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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 22:02

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Des musiciens bassistes comme Ousmane Touré, la Mauritanie en compte peu. Il a basculé dans la musique à l’âge de vingt ans. Durant 10 ans, il a travaillé à la Société Nationale d’Industrie et des Mines (SNIM) en tant qu’hydraulicien. A Zouerate, il va intégrer le Tiris-Zemmour Band. En 1997, il démissionne de la SNIM et rentre à Nouakchott. "Mon but était de partir aux Etats-Unis d’Amérique", explique-t-il. Mais, le destin en décidera autrement. En 1997, il est sollicité par Guéladjo Bâ pour mettre sur pied Kodé Pinal d’Ousmane Gangué. A la même période, Malouma Mint Meidah le sollicite pour une tournée. Depuis, ils ne se sont plus quittés. Ce qui, pour autant, ne l’a pas empêché de faire bénéficier à d’autres artistes comme Noura Mint Seymali ou des groupes de rap comme Diam Min Tekky sa riche expérience. Doté d’une culture musicale allant de la musique africaine, au Jazz en passant à la Soul Music et au Rhythm and Blues, Ousmane Touré a de quoi émerveiller plus d’un.

 

Le Rénovateur Quotidien : On constate aujourd’hui l’émergence de nouvelles figures sur la scène musicale mauritanienne. Une telle situation peut-elle apporter un plus à la musique mauritanienne ?

 

Ousmane Touré : Je pense que l’émergence de nouveaux artistes ou de groupes de musique constitue sans doute un plus pour la Mauritanie. Cependant, les artistes qui veulent émerger se heurtent souvent à des problèmes de moyens. Il est de notre devoir parfois, en tant que musicien, de les aider sur le plan moral, théorique et pratique en jouant ou proposant  des arrangements. On a une musique traditionnelle très riche. J’estime qu’il nécessite tout simplement qu’on l’améliore en l’auscultant et voir ce qu’on peut en rajouter.

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Au regard de la trajectoire de la musique mauritanienne, peut-on dire qu’il y a espoir de la voir rivaliser avec les autres musiques de la sous-région plus cotées à l’extérieur ?

 

Ousmane Touré : Le problème n°1 des musiciens mauritaniens, c’est qu’ils n’approfondissent pas leur  musique. Ils ne cherchent pas à s’ouvrir aux autres styles de musique et voir comment ils peuvent faire une synthèse de leur musique et de celle des autres. Il faut qu’il y’ait un pont entre leur musique et la musique occidentale en vue de la fusionner et de la faire accepter à l’extérieur. Il ne s’agit pas que de jouer uniquement de la musique traditionnelle. Sinon, certains vont apprécier, d’autres non. Il suffit de métisser notre musique et chacun y trouvera son compte. On peut enrichir notre musique traditionnelle sans l’altérer. C’est un travail qui demande beaucoup de recherche.

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est un fait indéniable que la musique mauritanienne est très riche et variée. Pour autant, elle a dû mal à s’imposer. Sur qui faut-il porter la responsabilité ? Sur les musiciens ou sur les autorités en charge de la Culture ?

 

Ousmane Touré : Au début des années 70, on a envoyé des mauritaniens en Guinée Conakry pour y subir une formation dans le domaine musical. Ils sont revenus et ont mis en place l’Orchestre National en plus de celui de la Garde Nationale. Ces personnes étaient des fonctionnaires. Après le boulot, ils se retrouvaient pour jouer de la musique. Ils étaient salariés et du coup ils ne vivaient pratiquement pas de la musique. A la fin des années 70, ils n’ont pas évolué avec le temps. Ils sont restés figés sur leurs acquis et n’ont pas voulu suivre l’évolution de la musique. Il n’y a pas eu une politique culturelle pour promouvoir la musique. C’est pour cette raison qu’on est en retard par rapport aux autres pays de la sous-région. Après, il y a eu une cassure : des groupes ont commencé à se former timidement mais en se débrouillant tout seul. Ils n’ont pas eu le temps de profiter de l’expérience de la première génération. Comme les précurseurs de la musique mauritanienne avait stagné dans leurs recherches, les nouveaux venus étaient désorientés et mal encadrés. Ceux qui avaient la chance d’être mélomanes en écoutant et suivant l’actualité musicale ont évolué.

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vu la situation actuelle de la musique mauritanienne, peut-on s’attendre à ce que la nouvelle génération de musiciens vit les mêmes conditions que celles vécues par leurs ainés ?

 

Ousmane Touré : Je suis optimiste car je vois de plus en plus de groupes émerger. Peut-être ce qui reste, c’est d’insister sur leur professionnalisation. Comme partout dans le monde, un musicien doit se professionnaliser. Ce que nos aînés ne comprirent pas. Notre ministère de tutelle ne fait aucun effort dans ce sens pour les orchestres modernes. On fait souvent l’amalgame entre griot et musicien. Ceux qui sont au niveau du ministère n’ont pas une certaine vision de la musique moderne. Les griots bénéficient des faveurs de la part du Ministère alors qu’à l’étranger ils ne représentent rien du tout pour la Mauritanie. C’est cet esprit qui mine l’évolution de notre musique. S’y ajoute également l’absence de manifestations culturelles.

 

Le Rénovateur Quotidien : Au Cuba, on retrouve la salsa ; au Sénégal, le Mbalax ; aux Etats-Unis d’Amérique, le RnB. Est-il possible en Mauritanie d’avoir un style musical où tout le monde se reconnaîtra ?

 

Ousmane Touré : C’est techniquement possible car il y a des gammes pentatoniques (mineures ou majeures) qu’on retrouve un peu partout de l’Ethiopie au Sénégal en passant par le Cameroun et le Tchad. Le blues, la musique Peul, maure, le Wassoulou…sont dérivées de ces gammes. Toutefois, il est un peu difficile à la Mauritanie d’avoir un style particulier à cause de la diversité ethnique et musicale.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye NDIAYE

 

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Published by ducdejoal - dans Interviews
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