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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 05:51

Du 12 au 25 avril, l’artiste peintre Sidi Yahya expose ses tableaux, au nombre de 27, au Centre Culturel Marocain de Nouakchott. Entre empreintes et signes, l’artiste surnommé "Le poète des traces" offre au visiteur un travail d’une grande finesse. Fruit de huit mois de labeur. Et le résultat, ça se passe de commentaires.

 

Devant ce spectacle éblouissant, Ahmed Ould Meyne, un artiste-peintre et journaliste, promène son regard sur les tableaux, résultat d’un travail d’un grand doigté. Il témoigne, la main sous le menton : "Sidi Yahya est un artiste de renom qui a fait un travail magnifique, qui a présenté des tableaux d’une grande qualité. Ce n’est pas la première fois qu’il présente des œuvres de ce niveau. Il a déjà fait ses preuves. On retrouve la peinture abstraite qui témoigne de la richesse de l’artiste et de ses sources d’inspiration qui sont le patrimoine mauritanien, africain, sahélien aussi bien au niveau de la symbolique, des signes que des couleurs et des motifs. Je pense qu’il y a une telle richesse qui fait que les techniques qui sont utilisées sont très subtiles et les matériaux aussi. Ce qui a donné des effets de matière qui sont très recherchés et auxquels personnellement je m’identifie".

 

  Les appréciations sont presqu’unanimes. "Son style a changé. Je trouve qu’il y a beaucoup plus de couleurs. Il a joué sur l’ombre et la lumière. C’est plus à mon goût en fait", analyse Régina. Les tableaux de Sidi Yahya procurent une envie cérébrale d’être feuilletés du regard, celui qui subjugue nos "larmes de joie intérieures".

 

  En regardant des tableaux comme "Empreintes de Oualata", "Empreintes de Kaédi", "Empreintes d’Atar", "Empreintes de Chinguitty", "Empreintes de Zouérate", "Empreintes de Tichit" et "Empreintes de Néma", notre mémoire arpente les coulisses du temps. Grâce à la magie et à la pureté de la peinture, Sidi Yahya ressuscite toutes ces villes qui ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, des villes où "Le carré des rêves" est enfoui par "Les feux de sacrifice".

 

 "Quand on parle de Nouakchott, je veux qu’on parle aussi des villes qui sont à l’intérieur du pays", plaide-t-il. Dans chacune de ses œuvres, on retrouve un zeste d’africanité et d’arabité qui constituent le substrat de la société mauritanienne. Le goût à la transcendance s’y fait ressentir fortement. Pour l’artiste, l’absolu consolide sa soif de chercher un point de départ.

 

  Dans cette quête vertigineuse, d’ailleurs, certains ont cru qu’il avait perdu son style. Mais, que non. "Je n’ai pas changé de style. J’ai changé au niveau des couleurs. J’ai ajouté plus de couleurs", se défend-il. Les enfants de son école sont passés par-là. "Ils m’ont poussé à travailler plus avec les couleurs. C’est pour montrer aussi qu’il y a eu changement et que je suis sur les rails", élucide-t-il.

 

 Le travail est là mais "c’est un travail qui n’est pas fini tant qu’il est là", précise-t-il. "Dans la vie, chaque fois qu’on fait un effort, qu’on accomplit quelque chose, on est content", dit-il devenant subitement sage.

 

  "Un écrivain, lorsqu’il écrit, il ne s’arrête pas là. Il a besoin, encore, de lire ce qu’il a écrit. C’est un besoin. Moi, aussi, lorsque je termine un tableau, j’ai besoin de le regarder. Ça devient un autre regard, un regard d’ensemble d’abord. Ce n’est pas un regard figé. Si, dans chaque tableau, chacun réussit à trouver une interprétation différente de l’autre, je crois que ce tableau a réussi et un tableau qui a trouvé une seule interprétation, c’est un tableau qui n’a pas réussi", commente-t-il.

   

Le poète des traces

 

 C’est Jean-Louis Chambon qui a enseigné au lycée Théodore Monod de Nouakchott qui l’a baptisé "Le poète des traces" dans un film qu’il lui avait consacré et projeté à la 4ième édition de la Semaine Nationale du Film (SENAF) d’octobre 2009.

 

"Une toile de Sidi Yahya, c’est un rectangle de désert habité par l’imaginaire du peintre, les traces de pas visibles de sa marche invisible, son écriture sur la rugueuse et poudreuse peau du monde. Sidi Yahya est un artiste profondément ancré dans sa culture et grand ouvert à la modernité, débordant d’énergie et d’idées dévouées à une seule cause : faire vivre l’art contemporain en Mauritanie", disait-il. 

 

 

Babacar Baye NDIAYE

 

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