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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 19:04

Reve-de-France.jpgEcrit par Papa Samba Sow, la pièce de théâtre "Rêve de France" est un spectacle qui porte sur l’émigration clandestine. Le personnage est ici incarné par Zoumba, un sénégalais ordinaire, un africain qui rêve légitimement d’émigrer en France, symbole de l’opulence et de la vie facile. Il est en cela influencé par l’histoire et le dynamisme des relations France-Afrique. Mais, il est aussi tiraillé par un conflit intérieur : ses racines surtout familiales le retiennent tandis que la faim et la pauvreté l’astreignent à partir.

 

Rêve de France qui a été présenté ce 26 mai 2010 au Centre Culturel Français de Nouakchott Antoine de Saint-Exupéry est une réponse aux mirages de l’Eldorado à travers laquelle Papa Samba Sow veut sensibiliser la jeunesse africaine sur les contraintes et désillusions de l’émigration clandestine.

 

Ce spectacle est composé en trois actes. "Au départ, c’est l’africain qui a faim, qui souffre qui, malgré tout, cherchera à rester parce que, pour lui, la première option demeure de rester et de travailler. Mais, la faim, la souffrance et d’autres problèmes font qu’il se résout à partir. Toutefois, l’arrivée en Europe ne se passe pas toujours comme prévu et là, il y’a beaucoup d’anecdotes, d’histoires drôles pour vraiment relater tout cela : essayer d’installer le cadre européen pour nous, africains. Et, après la désillusion, il faudra revenir", explique Papa Samba Sow soulignant au passage que "Rêve de France" est également une pièce de théâtre en hommage à la poésie de la négritude incarnée par deux figures de proue à savoir Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire.

 

"Je vois tous les jours, des pirogues qui s’en vont"

 

La problématique de l’émigration clandestine est un sujet que Papa Samba Sow connait assez bien puisqu’il vient de la ville de Saint-Louis du Sénégal où il est d’ailleurs professeur de Lettres. Il révèle d’ailleurs qu’il est un témoin privilégié du départ des pirogues qui prennent le large en destination de l’Europe.

 

"Mon école se trouve dans un quartier réputé être le principal point de départ par excellence des pirogues de l’émigration clandestine. Même si, je n’ai jamais été tenté par cette aventure, je sais de quoi parle", confie-t-il.

 

Rêve de France écrit en 2009 a beaucoup tourné un partout en France, au Sénégal, en Hollande et au Maroc et a valu à son auteur d’être mieux connu. Cette pièce théâtrale est une de plus sur l’émigration clandestine. Et pour ce faire, Papa Samba Sow, pour écrire cette pièce, a fait des recherches très poussées dans ce sens.

 

"Quand j’écris une pièce, je suis obligé de faire de la prospection. Je suis obligé d’enquêter, d’aller à la rencontre des gens. On ne peut pas écrire sur le ndeup (cérémonie d’exorcisation) par exemple sans aller à Rufisque(Sénégal). On ne peut pas écrire sur la circoncision dans le Walo sans aller à Dagana. Je ne peux pas écrire sur les maures sans venir en Mauritanie. Je suis sûr et certain que mon séjour et mon passage à Nouakchott me vaudront des idées de spectacles", explique l’auteur des "Les Anges blessés".

 

"Tout n’est pas rose là-bas"

 

La pièce de théâtre "Rêve de France" est une pièce destinée, comme l’indique son auteur, aux africains qui sont dans les zones littorales et qui émigrent, malheureusement, par méconnaissance. Dans cette pièce, Papa Samba Sow cherche à proposer un autre regard sur la coopération entre la France et l’Afrique. Mais, surtout, une manière d’attirer l’attention de la jeunesse africaine sur les désillusions de l’émigration clandestine. "Les défauts sont partagés. Tout n’est pas rose ici. Mais, tout n’est pas rose là-bas non plus", éclaire-t-il.

 

A l’antipode de ce phénomène qu’est l’émigration clandestine dont souffre l’Afrique, il y’a la fuite des cerveaux. "Hélas, c’est comme ça ! dit-il en soupirant. Quand on dit fuite des cerveaux, ce n’est pas seulement la tête. C’est aussi les jambes. On nous prend nos meilleurs footballeurs et nos meilleurs athlètes. On nous prend ceux qui, normalement, doivent développer l’Afrique", s’indigne le fils de l’écrivaine Amina Sow Mbaye.

 

Pour autant, il n’a pas manqué de faire jaillir de ses lèvres un suc d’optimisme. "L’Afrique est actuellement en phase de retour vraiment. Pendant, longtemps, comme tout le monde, on a été un peu pessimistes. Aujourd’hui, les africains reviennent à leur terre et même ceux qui étaient partis prennent conscience de l’authenticité et de la grande valeur à s’attacher à leur terre", enseigne-t-il.

 

Au-delà de "Rêve de France", Papa Samba Sow part à la déconstruction du socle de l’émigration clandestine qu’il considère comme un suicide social et dont le seul remède pour lui est de rester au pays et de travailler. "S’il y’a maintenant l’opportunité de partir, qu’elle soit utile à nos pays. Il faut essayer de servir nos pays d’abord que de chercher surtout à aller à l’aventure. C’est un suicide social que nous sommes en train d’organiser en fermant les yeux sur l’émigration clandestin de la jeunesse africaine", lâche-t-il accusant les gouvernements africains d’être complices. "Ce qui doit être fait n’est pas toujours bien fait à la lettre", regrette-t-il.

 

Dans le flot de la thématique de l’émigration clandestine, Papa Samba Sow vient d’écrire une autre pièce de théâtre "Superstition" qui est un prolongement de "Rêve de France" et promet déjà de revenir en Mauritanie pour l’y jouer.

 

Babacar Baye NDIAYE

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