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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 18:28

abderrahmane ahmed salem[1][1]Il n’y a pas en Mauritanie une politique de diffusion de film et la télévision nationale, en tant qu’institution de diffusion, ne suit pas son statut, a déclaré mercredi soir le directeur de la Maison des Cinéastes.

 

"Le seul lieu de la diffusion en Mauritanie, c’est la Télévision Natioanle. Il n’y a pas de concurrence, ni de salles de spectacles, ni de festivals…Parce qu’il n’y a pas de concurrence, la Télévion Nationale se permet de faire ce qu’elle veut", a déclaré Abderrahmane Ahmed Salem, directeur de la Maison des Cinéastes, au cours d’une discussion, à l’Institut Français de Mauritanie, sur la problématique de la diffusion du film en Mauritanie.

 

Cette discussion était organisée par la Délégation de l’Union Européenne en Mauritanie en marge du programme "03 jours Cinéma Mauritanie-Europe".

 

"Depuis 1985 à 2001, la Mauritanie a connu 14 groupes de théâtre qui se sont produits en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. Mais, jamais, on n’a vu leurs films. Les mauritaniens ne les connaissent même pas. Cela montre qu’on n’a pas un problème de production mais un réel problème de diffusion", a expliqué Abderrahmane Ahmed Salem.

 

Pour pallier cette carence, la Maison des Cinéastes organise régulièrement des projections de films en plein air, des caravanes écran-dromadaires, la Semaine Nationale du Film (SENAF) et a ouvert sa banque de video à tous les mauritaniens.

 

Selon lui, la Maison des Cinéastes est "arrivée à créer un client même s’il est (encore) fragile". "Lorsqu’on regarde les statistiques des différents semaines nationales du film, on voit vraiment qu’on commence à fidéliser les gens", illustre Abderrahmane Ahmed Salem qui a cependant demandé "une implication des pouvoirs publics" par rapport à la problématique de la diffusion du film en Mauritanie.

 

Babacar Baye Ndiaye dit leducdejoal

Pour Cridem

 

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 18:23

sissako 6068"La richesse de l’humanité est mal partagée, parce qu’il y'a une Afrique pauvre et une Europe riche". Ces mots émanent du cinéaste M. Abderrahmane Sissako qui s’exprimait le mardi 03 mai 2011, à l'Institut Français de Mauritanie (CCF), à l’occasion de la cérémonie d'ouverture des « 03 Jours Cinéma Mauritanie Europe ».

Un événement culturel Europe-Mauritanie, organisé par la Délégation de l'Union Européenne en Mauritanie en partenariat avec l'Institut Français de Mauritanie et la Maison des Cinéastes (MDC). La grande figure du cinéma mauritanien et africain, M. Abderrahmane Sissako s’es déclaré touché par le choix porté sur son film « Bamako » pour l’ouverture de l’événement culturel.

Un film réalisé en 2006 qui dira-t-il est un procès imaginaire de l’Afrique envers l’Europe, rendu possible grâce au financement de l’UE. Il présente « Bamako » comme une prise de position, un regard sur le monde, un cri, une façon de montrer qu’il ya une conscience africaine.

Une manière de dire aux africains de ne pas compter sur les hommes politiques, qui nous déçoivent souvent. Un désir de montrer une Afrique debout. Devant le public, l’invité d’honneur de l’événement culturel s’est insurgé contre la pauvreté en Afrique et l’inégale répartition des richesses. Le Chef de Délégation de l’Union Européenne en Mauritanie Hans-Georg Gerstenlauer s’est déclaré heureux de faire découvrir au public, les réalisateurs, italiens, danois, britanniques.

Un événement culturel qui dira-t-il met l’accent sur la compréhension et l’origine des films. Il a rappelé que cet événement culturel s’inscrit dans le cadre des festivités annonçant les journées européennes. Selon lui, les relations entre l’UE et la Mauritanie couvrent les domaines, politique, économique, culturel…. Parlant du choix porté sur« Bamako » M Hans-Georg Gerstenlauer a déclaré que l’événement culturel ne pouvait trouver mieux comme film d’ouverture.

Les discours ont laissé place ensuite à la projection du film. L’événement culturel se poursuit le mercredi 04 à l'Institut Français de Mauritanie, ex CCF avec comme programme : comme El Kewlaba de Mohamed Yahya Ould Hammoud, Histoire d'une image d'Alioune Ahmed Salem, Le voyage du fauteuil de Marion Stolens, Écran dromadaire de José Gonzalez Morandi.

Le soir: Discussion autour des films avec Abderrahmane Ahmed Salem, Directeur de la Maison des Cinéastes / Problématique de diffusion du film en Afrique, suivi du film Les Bouchers Verts d'Anders Thomas Jensen (Danemark) Le jeudi 03 films seront au programme Almodo d' Ishak Ould Moctar, Lettres à ma mère de Houleye Kane et Layer Cake de Mathhew Vaughn (UK)

Dialtabé

 

Source: Le Quotidien de Nouakchott



 

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 20:55

sissako_6068.jpgL’auteur du film Bamako qui lui a valu la distinction de l’Etalon de Yélinga Abderrahmane Cissako a appelé dimanche les autorités mauritaniennes notamment le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports à soutenir et à appuyer les initiatives de la Maison des Cinéastes qui représente, selon lui, un symbole très fort.

