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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 21:53

 

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Son véritable nom, c’est Kane Limam. «Comme l’imam de la mosquée », tient-il à préciser sur un air bouffon et détendu. Il est habillé comme un petit maure. Ce nom qu’il revendique fièrement voudrait signifier qu’il est un Imam. «Non, je ne suis pas un imam. C’est mon prénom, Limam. Voilà. »

 

Kane Limam ? Aujourd’hui, il est plus connu sous le nom de Monza. Un nom assez bizarre et d’ailleurs qu’est-ce que c’est. «C’est un pseudo, un nom d’emprunt, un nom d’artiste. Pourquoi Monza ? Parce que je cherchais un nom qui pouvait refléter l’Etre Noir en tant que personne. Dans mes recherches, j’ai vu qu’en 1770, il y avait dans les Caraïbes une prison, une sorte d’escale, un cachot où passaient des esclaves avant d’être amenés au marché des esclaves. Ce cachot s’appelait Monza. C’est un nom qui m’a marqué et je l’ai adopté. Après, il y a eu des similitudes avec le grand circuit automobile Monza. Il y a des sociétés qui s’appellent aussi Monza. C’est une coïncidence, je ne sais pas ! En tout cas moi, c’est plus par rapport à ce cachot d’esclaves. Sinon Monza veut dire : Musique Originale Native de la Zone Authentique. »

 

Monza, comme il l’a rappelé lui-même, a commencé à faire de la musique Rap proprement dite à partir de 1997. «Mais, je l’ai commencé en 1995 », souligne-t-il. Depuis quelques jours, il a enterré sa vie de célibataire. Au fait, comment l’a-t-il connue, sa nouvelle dulcinée ?

 

«Ben ! On s’est rencontré ici à Nouakchott. Elle est française. Elle est venue travailler en Mauritanie. On s’est rencontré et (il respire bien) puis voilà. » Mais dans quelles circonstances ? «Disons qu’on s’est côtoyé un peu et puis cette relation est née. »

 

Son nom ? «Je veux garder le nom de ma femme pour moi à l’opinion publique qui n’a rien à savoir du nom de ma femme. » Ah bon ! «Si vous voulez, elle s’appelle Aïchétou Kane. »

 

Un prénom musulman. Est-ce qu’elle s’est converti à l’Islam ? «Ça personnellement, c’est une question à laquelle je ne voudrai pas répondre. » Pensez-vous à prendre la nationalité française puisque vous avez épousé une française ?

 

«Jamais de la vie ! Je ne pense pas que j’ai besoin de la nationalité française. Je suis mauritanien. Je compte le rester. Je sais que beaucoup de gens peuvent le penser. En se mariant avec une occidentale, ça peut faciliter beaucoup de choses. Mais, je pense déjà en tant qu’artiste mauritanien, je me dois de représenter mon pays avec ma nationalité et ma fierté aussi de mauritanien. Jamais, je ne changerai de nationalité. »

 

C’est vrai que tu es marié maintenant. Mais aussi, tu es un chanteur célèbre souvent courtisé par les jeunes filles. Comment vas-tu gérer ta vie de couple ? «S’il s’agit de vie de couple ou de vie de famille, c’est déjà une responsabilité du moment qu’on se lève pour se marier, c’est parce qu’on a envie de ça, de stabilité. Je sais où vous voulez en venir. Je sais que les artistes ne tiennent pas leurs ceintures comme on dit. Moi, je ne suis pas de ces genres-là. Je ne veux pas être de ces genres-là. Je vis avec une femme. Je l’aime. Elle aime. Je la respecte et le respect, c’est la base de tout. »

 

Monza polygame ? Monza se lancer dans la polygamie ? «Non ! Ça ne fait pas partie de mes principes. » On vous a tiré par les oreilles ? «Non ! Pas du tout. Chez moi, c’est moi qui porte la culotte (éclats de rire). »

 

En juin 2004, il sort ‘Président 2 la Rue Publik’ et en juillet 2007 ‘Incontextablement’. Il a participé aussi à de nombreuses compilations : ‘bloc partie 2’ de Dj Manitou, ‘l’art de la RIM’ (1ier compil de Rap mauritanien), ‘Egotripscratchness’ de Dj Gee Bayss, ‘Out Her’ sorti en Allemagne avec la participation entre autres de Tiken Jah Fakoly, Awadi, ‘African Rebelles Music’. Actuellement, il est en train de préparer un 3ième album qui va s’appeler ‘Motus bouche cousue’ prévu en 2009.                                   

 

Il se définit comme étant ‘Le Président 2 la Rue Publik’. «Un jour, on (il était avec quelqu’un d’autre) a vu une rue privée marquée quelque part. J’ai barré ‘privé’ et à la place j’ai mis ‘publik’. Sinon pourquoi Président 2 la Rue Publik ? Déjà, je suis un observateur de ce qui se passe, de ce que fout la République, je dis bien la République. Dans ce que je fais, il y a cette vision de la République. D’un autre coté aussi, comme le Rap vient de la rue, je fais une petite ‘provocation’ linguistique en déformant cette République en rue publique et faire un hommage à la rue d’où vient le Rap et le Hip Hop. »

 

Il est souvent taxé à tort ou à raison d’être l’intello des rappeurs mauritaniens. «Je ne sais pas mais les gens le disent c’est peut-être vrai. Personnellement, je ne conçois pas cette idée-là que je suis l’intello du Rap mauritanien. Non ! Je dirai que je suis un artiste qui dit ce qu’il pense. »

