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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 23:14

Mohamed-Ali1.JPGDerrière son visage métamorphosé par des années de labeur et de voyages entre le Sénégal, le Mali et le Burkina Faso se dérobe un personnage atypique et réservé. On peut dire de lui qu’il est un artiste peintre de cœur et d’esprit. Mais, également, un quidam qui a presque roulé sa bosse un peu partout en Mauritanie plus exactement entre Rosso, Nouadhibou et Sélibaby et refuse de dévoiler un brin de mélancolie de sa vie d’homme ou tout simplement d’artiste peintre qui a fendu l’air de la célébrité.

 

Le début d’une carrière

 

"J’ai commencé la peinture depuis 1991", dit-il pour nous rafraîchir la mémoire. La sienne est un léger voile dans le vent. C’est Mokhis, le grand maître qui lui a appris la calligraphie et le dessin. C’est plus tard que la peinture va prendre le pas sur ses premières amours : la calligraphie et le dessin. Comme Mokhis à qui il doit tout ou presque, il est originaire de la ville de Rosso en Mauritanie.

 

"Je suis venu le voir un jour pour qu’il m’apprenne comment on fait le dessin et la calligraphie. Sur le champ, il m’a adopté et m’a montré la voie. Il a été sérieux et gentil avec moi", se souvient-il comme s’il venait de prononcer ces phrases à l’instant et comme si aussi cela venait de se reproduire sous ses yeux. A cette époque, le métier de calligraphie n’avait pas encore droit de cité au pays d’un million de poètes. On peut dire qu’il fait partie de ceux-là qui ont imposé cette mode d’expression artistique en Mauritanie.

 

Trois ans plus tard, il se laisse guider par son instinct et porter par l’envie de découvrir autre chose. Il quitte donc Mokhis et décide de voler de ses propres ailes. "Je l’avais quitté parce qu’à l’époque j’avais senti la nécessité de fouiller d’autres horizons, de me perfectionner, d’apprendre quelque chose de nouveau d’autres personnes", explique-t-il.

 

La vie rêvée de cette étrange créature va devenir vite une réalité. Après cette gambade, il ouvre, à son tour, son propre atelier de calligraphie et commence, pour lui, une nouvelle vie plus prometteuse, moins polémique et moins contraignante. Avant de tenter un pari fou : ouvrir simultanément à Nouakchott et à Rosso deux ateliers de calligraphie. Il eut les yeux plus gros que le ventre. Mais, cette expérience ne sera que de courte durée. Croulant sous le poids d’énormes charges, il laisse tomber son atelier de Rosso.

 

La dure reconversion

 

Résultat, après ce fiasco amer, Mohamed Ali Billa se retrouve seul dans son atelier de calligraphie et se profile dans son esprit un épais avenir peu enchanteur. Les affaires ne marchent pas comme il l’espérait. Et puis, ensuite, il retrouve un semblant de vie. Le déclic viendra de son grand maître. "En 2003, Mokhis est passé me voir à mon atelier de calligraphie sis aux anciens blocs. Il me propose de venir s’installer à la Maison des artistes", dit-il.

 

Cette offre mit du temps à mûrir dans sa tête. Car, ce n’est qu’une année plus tard, certainement n’en pouvant plus de joindre les deux bouts, qu’il se décidera à rejoindre celui qui l’a initié à la calligraphie. Du coup, il se reconvertit en artiste peintre, comme son maître et retrouve l’opportunité de vivre un nouvel art, la peinture.

 

Pas question pour lui de continuer à faire de la calligraphie. "Je ne fais que de la peinture. Pour la calligraphie, j’ai laissé tomber. Maintenant, je suis entièrement occupé et préoccupé par la peinture", tente-t-il de convaincre.

Pas question non plus de se laisser envahir par le pessimisme même s’il sait pertinemment que le métier d’artiste peintre, "c’est beaucoup de charges et que tu peux rester des mois sans vendre une toile".

 

Ce peintre à l’expression abstraite, au cœur et à l’esprit vacillant, peint dans ses tableaux des enfants, des femmes et des figures emblématiques de l’histoire du peuple mauritanien sans distinction de race. Puisqu’il a horreur de voir ces enfants et ces femmes mourir à cause des folies des hommes, il tente d’absoudre son désarroi à travers ses tableaux. Même également sa difficile existence en tant qu’artiste peintre.

 

"Ce qui intéresse aujourd’hui le peintre mauritanien, déplore-t-il avec une pointe d’ironie, c’est comment va-t-il faire pour vendre sa toile. Même s’il doit vendre son œuvre avec l’histoire du Sénégal, du Mali ou du Maroc, il va le faire. L’essentiel pour lui, c’est qu’il puisse vendre". Et pour… survivre dans un pays où être artiste peintre est synonyme de désenchantement souvent.

 

Babacar Baye NDIAYE

 

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