 

C’est toujours un plaisir d’entendre Abderrahmane Cissako parler de culture, de développement, d’avenir  et d’unité. Il en a été beaucoup question durant toute sa conférence de presse. A cette occasion, il n’a pas manqué l’opportunité de souligner toute son admiration envers les femmes et hommes qui composent la Maison des Cinéastes. Et surtout toute sa considération envers Abderrahmane O. Salem, malheureusement absent à cette conférence de presse.

 

"Si la Maison des Cinéastes est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est grâce à un homme (Abderrahmane O. Salem, NDLR)", a-t-il déclaré. Mais cela n’est pas suffisant pour lui. "Une seule personne ne peut pas tout faire. Il faut une volonté commune et des énergies", dit-il avant d’ajouter : "Il ne peut y avoir de développement sans un développement culturel. Ce n’est pas possible ! Aucun pays ne peut se développer sans se regarder en face. La Culture, elle permet à quelqu’un de se voir dans son miroir. Lorsqu’on n’a pas la capacité de se voir, d’intégrer son voisin, son frère, on n’est pas fort soi-même."

 

Pour lui, la Culture peut jouer un rôle fédérateur en Mauritanie et que nous sommes condamnés inéluctablement à vivre en paix ensemble d’autant plus que nous formons une communauté de destin.  "L’homme doit se réconcilier en permanence avec soi-même et son voisin. C’est pourquoi on dit assalamou aleykoum", explique-t-il.

 

"Nous sommes encore un pays jeune. Quand voit les indépendances, c’est assez récent. Les accidents qui ont eu lieu dans cette vie récente de ce pays, je pense qu’il faut l’accepter, le comprendre et penser au futur. 50 ans pour un pays, ce n’est rien. C’est à nous jeunes de bâtir ce pays et nous pouvons le faire. La culture peut jouer un rôle fondamental dans tout cela", rappelle-t-il en donnant l’exemple de la Maison des Cinéastes.

 

"Plus on est une force, plus on est une vérité. Une vérité, elle peut ne pas s’imposer un jour, deux jours ou trois jours. Mais une vérité, elle s’impose toujours. Elle va finir par s’imposer parce qu’elle transcende tout. Elle va s’imposer parce qu’il y a toujours des gens qui y croient", ajoute Abderrahmane Cissako.

 

A ses yeux, la Mauritanie et les mauritaniens doivent essayer de tourner la page et affronter avec lucidité les défis qui leur sont posés et non pas s’attarder sur des choses inutiles qui ne les font pas avancer.

 

"Nous venons tous de milieux simples et de sociétés simples. La notion 'je viens d’une grande famille' ne doit pas être notre objectif. Je n’ai jamais cherché -et je ne le ferai pas- à me positionner et à expliquer véritablement d’où je viens. Je ne rentre pas dans les détails. Quand on rentre dans la justification de quelque chose, on encourage autre chose. Je suis un homme et je cherche à être honnête avec moi-même. Je cherche à être honnête avec mon peuple. Je ferai un travail dans ce sens. Je n’ai pas besoin d’appartenir à tel ou tel. Je n’en ai pas franchement besoin. Je crois aussi le rôle de la culture, c’est ça : comment arriver à réconcilier les hommes, comment arriver à gommer les concepts qui sont dans les mentalités et qui nous ramènent en bas. En procédant ainsi, on crée finalement la méfiance de l’autre. On crée des barrières qui, en réalité, n’existent pas. Et c’est une erreur de se glorifier de ses origines parce que ça n’a pas d’importance. Toute origine est forte. Toute origine est glorieuse. On ne peut pas être plus glorieux que son voisin. On est des êtres humains et je pense que chaque être humain  doit faire en sorte d’apporter la paix", commente-t-il.

 

"Je crois en l’homme même si on est souvent déçu par des comportements humains, affirme-t-il. Mais l’homme est toujours capable du meilleur. Et c’est ce meilleur qu’il faut toujours cultiver à chaque fois. C’est un travail très lent : le travail de la culture et c’est trop long aussi ; donc, il ne faut pas s’attendre à un résultat aujourd’hui ou demain."

 

"A chaque fois que je suis en Mauritanie, j’ai le sentiment de n’avoir pas fait assez. Je suis là beaucoup plus confortable qu’ailleurs et malheureusement certaines choses s’imposent à moi tout simplement comme cinéaste africain", confie Abderrahmane Ahmed Salem. "Quand on appartient à une injustice qu’est l’Afrique, la mission est beaucoup plus lourde et beaucoup plus importante. Un acte, on le pose pour le continent parce qu’il en a besoin. Mais chaque être humain, il vient de quelque part. lorsqu’on ton pays te manque, tu n’es pas forcément fort. Mais quand tu n’es plus dans ton pays, tu as une capacité qui permet d’entrevoir les choses d’une certaine façon et peut-être de l’aimer encore plus. Quand on vit des quotidiens difficiles, on est déçu beaucoup plus facilement", ajoute l’auteur de Bamako.

