Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 19:31

C’est un secret de Polichinelle : la musique mauritanienne va mal. Ce sont en premier lieu les musiciens qui pâtissent de cette réalité désarmante. A quelques exceptions près, rares sont les musiciens mauritaniens qui peuvent se targuer de vivre pleinement de leur art.

 

Les propos qu’ils tiennent souvent sont empreints de découragement, de dépit et notamment d’amertume. "La musique est dans un état comateux", soutient Néfertiti Diop. Cette idée est partagée par la plupart de nos artistes.

 

La première explication qu’ils lient à cet état de fait : le manque de soutien de la part du gouvernement qui n’a jamais élaboré un programme de développement sérieux sur la musique mauritanienne. Il n’y a pas que cela.

 

De l’avis de certains artistes interpellés sur cette question relative au retard de la musique mauritanienne, on évoque le manque de solidarité entre les différents artistes qui ont tout sauf la modestie.

 

D’autres artistes vont plus loin dans leurs propos en révélant que le milieu de la musique mauritanienne est un "cercle vicieux". "Les artistes mauritaniens se jalousent entre eux. En plus, ils sont arrogants", révèle Dioba, une jeune artiste. "Tant qu’on n’aura pas éradiqué ce problème-là, la musique mauritanienne n’ira nulle part", renchérit Néfertiti Diop, jeune artiste elle aussi.

 

Pour cette dernière, sans pour autant renier leur talent, nos artistes doivent retourner à l’école de la modestie, pour que notre musique puisse avancer. "Nos artistes ne sont pas de vrais artistes. Ils ne sont pas de vrais vecteurs de message. Etre artiste, c’est véhiculer des messages. Tu dois être très ouvert, très réceptif et très généreux", affirme-t-elle.

 

Les responsabilités semblent donc partagées au sujet du retard de la musique mauritanienne qui se cherche toujours. Si, aujourd’hui, elle est en retard, c’est dû d’une part artistes eux-mêmes et d’autre part à l’Etat mauritanien. "Chacun a sa part de responsabilité mais à des degrés différents", rappelle Néfertiti Diop.

 

Pour beaucoup de nos musiciens, il ne faut rien s’attendre des autorités en charge de la culture. Néfertiti Diop est de ces jeunes talents musiciens mauritaniens qui étaient établis à l’étranger. Convaincue par un ami, elle décidât de revenir en Mauritanie. Mais, elle déchantât vite. Aujourd’hui, elle a dû mal à avaler sa déception. "Tu viens avec tes propres moyens. Tu te lèves, plein de conviction et de motivation. Tu n’iras pas loin. On va vite freiner tes ardeurs", souligne-t-elle.

 

A ce rythme-là, beaucoup de nos musiciens risquent, gagnés par le désespoir, de clouer leurs instruments au mur, à défaut d’être soutenus par l’Etat. Les querelles de chapelle minent aussi l’évolution de la musique mauritanienne. Autre problème qui engouffre la musique mauritanienne, c’est le plagiat. Cela s’explique par le fait que la Mauritanie ne dispose pas d’un bureau des droits d’auteurs.

 

Beaucoup de nos artistes en sont victimes. Les artistes ne sont pas protégés en Mauritanie. Le plagiat est lié aussi au fait qu’il y a très peu de musiciens. On retrouve les mêmes partout. Conséquences : les accords se ressemblent. Idem les morceaux ! On tourne vite en routine.

 

En Mauritanie, il est très difficile aux artistes de s’en sortir. Ils se démènent comme des diablotins. Ils vivent dans un écœurement perpétuel. Que faire alors ? "Il faut peut-être un électrochoc", a laissé entendre Néfertiti Diop. Cette expression traduit tout simplement un sentiment de désespoir et d’amertume mais aussi un sentiment d’en finir une fois pour toute avec cette situation. Ceci est tellement vrai que nos artistes ne cherchent même pas à savoir qui est leur ministre de tutelle.

 

Ainsi donc, sous nos cieux, il ne vaut pas la peine d’être un musicien. C’est une perte de temps, laissent entendre nos artistes. "Il faut vraiment que tu aimes…", explique Thierno Athié. "Les structures qui doivent venir en appoint les artistes ne suivent pas. On est en train de les décourager", note Iba Gabar Diop.

 

Conséquences : il y a de moins en moins de concerts à Nouakchott. A cela s’ajoute, le déficit de sponsorisation. Le favoritisme et les discriminations n’épargnent pas non plus la musique mauritanienne. "C’est scandaleux", tempête Dioba.

 

Pour certains artistes, ceux qui jouent de l’Ardine ou de la Tidinit ont plus de facilités ou de chance d’être sponsorisés par nos grandes entreprises que ceux qui jouent du mbalax, du reggae, de la world music ou d’autre chose. Quel comble !

 

Les lieux de distraction font terriblement défaut. Nouakchott ne dispose que deux salles de spectacles pour une population de moins de deux millions d’habitants. Il s’agit des deux maisons de Jeunes. Pour se l’offrir, le temps d’une soirée, il faut casquer fort : entre 30.000 UM et 200.000 UM. "Ceci freine les artistes, déplore Iba Gabar Diop. C’est les seuls lieux où ils peuvent se produire…La maison des jeunes, ce n’est pas pour le gouvernement. C’est pour les jeunes, non !"

 

Aujourd’hui, si nombreux de nos artistes ont été connus, c’est grâce, incontestablement, au Centre Culturel Français Antoine Saint-Exupéry de Nouakchott. Ce centre essaie tant bien que mal de satisfaire les artistes mauritaniens en leur donnant l’occasion de se produire au forum, à la salle des spectacles ou à la K’fet.

 

Mais voilà ! Certains artistes n’ont pas manqué de relever que les cachets qu’ils perçoivent sont dérisoires et maigres comparativement à ceux perçus par des artistes étrangers qu’on fait venir à Nouakchott souvent bien traités comme des princes. Cette différence de faveur n’a pas manqué de les frustrer.

 

Un musicien français, de passage à Nouakchott, durant la quinzaine des Arts de 2008, faisait remarquer, dans un ton caricatural qu’il n’y avait pratiquement rien à Nouakchott. C’est pour dire qu’il a été tout simplement déçu par ce qu’il a trouvé sur place.

 

Cette description est à la limite réaliste et cache bien des vérités irréfutables. Pour autant, nos musiciens ne ferment pas les yeux ni ne baissent les bras. De plus en plus, de jeunes mauritaniens dynamiques montent des projets ambitieux, comme à l’image de Lamine Kane qui s’efforce, nonobstant toutes les peines du monde, à monter sa propre école de formation en Musique. Si le gouvernement en faisait autant, certainement que la musique serait sortie de son "état comateux".

 

A Nouakchott, comble de l’ironie, les musiciens ne disposent même pas du minimum nécessaire "Il n’y a pas de magasins de musique pour acheter les instruments, les cordes. C’est une véritable galère. Il faut aller à Dakar ou ailleurs pour se les procurer. C’est une situation que je regrette énormément. Cela veut dire que tout est à construire", soutient Papis Koné, guitariste au groupe musical "Walfadjri" de Nouakchott.

 

Depuis le mois de mai 2008, on ne parle plus de Radio Jeunesse. On murmure aussi de plus en plus la suppression de la TVM Plus. Ces deux médias ont participé, tant soit peu, à l’émergence de nos talents. Que vont-ils devenir s’ils n’ont plus de tribune d’expression pour leur art ?

 

Le diagnostic que font les artistes sur la musique mauritanienne est sans complaisance. Pour Tahra Hembara, la musique mauritanienne est comme le reste du pays. "Elle ne peut pas vraiment aller de l’avant puisqu’à chaque fois qu’on démarre quelque chose, on l’étouffe dans l’œuf. On était en train de bouger, d’installer des bureaux. Mais, le coup d’Etat du 6 août 2008 nous a tout bousillés. Nous sommes toujours à la case de départ. Nous avons eu combien de coup d’Etat depuis l’indépendance. Qu’est-ce qu’on peut faire dans de telles conditions ?", dit-elle, dans un air d’énervement. Elle-même avait du mal à écouler son dernier album, un hymne à l’unité nationale, sur le marché national pour des raisons d’absence de distributeurs qui font terriblement défaut à Nouakchott.

 

En Mauritanie, on préfère investir de l’argent pour l’achat de chameaux  plutôt que dans la réalisation de projets sérieux. Dans ce sens, il ne faut pas s’attendre encore moins rêver qu’un jour la musique mauritanienne puisse concurrencer les autres !

 

Babacar Baye Ndiaye

 

 

Repost 0
Published by leducdejoal - dans Dossier
commenter cet article
5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 20:32

Le directeur de notre deuxième chaîne de télévision publique, la TVM Plus, risque d’exaspérer ceux qui ont l’habitude de suivre, tous les mercredis, entre le journal télévisé en Arabe et celui en Français, l’émission "Chebab" animée par Soya Watt, Papa Diallo, Abdallah Ould Isselmou et Maktar Guèye. Car, selon des rumeurs persistantes, au niveau de la TVM Plus, le glas de la très appréciée émission "Chebab" aurait sonné.

 

Du coup, chacun y va de ses propres commentaires. Il semble que le directeur aurait décidé, sans en informer personne et surtout pas les intéressés, de rayer de la grille des programmes cette émission plurielle dont la création a été suscitée par une volonté de renforcer l’unité nationale et de rapprocher les communautés du pays, même si, dans ce domaine, il y a beaucoup d’efforts à faire.

 

Cette décision, soulève déjà des commentaires dans les coulisses de TVM Plus. Une chose est sûre, certains se croient tout permis. Dommage qu’on en soit toujours à ce stade, à briser les énergies, à bloquer les idées nouvelles et à refouler les désirs de changement.

 

Au lieu d’améliorer le contenu de cette émission et d’encourager les animateurs à faire preuve d’innovation, la direction a tout simplement supprimé cette émission. On aurait avalé cette pilule si en lieu et place, il avait été proposé une autre émission du même genre. Mais, il n’en est rien.

 

Au niveau de la direction de cette jeune chaîne de télévision, l’on évoque des raisons de réorganisation des grilles de programmation. L’argument ne résiste pas à la critique : il n’y a pas de raison de mettre au placard une émission grand public pourtant à forte audience auprès de la jeunesse. Lancée il y a moins de trois ans, l’émission "Chebab" était un kaléidoscope de la diversité culturelle du pays. Elle risque aujourd’hui de ne pas résister à la purge forcée de la part de la direction de TVM Plus.

 

D’ailleurs, depuis quelques temps, ce sont des rediffusions qui sont proposées aux téléspectateurs. Les animateurs de cette émission seraient redéployés vers des programmes dans les différentes langues nationales. Espérons que cette mesure ne va pas s’étendre aux autres émissions en langues nationales (Wolof, Poular et Soninké) faiblement pourvues dans les grilles de programmes de cette chaîne qui n’arrive pas toujours à jouer son véritable rôle de catalyseur entre les différentes communautés du pays.

 

L’émission "Chebab" traite de l’actualité allant de la jeunesse aux questions de genre en passant par les faits de société. Les animateurs de l’émission ont d’ailleurs fait l’objet d’un film intitulé "Quadrichromie" projeté durant la Semaine Nationale du Film (SENAF) d’octobre 2009.

 

Babacar Baye NDIAYE

Repost 0
Published by Babacar Baye Ndiaye - dans Dossier
commenter cet article
25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 21:49

La Mauritanie n’est pas seulement le pays d’un million de poètes. C’est aussi le pays où des milliers de jeunes veulent devenir des rappeurs. Mais les autorités de ce pays répugnent encore à accorder du crédit au Hip Hop. Tel est le constat ! Et les acteurs de ce mouvement musical ne semblent pas pardonner ce désintéressement et négligence de la part du Ministère de la Culture qui ne joue pas, à leurs yeux, son véritable rôle d’appui et d’organisateur. C’est ce manque de considération qui a poussé certains à soutenir mordicus que le Hip Hop est le parent pauvre de la musique mauritanienne. 

 

Et pourtant,  les concerts de Hip Hop sont incontestablement les seuls spectacles qui drainent un monde fou à Nouakchott comme à l’intérieur du pays. «Pourquoi donc continuer à ignorer cette musique ?», s’interroge Khalzo. «Le Hip Hop comme la musique en général peut être une source d’enjeux financiers avec des retombées socio-économiques incalculables. Il peut alimenter des studios d’enregistrement, favoriser le show-biz et participer à la mise en place d’une véritable industrie culturelle », souligne-t-il.                             

 

Lorsqu’on parle de Hip Hop, on pense aussitôt que c’est une musique de jeunes, une musique de revendication. «Le Hip Hop est une musique militante. Elle contribue à promouvoir certains aspects, certains droits, certaines revendications de la jeunesse », déclare Georges Lopez dit Dj Gee Bayss, à l’occasion de sa présence à la première édition du «Festival Assalamalekoum Hip Hop » de mai 2008.

 

«Le Hip Hop, rappelle Dj Khalzo, n’est pas, contrairement à ce que pensent certaines personnes, une musique qui favorise la dépravation de notre jeunesse. Il s’agit d’un courant musical qui a pour objectif d’éduquer la jeunesse, de la sensibiliser sur les problèmes de l’heure en tentant, à travers des messages, d’inculquer l’amour de la patrie, le sens de l’honneur, la nécessité de préserver l’environnement et bien d’autres valeurs essentielles pour la construction du pays. »

                       

Certains diffuseurs, à l’image de Dj Gee Bayss, s’intéressent à la Mauritanie depuis de bonnes années. C’est que notre pays regorge d’importants nids de rappeurs talentueux. Ce dernier a produit de nombreux jeunes rappeurs mauritaniens. Grâce à lui, ces derniers se sont fait connaitre au niveau du Sénégal et sur le plan international.

 

«Le Hip Hop mauritanien à travers moi peut avoir une plate forme d’expression », a-t-il promis. Aux yeux de Monza, le Hip Hop était une sous-culture que certains mauritaniens avaient du mal à adopter. « Mais grâce à certains artistes, le hip hop s'est aujourd'hui imposé de lui-même en tant que musique et genre à part de la musique mauritanienne », s’enorgueillit-il.

 

Et le Hip Hop naquit…

 

C’est au milieu des années 90, qu’a commencé véritablement le Hip Hop en Mauritanie. Au fil des années, ce mouvement a fini par s’imposer lui-même un peu partout dans le pays et notamment à Nouakchott où fleurissent d’importants nids de jeunes rappeurs et des groupes de rap : Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad, Military Underground, Minen Tèye, Waraba, MC Go, Number One African Salam, Adviser, Bad’s Diom, Big Diaz, Habobé Bassal, Youpi for Ever, Cee Pee, Paco Leniol, Franco Man, Laye B, MD Max…

Mais, c’est à partir de 2007, avec la sortie du 1ier album de Diam Min Tekky(Gonga), d’Ewlade Leblad(Adatne), de la Rue Publik(Incontextablement) et de Military Underground(Au Secours en 2008) que la mayonnaise du Hip Hop mauritanien a commencé vraiment à intéresser les gens et à gagner notamment la sympathie des jeunes mauritaniens en mal d’occupation et de loisirs.                                                                           

 

                    

Les années 2007 et 2008 marqueront un tournant décisif dans l’évolution du mouvement Hip Hop en Mauritanie. Le Hip Hop semble pousser des ailes. Désormais, rien ne peut l’appréhender. Dans les concerts, le public répond massivement. Comme en témoigne ceux organisés au Centre Culturel Français et notamment la Première édition de «Assalamalekoum Hip Hop Festival ».

 

Mais, c’est à partir de 2004, que le Hip Hop en Mauritanie commence à se professionnaliser avec l’apparition de studios d’enregistrement, d’ingénieurs de sons. S’arrimant au rythme de l’évolution des nouvelles technologies, les rappeurs mauritaniens prennent conscience de la nécessité d’améliorer le fond et la forme de leurs textes mais surtout leur flow.

 

                  

Le Hip Hop, qui  englobe la danse, le dee-jaying et le graffiti qui est encore embryonnaire en Mauritanie, conquiert de nouveaux espaces. En effet, depuis 2000, début de son explosion avec la floraison de groupes de Rap, le Hip Hop ne cesse de se dessiner une autre trajectoire que celle qu’il avait connue jusque-là. Du moins, c’est ce que pensent certains rappeurs comme Monza, président 2 la Rue Publik. «Dans toute sa totalité, quelque soit l’endroit où on se trouve, ce que j’ai vu et vécu, ce que j’ai pu faire et les autres aussi, me donnent une certaine conviction que le Hip Hop en Mauritanie est sur de bons rails », croit-il.

 

Le Hip Hop mauritanien fait face à une double difficulté. A savoir la production et la diffusion. Mais cela n’a pas empêché les rappeurs ou groupes de Rap mauritaniens de percer à l’extérieur à l’image de Military Underground, Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad ou Waraba qui a participé à la compilation «AURA» regroupant différents rappeurs africains de renommée internationale dont Dj Awadi.

