Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 16:47

Mokhis4[1]A première vue, il force le respect et l’admiration à tout point de vue. Flegmatique, démarche posée, visage attirant, paroles mesurées, Mokhis (52 ans) est l’exemple même du peintre désintéressé. Révéré dans le milieu de la peinture mauritanienne, on l’appelle affectueusement maître.

Son adoption de la peinture tient à peu de choses. C’est à Rosso (Mauritanie) d’abord où il a passé la plus grande partie de son enfance que ses talents de futur peintre vont se révéler en lui.

 

Déjà, à l’âge de 8 à 9 ans, il se régalait malicieusement à dessiner des affiches de cinéma qu’il allait ensuite garder pour lui-même, vendre ou quelques fois même offrir gratuitement à des connaissances.

Sa vie va se bouleverser en 1975 lorsqu’il rencontre à Nouakchott un artiste peintre d’origine canadienne du nom de Denis Ride. «C’est lui qui m’a initié à la peinture», se rappelle-t-il.

 

Définitivement installé à Nouakchott où il exerce désormais le métier d’artiste peintre, Mokhis fit la connaissance de quelques artistes peintres mauritaniens à l’image de Mamadou Anne, feu Wane Bocar, Chemsdine, des précurseurs de la peinture en Mauritanie.

En 1978, lui et ces derniers seront à l’origine de la première exposition faite dans notre pays et intitulée «Démarrage de la peinture contemporaine en Mauritanie». «Depuis lors, on s’est dispersé. On ne parlait plus de peinture. Et, à ce moment là, personne d’entre nous ne connaissait pas ce qu’est réellement la peinture», semble-t-il regretter. Le grand maître est un autodidacte. La peinture, c’est un don chez lui ! Né à Louga (Sénégal) de parents mauritaniens, il héritera de son père, Sidi Mohamed Boukhary, son sens de la création et de la créativité.

«Tout ce qu’il touchait prenait forme», révèle-t-il. Sa passion de l’art le pousse à explorer la calligraphie. Aujourd’hui, c’est la peinture qui semble avoir pris le dessus. «La calligraphie, je dirai que j’utilisais comme métier pour me permettre de survivre et d’acheter des pinceaux, des matériaux pour peindre. Mais, réellement, j’ai cet amour pour la peinture depuis très longtemps», explique-t-il. Etre étrange, Mokhis aime la peinture comme on aime son enfant ou sa dulcinée. Il semble naître avec.

Il s’inspire de tout ce qui l’environne. C’est à ce moment précis que l’envie de le matérialiser s’empare de lui comme une nuée d’abeilles vers leur ruche. Il a toujours ce petit quelque chose-là dérobée en lui qui fait qu’il se passionne de peinture. Son œuvre oscille entre amour et recherche de la beauté et de l’absolu. Elle reflète tantôt une quête permanente vers l’autre, son prochain, tantôt un penchant pour la vie. 
                          
Aujourd’hui, Mokhis incarne une certaine fierté de la peinture mauritanienne à l’étranger. Ses peintures sont vendues comme de petits pains. Rares sont les endroits chics de la capitale où ses œuvres ne sont pas perchées sur les murs. Pour autant, il garde comme un berger sa modestie qui donne à sa personnalité une autre dimension de l’homme. Et, là, aussi, il ne voudrait pas qu’on ne le situe pas au même niveau que les autres artistes peintres mauritaniens.

Grand bouquineur devant l’Eternel, Mokhis dévore tous les livres qui lui tombent entre les mains. Il est un cadeau de Dieu pour la Mauritanie. Et, s’il n’était pas devenu artiste peintre, il serait certainement devenu commerçant comme son père. Il voyage beaucoup. Régulièrement, il est invité dans certains pays pour assister à des festivals comme celui de Niger, du Festival Jazz de Saint-Louis du Sénégal, dans les pays du Maghreb. Comme lui aussi, ses œuvres ont fait le tour du monde. «Quand vous voyez mes œuvres un peu partout, c’est parce que j’ai plus travaillé que les autres artistes, tente-t-il d’expliquer. Je me suis vraiment lancé dedans depuis très longtemps et je me suis forgé cette personnalité et ce nom.

C’est pour cela que je suis sollicité partout par des gens, pour des portraits, des tableaux de peinture de paysage, de tout. C’est pour cela aussi que je me trouve dans les salons mauritaniens.» Marié et père de 4 enfants et tout récemment grand-père, Mokhis semble être aujourd’hui un artiste comblé de joie, heureux d’exercer un art, la peinture, qui commence à s’enraciner durablement en Mauritanie, un métier dont il a participé à faire aimer aux mauritaniens. «La peinture a beaucoup évolué.

Les gens commencent à mieux la connaître. La population a bien compris que la peinture est quelque chose de très nécessaire dans la société», se réjouit-il. Cet admirateur de Dali et mordu de Léonard De Vinci et de Picasso est passé à toutes les écoles de la peinture en s’initiant à divers styles picturaux comme l’abstrait, le figuratif, le surréalisme et l’impressionnisme.

Son envie élevée de voir la peinture sous de nouvelles postures le pousse à prendre la tête de l’Association Mauritanienne des Artistes Peintres en 2002 pour donner un second souffle à la peinture mauritanienne. Il caresse aujourd’hui le rêve de voir la Mauritanie se doter un jour d’une école de peinture. Aujourd’hui, tout ce qu’on peut souhaiter au grand maître, c’est de réussir dans ce qu’il fait et d’être, il l’est déjà, l’un des artistes peintres les plus côtés d’Afrique.

Partout où il a pu voyager, il n’a jamais développé le complexe d’infériorité face aux autres artistes peintres africains. Au contraire, il a hissé très haut la peinture mauritanienne. Pour lui, la peinture est trop sacrée pour qu’on se permette certaines extravagances. Et, la gloire n’a jamais effleuré son esprit. Il s’est imposé une certaine manière de travailler et de penser. «Je ne voudrais pas trop exposer en Mauritanie. Plus vous exposez, plus, vous vous dévalorisez. Donc, vaut mieux laisser faire le temps», glisse-t-il.

Sa journée, toujours chargée, se résume à peindre et toujours à peindre. Il essaie de contenter tout le monde. «En famille, je joue le rôle de papa. Avec des élèves, je joue le rôle de maître», confie-t-il. Son dernier enfant, Sidi Mohamed, est déjà sur ses traces. Un Mokhis bis est né. «Il est le seul qui dessine dans la famille», se réjouit-il, l’air ému. «Je l’encadre souvent. D’ailleurs, il a passé tout le mois de ramadan avec moi à la Maison des Artistes. Il était là entrain de peindre. Ça m’amusait beaucoup de le voir en contact avec les artistes.»

Ce 29 septembre, après 35 ans d’absence au centre culturel français de Nouakchott Antoine de Saint-Exupéry, le grand public et les amoureux de la peinture ont pu découvrir et apprécier son œuvre. Bon vent, grand maître !

Babacar Baye Ndiaye

Partager cet article

Repost 0
Published by Le Blog de Babacar Baye Ndiaye - dans Portraits-Rencontres
commenter cet article

commentaires