 

Il conclut : "Je ne cherche pas de façon phraséologique en parlant ou en écrivant d’avoir des positions politiques ou de parler de la souffrance des gens. Je ne suis pas encore ici pour vivre un quotidien. Mais ce qui passe me concerne. J’ai envie de me battre pour l’avenir du pays parce que je crois en l’avenir de ce pays-là".

 

Babacar Baye Ndiaye

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 19:51

Ousmane DiaganaLa ville de Kaédi accueille depuis deux ans le Festival de Cinéma Documentaire. Le Fescidok s’est imposé aujourd’hui comme un rendez-vous incontournable pour les populations de la ville de Kaédi, récemment en proie à des inondations sans précédent. La 3e édition du Festival de Cinéma Documentaire de Kaédi s’est ouvert ce matin, 4 novembre 2010, avec "Les larmes de l’émigration" d’Alassane Diago


"Ce festival a pour objectif de réconcilier et familiariser le public Mauritanien avec le cinéma documentaire", a expliqué Ethmane Diagana, directeur du Festival à la veille de l’ouverture de la 3e édition du Festival Documentaire de Kaédi. Au-delà de ce but, le Fescidok se veut également comme "un projet culturel ambitieux qui contribuera à la promotion de la culture mauritanienne", a-t-il ajouté.

 

Cette année, le Festival de Cinéma Documentaire de Kaédi mettra en lumière le cinéma documentaire allemand en plus de la projection d’autres films documentaires africains de la République Démocratique du Congo, du Niger, de la Mauritanie, du Mali, du Burkina Faso, du Cameroun, du Congo Brazaville, du Sénégal 

 

Ainsi, au programme, il y’aura : Mon ami est partie de  Delph Kifouani, Des amis de classe d’Aboubacar Gankou, Le cinéma mon pays et moi de Ethmane Diagana, Waliden, l’enfant d’autrui d’Awa Traoré, Notre pain capital  d’El Hadj Magori Sani, Les filles de la vie et de la mort de Clarisse Mouvuba, Ecran dromadaire de José Morandi, Les crocodiles de la famille Wandaogo de Britta Wandaogo, Pa dji de Pierre Belle Simon.


"Il s’agit par le biais de ce festival, de développer une culture cinématographique chez le public mauritanien, une culture que nous perdons au fils des années, avec la disparition progressive des salles de cinéma sur tout le territoire national. Face à la fermeture progressive des salles de cinéma dans notre pays, les festivals s’affirment comme les seules alternatives pour projeter les films africains et du monde au grand public. Fruit de beaucoup d’implications, un festival est un moment privilégié de découvertes, d’éducation, de rencontres et d’échanges", a-t-il conclu.


Le directeur du festival, Ethmane Diagana, a, par ailleurs, déploré le manque d’intérêt des autorités mauritaniennes notamment du ministère de la culture pour le Festival de Cinéma Documentaire de Kaédi, soutenu que par des partenaires étrangers, des ambassades et des institutions.

 

Il faut souligner au passage que le Fescidok est financé depuis sa première édition en 2008 par l’Agence Espagnole de Coopération Internationale (Aecid) et l’Ambassade d’Espagne à Nouakchott. Et, pour cette année, une partie du budget a été financée par l’Ambassade d'Allemagne à Nouakchott. La 3e édition prendra fin le 8 novembre.

 

Babacar Baye Ndiaye

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 19:01

Djibril DiawDjibril Diaw n’en est pas encore fini de creuser son sillon. Après avoir réalisé "1989" son premier long-métrage qui avait remporté le 2ième prix du meilleur film durant la 4ième édition de la Semaine Nationale du Film (Se.na.f.) alors qu’il a failli être censuré par le gouvernement de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, il revient, cette fois-ci, avec le "Retour aux cimetières" qui va sortir en marge de la 5ième édition de la Se.na.f. 2010.

 

Avec ce film qui s’inscrit dans la même veine que le précédent, Djibril Diaw continue à nourrir sa passion, le cinéma, mais aussi à participer à l’effort de travail de mémoire sur les évènements de 1989 et ses répercussions sur les populations de la vallée.

 

Ce film au titre lugubre a été tourné dans les villages de Donaye et de Koleyla dans la commune de Dar-El Barka. Ce film est une chronique poignante et sans concessions sur la vie et le retour de ces mauritaniens-là qui ont été déportés pendant les évènements de 1989 par le pouvoir de Mâaouiya Ould Sid’Ahmed Taya.

 

A leur retour, ces derniers ont trouvé que leur cimetière a été transformé en un vaste champ d’agriculture. "Du coup, ils n’arrivent plus à accéder à leur cimetière pour visiter les tombes de leurs parents", révèle Djibril Diaw.

 

"Aujourd’hui, ils sont obligés d’enterrer leurs morts de l’autre côté de la rive, au Sénégal, après avoir pagayé plus d’un kilomètre sur le fleuve. Ils n’ont plus d’espace où enterrer leurs morts. Ils n’ont plus des espaces de pâturage pour leur bétail", ajoute-t-il.

 

Comme dans "1989" où il a tenté de comprendre ce qui s’est passé entre la Mauritanie et le Sénégal en donnant la parole à des victimes, Djibril Diaw a réalisé "Le retour aux cimetières" pour que ses compatriotes et notamment les pouvoirs publics en prennent conscience mais surtout de déclencher un élan de solidarité et couper le silence sur les "cachotteries" qui entourent le retour des réfugiés mauritaniens au Sénégal.

 

 

"Personnellement, lorsque j’ai entendu que les réfugiés mauritaniens allaient rentrer chez eux, j’étais content. Mais, quand je me suis rendu sur place, je n’en revenais pas. Car, leurs conditions de vie sont lamentables. Je me suis donc dit qu’il fallait en parler pour les aider à refaire leur vie", explique Djibril Diaw.

 

Au bout du compte, une des leçons à retenir de son second long-métrage qui sera à l’affiche à la 5ième édition de la Semaine Nationale du Film (Se.na.f.) organisée par la Maison des Cinéastes, c’est que la loi du plus fort et l’injustice règnent toujours de main maître en Mauritanie. Et, en définitive, "Le retour aux cimetières" s’insurge contre la main mise des agro-businessmen sur les terres de la vallée du fleuve Sénégal.

 

Babacar Baye Ndiaye

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 22:57

Ly-Hamet-Oumar.JPGA l’occasion de la projection en avant-première de son premier long-métrage "La partenaire idéale", à l’hôtel Décapolis de Nouakchott, ce 22 octobre 2010, le jeune réalisateur et scénariste mauritanien Ly Hamet Oumar parle de ce film dont la consommation est destinée à la jeunesse de son pays.

 

Cridem : Plusieurs films ont été faits sur le Sida. D’ailleurs, le fonds thématique est souvent le même. Qu’est-ce que votre film a de particulier plus que les autres ?

 

Ly Hamet Oumar : J’ai voulu toucher directement, à travers ce film, la génération du milieu, c'est-à-dire la jeunesse de mon pays. Si, celle-ci est consciente, elle peut être vraiment un véhiculeur du message de la communication. Par rapport à ce film, j’ai voulu également dire à cette jeunesse de se libérer, de se divertir en allant au cinéma, au restaurant, aux parcs publics car la vie ne se limite pas uniquement au travail.

 

Cridem : Entre film de sensibilisation et film d’espoir destiné aux personnes atteintes du Vih/Sida, où est-ce qu’on peut placer votre film ? Où s’agit-il tout simplement des deux à la fois ?

 

Ly Hamet Oumar : Le fond thématique de mon film, c’est le Sida. Mais, le film, lui, est avant tout un film d’espoir. Dès le départ, dans le film, j’ai commencé par l’espoir à travers l’appel du muezzin. Au fur et à mesure que le film évolue, on commence à ressentir de la tragédie qui monte puis je termine ce film par le bonheur en montrant un parc public, des enfants qui jouent, une femme enceinte, un musicien qui chante…Je veux dire, à travers ce film, que chacun a sa propre destinée et lorsqu’on y croit, on va y arriver. Ce film est aussi un film de sensibilisation. Lorsque les gens savent que vous êtes malade du Sida, ils commencent à vous fuir ou tout simplement vous stigmatiser.

 

Cridem : Croyez-vous foncièrement qu’on peut combattre la maladie du Sida par la communication en portant ce sujet tabou au Cinéma d’où votre film?

 

Ly Hamet Oumar : Tous les problèmes qui existent dans ce monde, on peut les régler à travers le cinéma. Le cinéma, c’est une libido. C’est aussi un loisir. Quand vous voyez quelque chose que vous aimez, vous l’achetez. Vous l’aimez, vous cherchez à l’adopter. Lorsqu’on aime un film, on a envie de s’y conformer. Le cinéma, c’est une merveille qui est là, qui peut nous aider à combattre la pauvreté, les maladies, les guerres…Maintenant, le cinéma ne peut pas parler au nom des politiques. Il ne peut pas non plus résoudre des problèmes politiques. Un cinéaste est juste là pour créer la réflexion…

 

Propos recueillis pour Cridem par Babacar Baye Ndiaye

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 16:15

abderrahmane ahmed salem[1][1]La 5ième édition de la Semaine Nationale du Film (Se.na.f.) se déroulera du 23 au 29 novembre 2010 à Nouakchott, a révélé mardi le directeur de la Maison des Cinéastes, Abderrahmane Ahmed Salem. Célébration d’indépendance oblige, la Maison des Cinéastes a concocté une programmation qui va s’inscrire dans l’esprit des festivités de cette manifestation.

 

A ce propos, Abderrahmane Ahmed Salem a affirmé que tout est fin prêt pour accueillir les invités. A évènement exceptionnel, programmation exceptionnelle. Ainsi, pour l’année 2010, la Maison des Cinéastes entend bien donner un cachet particulier à la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de la Mauritanie.

