Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 19:25

Double-H-Men.JPGCréé en 2004, W H Men de Nouadhibou est composé de Dafou, de BIO et de Gongui Men. A eux trois, ils ont réussi, entre autres groupes, a imposé la passion et l’amour du Rap dans cette ville. "Si on fait un concert, tout le monde vient", révèle Dafou, 32 ans. Dafou (comprenez "Daouda" et "fou") fait du rap depuis 1996. "Sans me vanter, je suis le premier rappeur à Nouadhibou", insiste-t-il.

 

W H Men n’a pas été créé pour jouer les seconds rôles dans le bouillonnant mouvement du Hip Hop en Mauritanie où les cartes sont en train d’être redéfinies. D’ailleurs, c’est pour inverser la tendance qui consiste à penser qu’il n’y a qu’à Nouakchott où on peut retrouver les bons rappeurs. Durant la deuxième édition de "Assalamalekoum Hip Hop Festival" du 15 au 17 avril 2009, ils ont montré qu’ils n’avaient rien à envier aux rappeurs de la capitale où pullulent des milliers de groupe de Rap. "C’est vrai qu’à Nouakchott le rap est plus enraciné dans les mentalités. Mais, il ne faut pas omettre qu’à Nouadhibou aussi, il y a de grands rappeurs", soutient Dafou.

 

La preuve, ils ont laissé une bonne impression au public. C’est la première fois que W H Men se produise dans un évènement musical comme "Assalamalekoum Hip Hop Festival". Même s’ils n’ont pas encore sorti leur premier album, l’ambition ne leur manque pas. "On veut que tout le monde nous connaît et surtout voyager à l’intérieur du pays", confie Dafou.

 

Leur prestation sur la scène de "Assalamalekoum Hip Hop Festival" devant des milliers de spectateurs semble leur donner une envie et un courage d’aller à la conquête d’autres horizons et de se mesurer. Ils rêvent d’exporter le Rap mauritanien au-delà de ses frontières. Ils y croient parce qu’ils ont ce petit quelque chose qui les différencie des autres. "Chacun vit à sa manière. Mais, on forme un groupe très solidaire", révèle Dafou.

 

Ils chantent de tout et de rien. Comprenez par là tout ce qui leur passe par la tête. Leurs messages portent sur le racisme, la démocratie, la politique…De là à clamer haut et fort leur ras-le-bol, il n’y a qu’un pas. "Notre système étatique nous a coincés. Notre jeunesse est endormie. Je ne sais pas si elle est terrorisée. Je ne sais pas si elle ne veut pas évoluer. Je me demande parfois si elle est consciente", s’insurge Dafou. Une manière de dire qu’ils sont bien là pour représentant, en paraphrasant Aimé Césaire, ceux qui n’ont pas de bouche. Mais surtout : changer les choses !

 

Ils utilisent le micro pour mâter, vilipender et dénoncer tout ce qui ne va pas dans notre société, dans notre existence et dans nos comportements. "Nous voulons que le gouvernement aide les populations", dit BIO (Bandit Intelligent Ouvert), 22 ans. Leur combat ? La liberté, l’égalité, la justice, la démocratie.

 

"Nous voulons que tout le monde nous entende", explique-t-il. D’ailleurs, tout Nouakchott les a entendu à l’occasion de leur prestation sur scène de "Assalamalekoum Hip Hop Festival" où ils ont assuré, avec un freestyle imposant.

 

W H Men est la preuve qu’à Nouadhibou le Rap est bien vivant et fait bouillonner des milliers de cœur. Derrière ce tableau se cache une triste réalité. Leur ville, par ailleurs capitale économique du pays, ne dispose même pas de salles de spectacles. "On veut être libre comme l’air, s’écrie Gongui Men, 27 ans. Nous sommes des jeunes. La Mauritanie ne peut pas avancer sans nous. Tout est à l’agonie en Mauritanie".

 

Pour Gongui Men, il faut aussi que les organisateurs des évènements culturels pensent aussi aux artistes de l’intérieur dans leur programmation. "On fait venir des artistes étrangers à Nouakchott, dit-il. Pourquoi pas ne pas penser à le faire avec les artistes de l’intérieur pour leur donner une chance de se faire découvrir. On ne demande pas de l’argent. Tout ce que nous voulons, c’est qu’on nous appuie et qu’on essaie de soutenir les rappeurs de l’intérieur".

 

Tout ce qui leur manque actuellement, c’est peut-être ça : trouver un cadre d’expression. "Nous voulons que les rappeurs soient reconnus par les autorités comme elles l’ont fait avec les Malouma Mint Meidah et Dimi Mint Habba", poursuit Gongui Men.

 

Le temps d’un concert, ils ont vidé tout ce qu’ils avaient dans leur cœur en assénant leur vérité à la figure de qui vous savez. Ils ne s’engagent pas à moitié. "Nous n’avons peur que de Dieu", dit Dafou. Pour W H Men, il est hors question d’être complice de certains mensonges. "Même si on nous payait des millions comme Papis Kimmy", ironise Dafou.

 

Babacar Baye Ndiaye

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires