Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 17:52

Comme un printemps, la deuxième édition de la Nuit du Rire qui a eu lieu le 27 mars dernier a tenu toutes ses promesses. Dans la salle de la nouvelle Maison des jeunes, plus de trois cent personnes patientaient, malgré une chaleur étouffante. Ce soir-là, il y avait une belle brochette de groupes de théâtre, tous venus de l’Ecole Diam Ly, du lycée d’El Mina, de l’Ecole Koumballi y compris de compagnies comme Vents de Sable, Théâtre Nomade, Intihad El Hindi…

 

Il est plus de 20 heures. Apparaît Dj Paco qui annonce la programmation de la soirée. Après un hommage rendu à Pape Ablaye Sèye, comédien mauritanien décédé à la fleur de l’âge en 2005, place maintenant au rire. Surgit de nulle part, Daouda Kane, le maitre des canulars et organisateur de la Nuit du Rire. Attitudes et démarches clownesques, son apparition devant le public, composé majoritairement de jeunes, provoquera un flot de rire. C’est le délire total. "Le rire est bon", lance-t-il.

 

La soirée promet d’être chaude. Un à un, les groupes de théâtre se succèdent sur les planches, les rires du public bourdonnent dans la salle et les comédiens en rajoutent : "Si j’attrape mon fils, il va chier du goudron", "Quand on a peur de Dieu, il faut avoir peur du lion", "Dans la vie, si vous n’étudiez pas, vous n’êtes rien", "Hamza macaroni Famo (comprenez par-là Ahmed Ould Hamza"…

 

A la fin de la soirée, les commentaires sont presqu’unanimes. Les appréciations affluent de partout. Daouda Kane, le maître des canulars, suscite des réactions et de l’enthousiasme teintés de sincérité.

"C’est un jeune qui a beaucoup de volonté et de l’abnégation. Cette année, il a récidivé dans le bons sens nonobstant un environnement qui n’encourage pas les activités culturelles. Ceci est d’autant plus vrai que les hommes de théâtre sont considérés comme des personnes peu sérieuses et auxquelles il ne faut pas faire confiance", témoigne Fara Ba, directeur des études de l’Ecole Koumballi.

                                  Daouda-Kane.JPG

"Cette soirée du rire est une excellente chose", dit l'écrivain et homme de culture Bios Diallo. "Je pense que Daouda Kane gagnerait beaucoup à être soutenu. C'est non seulement un bon comédien qui vit son art tel qu'il le présente, mais aussi un artiste plein d'idées. C'est quelqu'un qui est en perpétuelle création", poursuit le conseiller au Ministère de la Culture, de la jeunesse et des sports.

 

"J’ai découvert que parmi les élèves, il y en avait certains d’entre eux qui dégageaient l’élan de comédien", confie Abdou Yam, directeur du lycée d’El Mina. "Chacun a un don. Il y aura des gens qui ne réussiront pas dans les études mais qui pourront réussir peut-être dans d’autres domaines comme le théâtre, la peinture, la musique. Il faut que l’Etat participe au développement de ses activités et réfléchir sur comment les introduire dans notre système éducatif", a-t-il soutenu.

 

"Si l’édition de 2009 n’a pas été une réussite, celle de 2010 l’est. La Culture et les Arts sont inexistants dans l’école mauritanienne où l’on croit que s’adonner à de telles activités est une perte de temps. Ce genre de manifestations va amener les enfants, les parents d’élèves et les enseignants à reconsidérer l’activité théâtrale, artistique et culturelle", relève Ly Djibril, directeur de l’Ecole Diamly.

 

Qu’il s’agisse du lycée d’El Mina, de l’Ecole Diamly et de Koumballi, le théâtre scolaire est, aujourd’hui, au cœur de leurs préoccupations afin de permettre aux enfants d’affirmer leur personnalité, de se performer sur le plan linguistique, des idées mais surtout d’oser prendre la parole devant n’importe quelle circonstance.

Le temps d’une soirée, Daouda Kane et Vents de Sable ont ressuscité le théâtre mauritanien en proposant un spectacle inédit où apprentis comédiens et professionnels se sont réunis la main dans la main pour le théâtre mauritanien dans toute sa diversité d’expression.

                                    Daouda-Kane.JPG

 

"Le théâtre est un puissant moyen d’information et de formation. Il faut que l’Etat mauritanien s’intéresse davantage à ce secteur et encourager financièrement et moralement tous les acteurs pour se développer", plaide Fara Bâ.

 

Cette initiative a été soutenue par la Communauté Urbaine de Nouakchott, le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, le Centre Culturel Français de Nouakchott et l’Espace Culturel Diadié Tabara Camara.

 

"A chaque fois que Daouda Kane s'adresse à vous, c'est qu'il est sur quelque chose. Constamment curieux, constamment sur le travail. Quand une idée lui échappe, il n'hésite pas à étendre ces questions sur tous ceux qui peuvent lui être utile. Et ça, c'est rare. Voilà pourquoi je dis qu'il mérite d'être soutenu et accompagné. En cela, je garde l'intime conviction que si on l'aide, il est capable de faire des merveilles. Cette nuit du rire, il fallait y penser en Mauritanie!", conclut Bios Diallo.

 

 

Babacar Baye NDIAYE

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires