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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 19:10

On dit de lui qu’il est aujourd’hui l’un des rappeurs mauritaniens les plus talentueux de sa génération. Il s’est produit, pour la première fois, sur la scène de "Assalamalekoum Hip Hop Festival" du 15 au 17 avril 2009. Après sa prestation, nous l’avons rencontré. Occasion de parler de cet évènement musical, de sa carrière musicale, de ses projets et de l’avenir du Rap en Mauritanie.

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Le Rénovateur Quotidien : Quelle est votre impression au sujet de "Assalamalekoum Hip Hop Festival" ?

Waraba : C’est un plaisir pour moi d’être présent à ce festival. Lorsque que Monza m’en a parlé, je lui ai aussitôt accordé mon feu vert. La seule manière d’apporter ma contribution, c’était d’y participer. Monza force le respect. Car, monter un festival, ce n’est pas une chose aisée. Ça demande beaucoup de moyens. Grâce à lui, "Assalamalekoum Hip Hop Festival" a acquis une certaine notoriété internationale. Je pense que c’est une bonne initiative pour le développement du Hip Hop en Mauritanie. Le fait de déplacer de grands rappeurs comme Tunisiano démontre l’intérêt de ce festival.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’êtes pas monté sur scène depuis presque trois ans. Est-ce que votre participation à "Assalamalekoum Hip Hop Festival" était une manière pour vous de vous refaire un état de santé musical ?

 Waraba : A vrai dire, oui. Toutefois, cela ne signifie pas que j’ai perdu mon aura. Le talent est toujours là. Entre le public et moi, il n’y a jamais eu de rupture. Certes, je suis resté presque trois ans sans monter sur scène. Mais, cela ne veut pas dire qu’on m’avait rangé dans les tiroirs de l’oubli. Ma prestation sur la scène de "Assalamalekoum Hip Hop Festival" était une manière unique pour moi de montrer que je suis toujours là.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous semblez opté pour une carrière internationale. N’êtes-vous en train de vous couper petit à petit si ça ne l’est pas déjà avec le public mauritanien ? 

Waraba : Plusieurs raisons m’ont poussé à prendre un tel virage. Parmi celles-ci, on peut citer le déficit de structures de musique. A nos débuts, dans le Rap, il n’y avait pratiquement rien. On ne pouvait même pas rêver de remplir un espace comme le Centre Culturel Français. C’est récemment qu’il y a eu un véritable déclic dans le Rap. C’est avec l’apparition de certains groupes de Rap comme Diam Min Tekky, Ewlade Leblade ou Military Underground que les choses ont commencé à changer. Ils ont réussi à injecter du sang neuf au mouvement du Hip Hop.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que leur percée ne vous a pas en quelque sorte handicapé ? 

Waraba : Je suis un éternel bosseur. Je ne verse pas dans certaines polémiques ou accusations gratuites. Ce n’est pas parce que je suis un rappeur que je suis autorisé à débiter tout ce qui me traverse à l’esprit. Lorsque que j’écoute parfois certains rappeurs, j’ai la chair de poule. Ils oublient qu’ils sont des leaders d’opinion. De ce fait, ils peuvent influencer très rapidement la jeunesse.

Un artiste, il est avant tout un éducateur. C’est dans ce cadre que dans mes textes, je m’efforce à véhiculer des messages d’espoir à la jeunesse africaine. On entend souvent des rappeurs s’insurger contre les pouvoirs publics alors qu’ils n’ont aucune preuve de ce qu’ils avancent. Je ne peux pas comprendre que les gens les accusent d’être des fripouilles or qu’ils n’essaient pas de faire quelque chose pour développer le pays. Je suis apolitique. D’ailleurs, je ne vote pas. Il faut qu’on arrête de berner les gens. Il faut qu’on arrête aussi d’être des hypocrites. Aujourd’hui, malgré les difficultés, je ne me plains pas. Je suis marié et père de deux enfants. J’arrive à les entretenir grâce à ma musique. C’est pour vous dire que je cultive mon jardin. Je viens de monter mon propre studio, RIM productions. On envisage de faire une compilation sur le Rap mauritanien. Je vise maintenant très haut.

 

Le Rénovateur Quotidien : Le Rap aujourd’hui commence à s’imposer en Mauritanie. Quel est votre sentiment ? 

Waraba : C’est une force incontournable aujourd’hui le Rap. Quand on organise un concert, le public répond massivement. C’est à la fois rassurant et prometteur. Pour autant, nous avons encore du chemin à faire. La Mauritanie regorge des niches de rappeurs talentueux. Toutefois, je déplore les relents identitaires qui commencent à surgir dans le mouvement du Hip Hop. Si chaque rappeur monte sur scène et clame haut et fort son identité, ça devient inquiétant.

Le Rap transcende les barrières communautaires ou autres. Parfois, j’ai l’impression aussi que le Rap n’est plus ce qu’il était. J’ai eu la chance d’avoir voyagé et côtoyé de nombreux rappeurs expérimentés. Ça m’a permis d’acquérir une certaine expérience dans le domaine musical. En somme, j’ai compris que nous, les rappeurs mauritaniens, nous sommes velléitaires. On s’enferme. On est arrogant. Depuis combien de temps se plaigne-t-on du manque de structures en Mauritanie ? Mais, on n’a jamais pensé à s’investir réellement.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

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