 

"Il y’aura trois moments forts qui seront marqués dans un premier temps par une grande exposition qui s’appelle 50 mots pour 50 ans. Cette exposition met en évidence des personnages exprimant leurs points de vue par rapport aux 50 ans d’indépendance de la Mauritanie. Il y’aura également une exposition qui s’appelle Histoire en doc qui est un mélange de photos et de documents de l’histoire ayant marqué le pays. Il y’aura enfin une exposition itinéraire sur l’historique de la ville de Nouakchott", a expliqué le directeur de la Maison des Cinéastes, Abderrahmane Ahmed Salem.

 

Au menu, il y’aura également, en plus de la programmation classique (projections de films, débats…), une série de mini spectacles sur la musique traditionnelle de toutes les régions du pays. L’autre particularité de cette 5ième édition de la Se.na.f., c’est qu’il y’aura un concours de films documentaires avec un prix qui sera remis par Al Jazeera, la chaîne qatarie.

 

Contrairement aux années précédentes, la Maison des Cinéastes n’a pas suffisamment communiqué sur les préparatifs de la Semaine Nationale du Film. Du coup, les langues commençaient déjà à se délier.

 

Cette absence de communication avait poussé certains à dire qu’il n’y aurait pas de 5ième édition de la Se.na.f. qui devait en principe avoir lieu du 23 au 29 octobre courant. Et, dans ce sens, Abderrahmane Ahmed Salem a justifié le report du calendrier initial de la Se.na.f. par le fait que la Maison des Cinéastes aurait été sollicité par la commission nationale chargée de l’organisation du cinquantenaire de l’indépendance de la Mauritanie afin d’intégrer la programmation de la Semaine Nationale du Film dans ses activités officielles.

 

La 5ième édition de la Semaine Nationale du Film (Se.na.f) sera parrainée par le Président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz.

 

Babacar Baye Ndiaye

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 00:35

Le Cercle des Noyés est un film documentaire réalisé par le belge Pierre-Yves Vandeweerd en 2007. Ce film à la fois déchirant et bouleversant a été projeté pour la première fois en Mauritanie, grâce à la Maison des Cinéastes dirigé par Abderrahmane Ahmed Salem. La projection de ce film dont le nom est donné aux détenus politiques noirs en Mauritanie enfermés à partir de 1987 dans l’ancien fort colonial de Oualata a eu lieu ce 20 mai dernier au Centre Culturel Français de Nouakchott Antoine Saint-Exupéry. Victime de censure déguisée de par le sujet qu’il aborde, la projection du film "Le Cercle des Noyés" a finalement eu lieu, en attendant qu’il le soit dans d’autres lieux…

 

De l’émotion, il y en avait avant la projection du film qui donne à découvrir le délicat travail de mémoire livré par l’un de ces anciens détenus (M. Fara Bâ) qui se souvient de son histoire et de celle de ses compagnons à qui Abderrahmane Ahmed Salam a adressé son pardon.

 

"Malgré que je ne me sens pas responsable de cette partie noire de notre histoire commune ni de près ou de loin, en tout cas, je me permets de demander des pardons au nom de ceux qui ont décidé, il y a 50 ans, de créer un pays qui s’appelle la Mauritanie, au nom de cette génération d’artistes ou intellectuels qui ont osé parlé de cette partie de notre histoire. Je voudrai aussi demander pardon à Allah Le Tout Puissant. Je demande des pardons au nom de ceux qui n’aiment pas demander pardon…"

 

Il conclut : "Tonton Fara Ba, je te demande pardon !" S’ensuivirent des secondes de silence et d’émotion. "Abderrahmane, je te pardonne !", lui rétorque Fara Ba, à son tour. Il poursuit : "Nous avons souffert pendant ces années de braise. La Mauritanie a connu une dictature sanglante et exécrable, une dictature qui aspirait à la pérennité. Heureusement pour la Mauritanie et les Mauritaniens, ce dictateur est maintenant très loin. Le pays s’engage actuellement dans la bonne voie, la voie de la clairvoyance, de la démocratie, de l’Etat de droit…"

 

Pour M. Fara Ba, la Mauritanie est un pays pluriel. "Toute politique qui ne tient pas en compte cette donne est vouée à l’échec. Nous aimons beaucoup cette Mauritanie-là et nous allons la construire ensemble, négro-africains et arabes", dit-il. "Je ne suis pas animé par aucun sentiment de vengeance ou de rancune, confesse-t-il. Mais, ce qu’on nous a fait, nous ne pouvons pas l’oublier".

 

Tout le mérite revient à Abderrahmane Ahmed Salem qui s’est battu pour que "Le Cercles des Noyés" puisse être projeté en Mauritanie pour la première fois. "Je le félicite pour le travail énorme et magnifique qu’il a abattu pour que le cinéma ait droit de cité dans ce pays-là, pour que les mauritaniens puissent profiter des vertus du cinéma. Il est en train de se battre comme un bel ange, pour ne pas dire un beau diable, afin que le cinéma en Mauritanie se développe comme tous les autres cinémas du monde".

 

M. Fara Ba a tenu à apporter des précisions au sujet du film qui est avant tout un film sur les droits humains. "C’est un témoignage sur les détenus politiques qui ont connu les affres de la prison entre Nouakchott, Aïoun et Oualata. Oualata, c’est vraiment une descente aux enfers. Autant Oualata est une descente aux enfers, autant Aïoun est un purgatoire. Ce film retrace toutes les étapes de souffrances que nous avons connues. D’abord, les arrestations, la garde à vue, les tortures sauvages que nous avons subies pendant cette garde à vue, les procès iniques, la vie carcérale au fort de Oualata qui était baptisé le mouroir de Oualata où beaucoup de nos amis sont restés. Que Dieu accueille leur âme et que la terre leur soit légère", dit-t-il.

 

"Tout ça à cause de la bêtise humaine"

 

Les rescapés de cette bêtise humaine n’ont jamais été réhabilités par les pouvoirs publics. Et, pourtant…Ils ont été accusés à tort d’être des criminels, des trafiquants de nationalité, d’avoir appartenu aux Forces de Libération Africaines de Mauritanie (FLAM), de protester dans la rue…Même étant en prison, on continuait à les vouer aux gémonies. Ils ont subi les pires humiliations de leur vie qu’ils n’oublieront pas de si vite.

 

Le film vient jeter un pan de lumière sur le degré de cruauté qui bouillonnait dans le cœur des tortionnaires à l’endroit des détenus politiques qui "urinaient et déféquaient en présence de l’autre". Ils n’avaient droit par jour qu’à un seul repas. "Vous n’avez pas de chance. Vous êtes venus pour mourir", leur adresse le lieutenant du fort de Oualata aussitôt à leur descente des camions militaires. Ils y passeront plus de deux ans. Ils ne devront leur salut qu’à la mort de Tène Youssouf Guèye et Tafsirou Djigo qui va provoquer l’indignation à travers le monde.

 

C’est à ces derniers que ce film a été surtout dédié pour lutter contre l’oubli. "Dans ce film, il y a un véritable effort de mémoire. La mémoire, c’est une richesse et c’est extrêmement important. Il faut donner de la valeur à cette mémoire-là qui est notre histoire, l’Histoire de la Mauritanie. C’est dans le cadre de cette perspective que ce film a été fait", rappelle M. Fara Ba.

 

Ni un brûlot, ni un pamphlet

 

M. Fara Ba a également rappelé que "Le Cercle des Noyés" n’est pas un film pour jeter l’huile sur le feu et mettre les différentes communautés du pays face à face. "Ce n’est pas cela, a-t-il insisté. Ce film est une sorte de catharsis et peut nous servir, nous Mauritaniens, comme thérapie. Nous ne devons pas avoir peur de ce qui existe, de nos réalités. Nous devons les affronter, les regarder en face et les régler par la voie pacifique, le dialogue. En tout cas, c’est ma conception pour que plus jamais de telles choses ne se reproduisent chez nous : qu’on prenne des gens qu’on les humilie, qu’on les terrorise, qu’on les intimide…"

 

Pour Abderrahmane Ahmed Salem, ce film n’est pas un film de propagande mais un film de mémoire et de pardon. Toutefois, il n’a pas manqué de souligner l’absence, lors de la projection de ce film, de responsables politiques. "Tout le monde a été invité. Je regrette aussi de ne pas voir beaucoup de jeunes à cette projection du film qui est une partie de notre histoire", dit-il sur un accent d’indignation.

 

Pour autant, cela n’a pas gâché la fête.  On peut même dire que la projection de ce film a été une victoire pour la Maison des Cinéastes. "On va maintenant lancer le débat. Un film sans débat, c’est un spot publicitaire", conclut Abderrahmane Ahmed Salem tout en espérant que "Le Cercle des Noyés" qui sera traduit en Arabe pour toucher un large public puisse être projeté bientôt à divers endroits du pays.

 

Babacar Baye Ndiaye 

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 23:04

Le cinéma, c’est sa passion. "Cette passion a grandi et s’est développée en moi, et m’a conduit à considérer l’autre et de me rapprocher de lui", révèle-t-il dans un entretien accordé à "Magharebia". Dans cette interview, Abderrahmane Ould Ahmed Salem explique comment il a pu entrer dans le monde du cinéma en particulier dans une société traditionnelle et conservatrice.

 

"A cette époque, j'allais à la campagne pour montrer à mes amis un spectacle sous la forme de photos intermittentes, un peu à la manière de ce que l'on appelait “le théâtre des ombres” dans le théâtre ancien, se souvient-il. Les problèmes auxquels j'étais confronté dans cette société bédouine, prise entre l'attitude de la sharia vis-à-vis du cinéma et l'appréhension toute bédouine de tout ce qui est statique, étaient énormes".

