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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 20:14

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Pour la première fois, dans un spectacle ébranlant, Mister X, Estafette Verbale et Yacoub Koné partagent la même scène. C’était ce 16 mars 2011 à l’Institut Français de Mauritanie où ils se sont réunis pour un concert dédié à la langue française et à la Francophonie. Ces trois voix francophones du slam mauritanien ont dynamité les oreilles du public venu les écouter et les découvrir.

 

"Je ne dis rien. Je me défends. Je laisse dire. Je laisse faire", vocifère Yacoub Koné drôlement coiffé d’un couvre-chef qui suscite la curiosité. "Faut-il parler ? Faut-il se taire ? Faut-il tout dire ? Faut-il tout cacher ?", s’interroge-t-il. Sa voix s’intensifie aux hurlements de la guitare, de la batterie et du djembé et se permet quelques notes musicales improvisées que semblent apprécier Ousmane Touré qui dodeline la tête.

 

Au 3e morceau, Yacoub Koné qui alterne Poular, Wolof et Français devient moins conciliateur. "Je parle à celles qui ne savent plus ce qu’est la noblesse/ A celles qui ne connaissent pas encore la douleur d’une grossesse/ Je parle à celles qui portent des habits avec délicatesse/ Pour montrer la démarche ou le port des hôtesses/ Laissant apparaître la forme de leurs fesses", s’écrie-t-il.

 

Au fur et à mesure qu’il déroulait sa musique, Yacoub Koné se décrispait et donnait des airs d’assurance inhabituelle, preuve qu’il commencer à s’extirper de sa torpeur.

 

Cette soirée du mercredi met le slam à l’honneur. Mais, Estafette Verbale n’hésite pas à fondre un peu de reggae dans sa musique. "Après tant de siècles, les larmes sont toujours noires/ Après tant de siècles, on se souvient encore de cette histoire/ La division de nos territoires/ Le retard de nos espoirs", chante Estafette Verbale, sur un air de reggae, à propos de la traite négrière. A travers ce morceau où il est accompagné par Ziza, il remue le couteau dans la plaie de l’esclavage, du racisme et rend hommage à Martin Luther King, Jessie Jackson, Nelson Mandela, Thomas Sankara

 

Puis, dans un duo avec l’adoucissante Awa de Consensus Crew, Estafette Verbale propose un morceau puisant dans la variété française, pour entraîner irrésistiblement le public dans le labyrinthe de l’Amour. "L’Amour est sa seule exigence/ Elle donne tout/ Jusqu’au bout/ C’est une évidence", soupire Estafette Verbale.

 

Lui succédant sur la scène, Mister X, l’autre voix francophone du slam mauritanien délivre une prestation musclée et grandiloquente et entraîne le public dans l’histoire de la traite négrière, de la colonisation, de l’évangélisation et de l’appauvrissement de l’Afrique.

 

"On est au 17e siècle dans un village africain…Un homme aux yeux bleus et aux cheveux blancs entre dans ce village triomphalement…", dit-il, pour planter le décor. "La mondialisation rappelle les échanges d’antan/ Donne-moi ton pays et je t’enrichirai pour cent ans/ La chicote est désormais économique/ Trop de cerveaux sont en fuite", explique-t-il. "Que nous réserve la suite ?", s’interroge-t-il. Nous aussi, on s’interroge !

 

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

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Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans RapRim
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