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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 21:00

Sadio DialloElle n’a rien d’une artiste. D’un caractère effacé, sa vie se résume, comme l’a si bien décrit Ngam Saïdou, président de Bagodine-Education et Développement, dans l’angoisse des couleurs pour fixer ses images sur la balance de son art où le figuratif et l’abstrait cherchent leur équilibre.

 

Sadio Diallo a toujours été passionnée et fascinée par la peinture. A 6 ans, petite fille innocente et ambitieuse, elle rêve déjà de liberté. Les invités à son exposition individuelle du 1ier avril 2009 au centre culturel marocain de Nouakchott ont été agréablement surpris par ses tableaux où se côtoient monde imaginaire et réalités mondaines. "J’ai toujours aimé la peinture", affirme-t-elle avec beaucoup de nonchalance.

 

Ce n’est que plus tard que sa passion pour la peinture va se confirmer et se préciser dans son esprit. On est en 2001. Le virus de la peinture l’atteigne. Débute une nouvelle carrière pour elle. Cette fois-ci pleine d’espoir et de promesses. Entre temps, elle survivra à la mort de son père qui a très tôt quitté ce bas monde. Dans ses tableaux, elle se laisse emporter souvent par le coucher du soleil. Tout simplement pour refuser de céder au désespoir.

 

Sadio Diallo est fortement ancrée dans ses origines. D’ailleurs, dans ses tableaux comme "Mon village", "Le berger", "La calebasse", "La danse traditionnelle", elle valorise son patrimoine culturel. Pour elle, c’est très fondamental. La recherche de soi et de son identité l’a porté vers l’exploration et l’interrogation de notre existence. Ces tableaux sont d’une telle sensibilité et d’une telle éloquence qu’ils font éprouver aux initiés le goût du voyage.

 

Iconoclaste, elle réussit à se frayer un chemin dans le panthéon artistique. Ceci, elle lui doit bien à sa mère à qui elle a hérité sa nature persévérante. Malgré une enfance douloureuse, elle n’a jamais pensé à renoncer à sa passion pour l’art. Comme une cotonnière, elle file, comme un cheval de rêve, son pinceau pour nous surprendre.

 

Teint clair, look d’artiste, regard doucereux et aimant la musique, les promenades et la peinture (toujours) qu’elle considère comme un art thérapeutique, Sadio Diallo n’a rien à envier aux autres peintres et a tout pour plaire. "Je suis heureuse dans la peinture car l’art est la meilleure façon pour moi de s’identifier à la nature", dit-elle.

 

Très peu connue du grand public, elle veut se faire une image dans le milieu de la peinture mauritanienne. Pour cela, rien de mieux que de venir exposer à Nouakchott. Lorsqu’on lui a proposé de venir s’exposer au centre culturel marocain, elle n’a pas hésité. Elle y a vu une chance unique de se faire découvrir.

 

Ce n’est pas la conviction et le talent qui lui font défaut d’ailleurs. A force d’épreuves, elle s’est forgée une âme soldatesque. Elle qui a connu des périodes fastes peut bien se délecter. Aujourd’hui, finies ces périodes où il fallait faire face contre vents et marées. "Maintenant, il y a du mieux ! Et beaucoup de gens me soutiennent et m’encouragent ", se réjouit-elle.

 

Du courage, elle lui en faudra davantage pour survivre. Car, du haut de ses 32 ans, Sadio Diallo rêve déjà de succès et de grandeur. Comme la plupart des jeunes filles qui caressent le rêve de devenir peintres, elle a dû faire face à de nombreux préjugés qui n’ont jamais eu raison d’elle.  Pugnace, elle l’est. "Au début, les gens disaient que j’étais folle. Même à la maison, j’étais mal vue et mal comprise. Lorsque je travaillais, on me disait de laisser tomber. Car, à leur yeux, ce que je faisais n’avait aucune importance", se souvient-elle.

 

Polyglotte  et issue de famille conservatrice, on avait dû mal à la tolérer et à la comprendre. Depuis 2001, Sadio Diallo a beaucoup évolué. Du figuratif, elle est passée aux formes imaginaires de l’abstrait. Les clandestins, les enfants de la rue, l’excision, les mariages précoces, l’esclavage…Toute une thématique qui ne doit rien au hasard pour qui connaît bien cette admiratrice de Claude Monet et actuellement en stage au Musée National.

 

Babacar Baye Ndiaye

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