 

Est-ce qu’aussi vous êtes un homme hautain ? Mais aussi quelqu’un de très têtu ? Un despote en quelque sorte qui n’aime pas qu’on le contrarie. D’ailleurs, vous ne prenez que des décisions unilatérales ? «Non ! Je dirai que j’ai défaut : c’est d’être perfectionniste. Que ce soit dans un groupe, un collectif, un projet, dans une action lambda, j’insiste beaucoup sur la clarté des choses, sur la perfection et sur la qualité pour qu’il n’y ait pas de distance ou d’amalgame. Certaines personnes avec qui je travaille n’ont pas de recul sur certains petits détails. Pour eux, ce n’est pas grave, on peut passer. Pour moi, tant que ce n’est pas parfait, on ne peut pas passer. Même si personne n’est parfait. »

 

Le micro représente beaucoup de choses pour lui. C’est un instrument par lequel, il fait passer sa pensée, son état d’esprit, un message pacifique. Pour lui, c’est un instrument par lequel il véhicule un message d’unité. Pour autant, on le reproche d’être un toubab. La preuve, il ne chante qu’en français surtout de la part d’un poular comme lui.

 

«Je ne suis pas un toubab. Je suis un hall poular. Je suis un Kane. Je viens d’une famille maraboutique. Si aujourd’hui, je rappe en français, c’est parce que dans ma vision, ce que j’exprime, je voudrai l’exprimer à un public beaucoup plus large. M’exprimer en poular, il n’y aura que mes parents poular qui vont me comprendre alors que si je m’exprime en français, je sais que mes parents poular me comprendront puisque beaucoup d’entre eux ont fait l’école(…) Par contre, je ne chanterai en poular quand il faudra chanter en poular. Par exemple, j’ai traduit la déclaration universelle des droits de l’Homme en poular pour l’intérêt de la communauté et pour qu’ils puissent aussi comprendre leurs droits. De même que les soninké, les wolofs puissent avoir cette déclaration dans leur langue maternelle. Pour des choses comme ça, je suis prêt à chanter en poular. Je ne suis pas ethniste. Je suis universaliste. »

 

Monza, c’est aussi un homme ambitieux. Il rêve même d’exporter le Rap Mauritanien. Mais «il y a des choses qui se font ici très mal. Je dirai aussi que le monde culturel de la Mauritanie ne se rend pas compte du potentiel qu’il y a ici. Mon ambition première, c’est de faire prévaloir la Mauritanie à l’extérieur pour qu’un jour, dans les informations ,qu’on parle de la Mauritanie autrement que ce que nous nous entendons comme par exemple on a tué 4 touristes français, on a arrêté des salafistes. Ce n’est pas cette vision de la Mauritanie que je voudrais montrer.  Je voudrai plutôt montrer une Mauritanie positive, une Mauritanie avec des talents, des potentiels. Voilà pourquoi je vais essayer avec l’aide de certaines personnes ici monter un bureau export de la musique c’est à dire essayer d’être en contact avec des gens à l’extérieur pour faire valoir les artistes mauritaniens. »  

 

Il fait partie aujourd’hui de la première génération de rappeurs mauritaniens. Son regard sur le Rap mauritanien est teinté d’optimisme.

 

«Le Rap mauritanien est en train d’éclore. Le Rap est en train de sortir de l’ombre. Mais le Rap mauritanien a aussi un gros problème. Il y a beaucoup de jalousie et d’hypocrisie entre les artistes alors qu’on devrait avoir plutôt un esprit de communion et d’harmonie pour que ce mouvement ait une base solide. C’est dommage qu’il y ait une partie de cette communauté de Rap qui sabote mais heureusement qu’il y a quelques jeunes qui refusent et essaient de se battre pour qu’on reconnaisse le Rap en Mauritanie. »

 

Pas la peine de lui poser la question sur les jeunes qui l’impressionnent ou essaient comme il dit de se battre pour l’éclosion du mouvement Hip Hop en Mauritanie. «Je ne veux pas citer de nom parce que quand je cite quelqu’un, ça peut amener des histoires. Je sais quand même qu’il y a des groupes de Rap mauritanien que je respecte beaucoup pour leur attitude et surtout pour leur travail. »

 

A ses yeux, ce qui manque au Rap mauritanien, c’est d’avoir une bonne diffusion. «Il faut qu’il y ait des espaces où on peut diffuser du Rap mauritanien, des points de distribution des produits mauritaniens et aussi une instance de protection des œuvres des artistes mauritaniens. »

 

Si un jour, le Président de la République Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi l’appelle et lui fait part de son intention de lui confier le ministère de la culture, il lui répondrait sans réfléchir : «Je ne peux pas porter une casquette de ministre parce que je n’ai pas la capacité pas intellectuelle mais  la capacité morale car un ministère c’est des pots de vin et moi je ne veux pas approcher ça. Par contre, si on me proposait aujourd’hui de venir travailler au ministère de la culture en tant que coopérant, monteur de projet, organisateur événementiel, je viendrais travailler gratuitement avec certaines garanties. »

 

 

 

 Babacar Baye Ndiaye

 

 

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Published by Le Blog de Babacar Baye Ndiaye - dans Biographie
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