 

A l’en croire, la société mauritanienne n’avait pas en face d’elle une véritable entité créative et stable. Pourtant, cela n’a pas empêché que les mauritaniens réagissent au cinéma lorsqu’ils commencèrent à s’y identifier. "Dans l'un des spectacles itinérants organisés par la Maison des Cinéastes à Oualata, l'une des villes historiques de la partie orientale de la Mauritanie, un film tourné dans la ville avait été projeté. Les habitants de Oualata ne l'avaient jamais vu depuis son tournage en 1952. Nous avons remarqué l'intensité et l'émotion suscitée par ce film", explique-t-il.

 

Interrogé sur l’extrémisme chez les jeunes mauritaniens, Abderrahmane Ould Ahmed Salem lie ce phénomène au fait que la jeunesse souffre de marginalisation et du manque de possibilités de parvenir à ses aspirations. En outre, il appuie son argument sur le fait que "les jeunes ne connaissent pas “l’autre” parce qu’ils n’en ont jamais eu". "Ils reçoivent seulement des images importées, sans disposer des capacités nécessaires pour discerner le bien du mal", dit-il.

 

Puisque le cinéma à lui seul ne peut pas constituer une solution pour ces jeunes, que faire alors dans une telle situation ? Il préconise dans ce sens des programmes, parmi tant d’autres, destinés à la jeunesse mauritanienne comme par exemple : former les jeunes à utiliser une machine à travers laquelle ils pourront présenter un film reflétant leurs opinions sans avoir besoin d'un forum politique pour ce faire, et les former à lire les images.

 

Toujours, au sujet de l’extrémisme chez les jeunes, il a laissé entendre que les érudits et les prêcheurs n'ont pas su nous donner une vraie image de la religion. "La religion a jusqu'à présent était projetée… sous forme d'interdits et de tabous qui n'ont rien à avoir avec la vie de tous les jours, pas même avec la religion elle-même parfois", fait-il remarquer. "La religion n'est pas là pour asservir les gens, mais pour les servir. Ces gens n'ont pas été capables de nous présenter la religion sous sa forme brillante, spirituelle et ouverte. Ils se limitent à véhiculer jusqu'à présent des interdits, des takfirs, du désordre…", poursuit-il.

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Pour Abderrahmane Ould Ahmed Salem, ceux qui présentent la religion n'ont pas été capables de passer de l'étape de la pratique religieuse purement rituelle à celle du vécu quotidien. "La religion nous a été présentée sous la forme de la prière uniquement, et non sous la forme d'un style de vie, comme les bonnes manières, un sourire face à des invités, l'attention aux pauvres, etc", affirme-t-il, déplorant que cette image ne soit pas celle du monde musulman.

 

Il s’inscrit en faux contre ceux qui pensent que le cinéma peut être un moyen de changement. "L'art en général n'est pas fait pour changer, mais pour poser des questions et soulever des problèmes, affirme-t-il. Les peintres, les musiciens, les dramaturges et les réalisateurs se doivent de poser les problèmes, ce qui en soi peut soulever un débat, et c'est ce débat qui peut induire le changement".

 

L’avenir du cinéma en Mauritanie a été aussi abordé dans l’interview qu’Abderrahmane Ould Ahmed Salem a accordée à "Magharebia". Pour lui, cet avenir repose sur deux choses : la présence d'une véritable volonté politique permanente et l’exigence que les gens puissent repenser les choses au lieu de ne s’intéresser qu’aux intérêts immédiats. "Un travail créatif qui ne trouve pas la liberté ne verra pas le jour. S'il nait, ce sera par le biais d'une césarienne, et s'il réussit à vivre, il sera handicapé. L'art créatif doit être libre", a-t-il conclu.

 

Babacar Baye Ndiaye

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 20:28

ABDERRAHMANE-OULD-SALEM.JPGDétrompez-vous, messieurs les pessimistes ! Le cinéma mauritanien peut bel et bien tirer son épingle du jeu dans le gotha du cinéma mondial. Les raisons de le croire existent. La preuve : "Il y a l’envie, les idées, le courage et le contenu", explique Abderrahmane Ahmed Salem, directeur de la Maison des Cinéastes. Alors Diable que manque-t-il ?"L’encadrement, la production et la diffusion", répond-il. Pour ce faire, il faut inéluctablement qu’il y ait une véritable volonté de la part de l’Etat de sortir le cinéma mauritanien de son état de somnolence. Entretien avec Abderrahmane Ahmed Salem, directeur de la Maison des Cinéastes.

 

Le Rénovateur Quotidien : Le cinéma mauritanien est toujours presque aux abonnés absents à l’occasion des grandes rencontres cinématographiques sur le continent Africain. Pourquoi cette faible participation ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : En fait, il y a une nouvelle émergence du cinéma mauritanien qui est beaucoup plus professionnel incarnée par Abderrahmane Sissako et Mohamed Hondo. Ce cinéma est déjà très présent sur le plan international. Mais, c’est plutôt un travail personnel des réalisateurs. Ce n’est pas un travail de l’appareil de l’Etat ou des responsables de la diffusion de la culture mauritanienne à l’étranger. Abderrahmane Sissako est reconnu grâce à son discours panafricain et presque universel. Mohamed Hondo, lui, représente la première génération. Il a été, dans les années 70, plusieurs au FESPACO. Après, il y a la nouvelle génération du cinéma mauritanien même s’il est fragile. C’est vrai qu’il ne profite pas d’une présence internationale.

