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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 00:06

sidi-yahya.JPGL’artiste-peintre Sidi Yahya, qui fait partie des plasticiens de la première génération, a participé à l’émergence de cette forme d’expression toute jeune en Mauritanie. Son travail est à la fois emblématique et précurseur. Sa faculté à saisir les richesses issues du mixage des cultures arabe, berbère et africaine a fait de lui un peintre hors norme.

 

Sidi Yahya, toujours animé d’une fièvre d’expression très personnelle, dans ses nouvelles créations, façonne les signes, affronte terre, eu feu et vent, pour faire de la rencontre avec ses toiles une prise de conscience à propos de la mutation du monde qui l’entoure. Il y a deux ans il a créé une école d’Art destinée aux enfants de 3 à 15 ans et à promouvoir la peinture et les arts plastiques au pays d’un million de poètes.

 

En juin 2008, ces enfants ont exposé pour la première fois au Centre Culturel Français de Nouakchott. Cette année encore, leurs travaux colorés et variés ont été représentés à nouveau. Sidi Yahya travaille avec ces enfants autour de la peinture et du bricolage, de la récupération de matériaux ramassés à la maison dans le but de montrer que ceci peut et bel et bien déclencher aussi l’imaginaire de l’enfant.

 

Ses œuvres sont remplies de pureté et d’innocence. Ce qui est plaisant, c’est qu’elles nous renvoient à nous-mêmes, à notre propre existence. Elles ne sont jamais décevantes. C’est qu’en réalité Sidi Yahya est un artiste-peintre qui a une forme d’expression éminemment capiteuse. "C’est tout à fait abstrait ce que je fais. C’est en fait de la fantaisie personnelle, mon côté enfantin et brut !", explique-t-il.

 

Sidi Yahya, avec son exposition au Centre Culturel Français de Nouakchott Antoine de Saint Exupéry du 16 juin 2009, a confirmé qu’il était un génie du pinceau qu’il restera toujours. Devant plus d’une trentaine de tableaux aussi magnifiques les uns que les autres, on ne peut qu’être admiratifs et ébahis.

 

Dans un regard froid et perspicace, à travers des couleurs chaudes, il déboulonne tout doucement son univers à lui teinté de mysticisme. Lorsque vous suivez son regard perçant, il vous entraîne inéluctablement vers son karma.

 

"C’est tout un état de choses", dit-il. A travers ce regard toujours entraînant, on peut voir aisément la clarté du désert, entendre les gestes, le frou-frou des voiles et les tambours africains. Le tout dans une atmosphère de "rayonnements croisés" où vient s’ajouter l’alphabet arabe défilant majestueusement sous nos yeux toujours avides d’émotion.

 

Cet entraînement enchanteur défie toute fonction qu’on voudrait attribuer à un artiste. "Le rôle de l’artiste n’est pas de donner une solution. Mais de dire aux gens : voilà, réfléchissez à ça ! Après, c’est aux gens de décider. L’artiste n’est pas un décideur. Il n’est pas une porte de solution", se défend-il.

 

Sidi Yahya règne en maître dominateur sur ses œuvres. Et, ce qu’il recherche dans tout ça, c’est avant tout la perfection. Il a horreur des caprices et du narcissisme."Je ne peux donner un temps pour réaliser un tableau. Un tableau, tant qu’il est chez moi, il est toujours sous la menace d’être retravaillé pour une deuxième fois", déclare-t-il.

 

Une palette de couleur est toujours une occasion pour lui de retrousser les manches. Ces tableaux cachent bien des états d’âme, des situations inouïes. Peut-être son passé, un moment, qui sait ! Lui-même refuse de l’avouer. Peu importe puisqu’un tableau est toujours le reflet de quelque chose, le résultat d’une situation."On a toujours nos rêves et nos fantaisies", se contente-t-il de répondre.

 

Plusieurs de ses tableaux pour des raisons apparentes évoquent une certaine envie de liberté qui brûle ses méninges. Sidi Yahya est pareil à une "chaîne brisée". Il est aussi un artiste qui ose mettre à nu certains stéréotypes de la société. C’est un artiste révéré pour son imagination très abrasive voire révolutionnaire.

 

"Lorsque les gens entendent ce mot, ils pensent aussitôt à la guerre, à la confrontation…La révolution pour moi elle est personnelle, culturelle. C’est une manière de penser", édifie-t-il.

"Quand je fais un tableau, ce n’est plus à moi. C’est pour la Mauritanie. C’est pour l’Humanité", avoue-t-il.

 

Même si politiquement, il n’est pas engagé, il l’est culturellement. Et, là-dessus, il sait s’y prendre. "Je pique les gens pour réfléchir", explique-t-il.

 

Pour mieux nous alerter au sujet de la déchéance culturelle qui rampe à pas de géants, Sidi Yahya nous montre qu’il est vraiment dans la sauce du temps. De l’environnement à la sauvegarde de notre patrimoine, il se pose en "défendant du passé", comme il l’explicite dans l’un de ses tableaux qui portent le même titre. N’est-ce pas là une preuve que nous sommes tous des "symboles en mouvement" sur qui il faut veiller?

 

Babacar Baye Ndiaye

 

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