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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 17:34

nadia.jpgElle pourrait être une bonne mère pleine de grâce comme la fleur au pollen magique qu’elle incarne. Mais, le destin en a décidé autrement. Nadia Georget, plus connue sous le nom d’artiste de Nadi H Cas, est issu d’un milieu modeste. Cette situation qu’elle n’a pas choisie n’a jamais pesé sur sa détermination et sa volonté à se hisser dans une époque où l’homme n’avait pas encore inventé l’ordinateur et l’internet.

 

Une époque où les Beaux-arts étaient encore un domaine inaccessible. Née dans les années 50, elle fut marquée par l’époque des grandes revendications féministes en France dont la figure de proue était Simone de Beauvoir.

 

Son penchant pour le dessin qui constituait pour elle un refuge ne trahit pas sa vocation d’artiste plasticienne. Depuis toute petite, elle se caractérisa par sa passion pour le bricolage. Elle se saisissait de tout ce qui lui tombait entre les mains."C’était une manière de m’évader", explique-t-elle.

 

Cette autodidacte, même si cette appellation ne lui plaît pas (cela me gêne, se défend-elle, parce que ce serait irrespectueux pour tous les gens que j’ai connus dans ma vie), a réussi, en côtoyant des artistes plasticiens, à forger sa propre trajectoire. Son art, qui se réclame de l’art brut, est avant tout le reflet de ses émotions, de sa nature, de sa personnalité et surtout de son éducation.

 

Native de Dreux à l’Ouest de Paris, Nadi H Cas a eu la chance d’avoir des parents qui ont très tôt fait germer en elle le génie créateur. Enfant gâtée, elle l’était. Rien ne lui manquait. Autant elle était comblée de bonheur, autant elle l’était en Amour. Elle grandit dans une atmosphère familiale où on ne lésinait pas sur les moyens pour se priver de la moindre fête. Loin des clichés du genre "marginaux du quartier", elle vivait l’insouciance qui caractérise la jeunesse. 

 

Elle vécut sa jeunesse avec beaucoup d’empreintes. Elle s’initia très tôt aux arts plastiques, à la lecture…Tout lui était permis même de rêver…Cette éducation libérale lui a permis de développer et de forger son intelligence et son tempérament. Déjà, à l’âge de 12 ans, elle paraissait mature. Sa mère y sera pour quelque chose. Elle grandira dans une époque fortement dominée par beaucoup de tabous. Mais, leur foyer faisait l’exception. Comme elle l’a dit, chez elle, tous les sujets étaient débattus.

 

Adolescente, dit-elle, rien ne lui plaisait à part l’art. A cette époque, elle ne croyait pas trop aux études. Très peu de filles parvenaient à s’en sortir. Et celles qui réussissaient à tirer leur épingle du jeu étaient souvent destinées à des carrières subalternes. Elle comprît très tôt que sa vocation était ailleurs. Malheureusement pour elle, elle ne réalisera pas le rêve de son père qui a toujours voulu qu’une de ses progénitures devienne un jour un médecin.

                

Entre elle et les études, ça n’a jamais été le parfait amour. D’ailleurs, elle va quitter les bancs en classe de 3ième année de Collège. A la même année, ses parents quittent Dreux en destination de Vierzion près de Bourges où elle va étudier pendant deux ans les céramiques industrielles. Mais, celles-ci sont un domaine qui ne l’ont jamais intéressé parce qu’elles ne correspondaient pas à son orientation : l’art. Elle quitte Vierzion et part à la recherche du temps perdu. Elle rencontre des céramistes, des sculpteurs, des potiers…Elle devient ouvrière pour gagner son bifteck et plus tard animatrice pour enfants maltraités et parallèlement à cela, elle continue à peindre et à dessiner.

 

Peu motivée, elle abandonnera le métier d’animatrice et décide de revenir à ses premières amours : la peinture. Elle s’installe ainsi à l’Ile de Groix en face de Lorient dans le Morbihan où elle ouvre son atelier. Elle y séjournera 5 ans. Elle quitte cette île pour s’installer à Ariège avant de s’installer depuis janvier 2000 à Toulouse.

 

A Toulouse, elle va militer dans un collectif appelé "Mixart Myrys" qui réunit plus de 450 artistes plasticiens, musiciens, comédiens…Elle sera la vice-présidente de ce collectif. C’est dans ce collectif qu’elle fera la connaissance de Momar Kane d’Afrodream.

 

Par l’intermédiaire donc de Momar Kane, elle vient en Mauritanie qu’elle découvre pour la première fois en juin 2008 à l’occasion de la quinzaine des Arts. Elle y fit la connaissance de tous les artistes plasticiens mauritaniens. Pendant 15 jours, elle fera des résidences avec eux et le résultat de leur travail sera exposé le 1ier juillet 2008 au musée national. Son étonnement fut grand lorsqu’elle découvrit qu’il y avait autant d’artistes plasticiens mauritaniens orientés vers l’art brut et surtout l’existence de l’art africain en Mauritanie. "Cela m’a fait une émotion. C’est comme si on me donnait un cadeau", avoue-t-elle.

 

Son séjour en Mauritanie lui fit découvrir la culture et la diversité du peuple mauritanien. Jusqu’à aujourd’hui, elle garde de bonnes impressions sur la Mauritanie. Rentrée à Toulouse, elle prend son pinceau pour extérioriser cette riche expérience de deux semaines qu’elle a passées en terre mauritanienne. Au nombre d’une vingtaine, ses tableaux sont un clin d’œil à tous les artistes plasticiens mauritaniens qu’elle a côtoyé durant la quinzaine des Arts, qui ont changé sa vie et lui ont apporté de la richesse supplémentaire.

 

La peinture est devenue pour elle un moyen d’oublier sa maladie. Depuis 3 ans, elle souffre d’un cancer du foie. Pour autant, elle reste forte et refuse toute culpabilisation. Elle l’accepte comme tel en se remettant en bonne croyante entre les mains de l’Eternel. "Je la vis. Je la sens mais je n’y pense pas. Lorsqu’on est en vie, il faut le vivre avec paix, bonheur et joie", dit-elle. Cet état d’esprit est omniprésent dans ses tableaux où domine la thématique de la famille. Une manière de se battre contre sa maladie en refusant qu’elle perturbe sa vie.

                 

Puisque la vie est un cadeau, tout ce qu’elle fait, elle le fait avec plaisir. Circonscrite et réservée, elle ne met pas en avant l’ambition ou la notoriété. Imbue de la philosophie de la rue, elle ne cherche pas à avoir une image. Sa devise : je fais ce que j’aime en dehors de toutes contraintes ! Condamnée à vivre avec sa maladie, elle n’en demeure pas moins accablée. Cela ne l’empêche pas de vivre sa vie et surtout de voyager lorsque l’envie lui traverse l’esprit.

 

Tellement qu’elle se sent une mauritanienne à part entière, elle est revenue pour la deuxième fois à Nouakchott, avec en bagages, plus d’une vingtaine de tableaux. Et quand elle est en Mauritanie, elle se sent guérie."Là où je suis bien, je me fais adopter", explique-t-elle. 

 

Babacar Baye Ndiaye

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Published by leducdejoal - dans Portraits-Rencontres
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