 

Le Rénovateur Quotidien : Cette nouvelle génération dont vous faites allusion a-t-elle une visibilité internationale ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : Il y a les tentatives de la Maison des Cinéastes qui ont abouti à la participation d’un certain nombre des festivals internationaux comme "Films à tout prix" à Bruxelles ou le Festival d’Al jazeera, au Maroc ou au Sénégal. Mais, ça a été toujours des initiatives de la Maison des Cinéastes. Ce n’est pas une volonté de la part de la part de l’Etat de faire passer les images de la Mauritanie ailleurs. Et, je pense qu’il y a vraiment une urgence à la fois de la fabrication de cette image et en même temps de sa présentation ailleurs. On sait que dans certains festivals, il y a même des films plus fragiles que les petits films de la nouvelle génération mauritanienne. Mais, c’est des films qui profitent d’une volonté du département du cinéma ou de la culture dans leur pays de le passer ailleurs. Ça ne peut pas être forcément une présence pour gagner des prix mais c’est une présence pour présenter le pays et pour bien sûr profiter de ce que ces festivals génèrent.

 

Le Rénovateur Quotidien : A ce rythme-là, est-ce qu’on peut s’attendre d’ici deux ans et plus de voir des cinéastes de la trempe d’Abderrahmane Sissako ou de Mohamed Hondo ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : Je pense que deux ans, c’est trop rapide. Si, on continue avec le rythme actuel, on peut d’ici 5 ans avoir des gens qui font des films assez bien. Par exemple, cette année-ci, on a commencé une nouvelle tentative avec "Ciné majuscules" qui est une formation exigeante et touche tout ce qui est artistique et technique. Cette formation, si elle continue au bout de trois ans, elle va devenir une école de cinéma. Et, quand on arrive à ce stade, on peut dire voilà on peut avoir une production. C’est vrai que la production risque de ne pas avoir le contenu. Le contenu exige l’envie, le désir et ce qui risque d’y avoir, c’est le côté artistique et technique. Et, avec une formation professionnelle, on peut combler ce retard-là.

 

Le Rénovateur Quotidien : L’Etat mauritanien n’a-t-il pas une part de responsabilité dans ce retard-là ?

 

 

Abderrahmane Ahmed Salem : C’est incontestable ! Et, quand je dis d’ici cinq ans, je parle de notre temps, nous, au niveau de la Maison des Cinéastes. S’il y a une volonté de l’Etat, on peut faire émerger un cinéma après-demain. S’il y a une vraie volonté de l’Etat, on peut monter tout de suite des projets de formation, des ateliers et des écoles. On peut monter des festivals, envoyer des gens à l’étranger pour apprendre. On peut inviter des professionnels en Mauritanie pour y venir faire des ateliers. Je pense que la responsabilité totale de la sortie du cinéma mauritanien, c’est une responsabilité de l’Etat. Parce qu’une association comme la Maison des Cinéastes, elle ne peut pas être responsable en aucun cas de la situation. Elle fait ce qu’elle peut faire mais à l’échelle d’une association.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que le cinéma mauritanien ne pêche pas dans le choix des thèmes d’où sa difficulté à percer sur le plan international ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : Je pense que non. Les deux choses les plus importantes pour la réussite d’un film c’est l’originalité de l’idée, bien sûr il y a le degré d’engagement, mais surtout la beauté du film. C’est des choses qui ne manquent pas en Mauritanie. Si la beauté d’un film, c’est la beauté du paysage et des acteurs, on a toute la beauté sauvage classique. S’il y a l’engagement et les thèmes, on a tous les thèmes vierges qu’on ne peut pas retrouver dans d’autres cinémas. Le cinéma risque maintenant de répéter des thèmes dans le nouveau film. Je pense que ce qui est important et ce qui manque ici, c’est l’encadrement, c’est la deuxième partie de la chaîne de production qui est la production proprement dite du film et sa diffusion.

 

Le Rénovateur Quotidien : Donc, toutes les conditions ne sont pas encore réunies pour avoir l’émergence du cinéma mauritanien sur le plan international ?

 

Abderrahmane Ahmed Salem : Non pas encore. Il y a l’envie, les idées, le courage, le contenu. Mais, à vrai dire, on n’est pas encore prêt. Parce qu’il n’y a pas la capacité technique. On est obligés, si on veut faire des choses sérieuses et professionnelles, de faire appel à des techniciens d’ailleurs. On est obligés d’amener en tout cas le matériel professionnel ailleurs. On est obligés, si on veut faire une postproduction professionnelle, de le faire ailleurs aussi. Et, après tout ça, ça manque le côté administratif : la simplicité des circuits, la disponibilisation des mécanismes d’appui à la production… Non, on n’est pas encore prêt !

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

 

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