. C’est à l’université de Nouakchott où ils vont véritablement se lancer dans le mouvement du Hip Hop. C’est là aussi que les germes de leur hargne du fait de certaines injustices et discriminations vont pousser.

 

A l’origine de ce collectif, il y avait Omzo, Chico, Paco et Alzo. C’est ensuite que Yéro est venu se greffer à ce quarteron en 2005. La vie de ce groupe sera de courte durée. Omzo et Yéro vont continuer l’aventure. Le duo commence à faire des tournées à l’intérieur et en profite pour faire sa promotion et se faire connaître. Leur passion pour le Rap qui a croisé leur chemin semble leur porter un coup de chance.

 

Après avoir très tôt porté la chaussure du Rap, les voilà à l’aventure. Leur musique sera comme une soupe à l’oignon gratinée. Les revoilà qui commencent à changer…et leur tournure d’esprit ! Pendant ce temps-là, le Rap mauritanien se lamente. Vous êtes avertis. Ils sont venus dans le mouvement du Rap pour défoncer les portes des stéréotypes, secouer si possible les idées possibles. Le tout dans une volonté de révolutionner.

 

Lors d’un festival de l’eau à Dakar en 2009, ils découvrent la structure musicale "Africacultururbain" et devient aussitôt membre. Après avoir mesuré leur talent, l’envie de sortir un album s’empare de leur esprit. Alors que ce n’était pas prévu. Ils en profitent pour enregistrer et sortir leur premier album dans la capitale sénégalaise.

 

Dans cet album à renfort de nouvelles sonorités et tendances musicales, on y retrouve la nouvelle crème fouettée du Rap sénégalais comme Fou Malade, Simon, Gaston…"Ça a été un plaisir pour nous de travailler avec eux, de profiter de leur expérience", se réjouit Omzo.

De retour au pays, ils organisent un concert-dédicace à l’ancienne Maison des Jeunes de Nouakchott. Ils font le plein. Aboutissement d’un rêve, leur premier album se vendra à 1000 Cd. La réussite est totale. La surprise grandiose.

 

Le cri de liberté

 

A écouter leurs textes, on sent déjà ce cri de liberté qui déchire et mijote dans tout esprit humain enchaîné. "Minen Tèye, c’est un cri de freedom. On dit tout haut ce que les gens murmurent en bas", dit Omzo. "C’est un concept qui répond véritablement au vécu du bas peuple", rajoute Yéro.

 

Leurs textes, loin d’être un tissu de mensonges, sont inspirés du quotidien des populations…et aussi de tout ce qui ne va pas en Mauritanie. Et, Dieu sait qu’il en existe beaucoup ! Leur album "Moro-itanie" répond d’ailleurs à ce cri de liberté, cette soif de changement. "Moro-itanie" est idiolecte tiré de la Mauritanie.

 

"La traduction en poular redonne un autre concept, explique Yéro. "Moro" vient de "Moradé" et "itanie" de "itoudéni". On a pris l’exemple d’une femme qui a la chevelure dérangée, qui n’est pas tressée, qui a les moyens de s’embellir mais qui ne fournit aucun effort pour sa beauté. Moro-itanie s’adresse à elle. C’est juste pour dire : tresses-toi et tu changeras !".

 

Cet album est donc un véritable appel au changement de comportement. Mais, aussi, une manière de dire que les rappeurs ont quelque chose dans leur cervelle."On a voulu pousser les gens à réfléchir. Dans la culture Hip Hop, on a toujours voulu jouer sur les mentalités des gens", souligne Omzo.

 

La rupture

 

Pour une rupture musicale, l’album "Moro-itanie" en est véritablement une. Ils n’ont pas, à cet effet, fricoté leur réputation de frelons du Rap mauritanien. Omzo et Yéro ne portent jamais de gants quand ils veulent se servir de la vérité. Par exemple, ils reprochent à leurs aînés de n’avoir rien mis sur place pour les générations à venir. "Ailleurs, ça progresse ! Les gens bossent", rappelle Yéro.

 

Ces deux sont venus apporter la lumière à la Mauritanie et notamment au mouvement du Hip Hop. L’envie est là. D’ailleurs, ils ne sont pas venus dans le Rap pour fermer la marche. Non ! "Le mouvement du Hip Hop a besoin de nous. C’est un art qu’il faudra arroser", lance Yéro. "Par rapport au Hip Hop mauritanien, on voit que les gens ont souvent tendance à mélanger les pédales", s’indigne Omzo qui a expliqué le but du Rap est avant de servir de nœud, de dénoncer ce qui ne va pas. Dans sa ligne de mire, il n’a pas manqué de fustiger rudement ceux qui prennent le micro pour représenter une seule communauté.

 

"Le Rap est anti-raciste. Il est là pour réunir…", insiste Omzo. "La Mauritanie est composée de diverses cultures et de différentes communautés. Il faut qu’il y ait une convergence entre elles pour qu’il y ait un véritable développement", poursuit-il. "L’un des handicaps que vit la Mauritanie vient de là", se désole Yéro.

 

Pour Omzo et Yéro, le Rap doit être un creuset d’ouverture entre toutes les différentes communautés du pays. Les boulets rouges en ce sens ne manquent pas. Par exemple, dans le morceau "diagnos-zic", ils font une analyse sans complaisance du Rap mauritanien qui semble être dans un état comateux. "Il y’a un handicap. Il y a quelque chose qui ne va pas. Il y a des obstacles. Il y a des problèmes", analyse Yéro. En effet, ce morceau est un véritable miroir du Rap mauritanien.

 

A Minen Tèye, on a pu résister aux minauderies de la classe politique très habile à capter les faibles cervelles. "On est là pour dénoncer les maux de la société, pour dire ce qui ne va pas", rappelle Omzo. "C’est un virus qui a commencé avec Papis Kimmy et il continue à ronger", explique Yéro.

 

Arrosoirs à la main, Omzo et Yéro veulent faire pousser la fleur du Rap mauritanien mêlé à toutes les sauces inimaginables. Pour ce duo qui refuse d’être un copier-coller du Rap mauritanien, le Rap mauritanien doit se débarrasser du Rap Nguenndi, du Rap Léñool, du Rap Adat’ne…

 

Réalistes et non bluffés, Omzo et Yéro savent que le plus dur reste à faire après la sortie de leur premier album. Et, il semble bien le savoir. "Ce n’est pas le moment de baisser les bras. Les sous, c’est après", assure Omzo.

 

Pour ce duo, l’aventure musicale ne fait que débuter. Dans leur album "Moro-itanie" au fourre-tout, on y retrouve des clashes. Des clashes sur des corrompus et notamment sur Papis Kimmy, Paco Léñool, B.O.B et MD Max, de vieux routards du Rap mauritanien.

 

Babacar Baye Ndiaye

 

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Published by ducdejoal - dans Portraits-Rencontres
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