 

Le Hip Hop n’est plus cette musique de voyous, cette musique malsaine et corruptrice. Et pour cause. De plus en plus, on constate un intéressement grandissant de la part de la jeunesse mauritanienne au Rap et surtout une éclosion de rappeurs ou de groupes de Rap.

 

Excellent canal de sensibilisation et de mobilisation, comme on le voit souvent à l’occasion des élections ou autres manifestations officielles, la place du Hip Hop est désormais une évidence dans la société mauritanienne.

 

A côté de la musique traditionnelle, tradimoderne ou moderne à l’image de Malouma, Noura Mint Seymali, Tahara Mint Hembara, Tiédel Mbaye, Ousmane Gangué ou Dimi entre autres, le Hip Hop, contre vents et marées, a réussi à se creuser son propre sillon. «. Les responsables politiques du pays doivent se tourner vers la jeunesse qui est un moteur de développement », demande Monza, le président 2 la Rue Publik.

 

                                     

Des structures défaillantes

 

Au niveau de l’enregistrement, les rappeurs mauritaniens, depuis quelques temps, n’ont plus rien à envier à leurs camarades de la sous-région ou du Maghreb. Là où se situe le bât blesse, c’est au niveau de la duplication, de la distribution et de la communication. Et, pour vendre un produit musical, il faut de la promotion et de la diffusion au niveau des médias. Sur ce point, notre pays traîne encore. Nonobstant, les efforts de la TVM Plus qui commence à diffuser des clips de Rap mauritanien, la contribution des médias officiels est très infime dans le rayonnement du Hip Hop en Mauritanie.                           

 

Face à cette situation criarde, certains rappeurs, comme Monza, ont trouvé la clef de la solution. «On a essayé de mettre en place des studios d’enregistrement et de production en investissant de l’argent considérable pour pouvoir nous satisfaire nous-mêmes et satisfaire aussi les autres », explique-t-il. Ne disposant pas de structures pouvant les protéger, certains rappeurs mauritaniens se sont retournés vers la BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur) ou d’autres structures comme la SACEM (Société des Auteurs compositeurs et éditeurs de Musique) pour défendre leurs produits.  

 

                       

A vrai dire, comment peut-on développer la musique de manière générale sans pour autant avoir au préalable des réseaux de distribution ? C’est le dilemme principal des rappeurs. Ne sachant pas que faire, ils sont astreints, pour écouler leur produit, d’organiser ce qu’on appelle «Les Concerts Dédicace ». Et, Dieu sait que cette procédure ou méthode ne réussit pas à tout le monde. Le Hip Hop Mauritanien est bien représenté à l’étranger. En France, par B.O.B et au Sénégal, par Laye B qui y a sorti en 2003 et 2007, respectivement «Black à part » et «Sénégal-Mauritanie ».

 

On n’investit pas dans le Hip Hop 

 

Les producteurs se comptent par gouttes. Fatigués de taper à toutes les portes à chaque fois qu’il s’agit de production, certains rappeurs ont fini par se muer en producteurs. «Il n’y a pas de personnes aptes à produire. Elles ne savent pas ce que c’est que la production. Il n’y a pas de gens qui veulent s’engager dans une structure pour investir sur des artistes en produisant leurs albums », s’indigne Monza. «Nous, les rappeurs, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir et de travail à faire pour que les gens soient totalement convaincus de ce que nous faisons », estime Waraba alias Big Power.  

 

                          

Pour certains rappeurs mauritaniens, à l’image de Waraba, qui ont eu la chance de voyager et de  côtoyer d’autres rappeurs africains, le Hip Hop Mauritanien  va mal. Lui aussi, il met en avant les problèmes de structures et d’organisation. «Et pourtant, il y a des talents et des rappeurs qui font du bon boulot. Ils écrivent de très bons textes. Mais, bon ! Il n’y a pas une aide derrière », regrette-t-il.

 

Certains pensent que le Rap doit être une musique militante et engagée. «Cela dépend des sources d’inspirations. Aujourd’hui, le Rap, rappelle Waraba, n’est pas une musique circonscrite ou canalisée. C’est une musique d’ouverture. Si certains pays sont en avance sur nous, c’est parce qu’ils élargissent ce qu’ils font. On est tous engagés mais de différente manière. »

 

Pour Mar de Diam Min Tekky, le Hip Hop en Mauritanie s’est détourné de sa voie originale. Pour lui, il y a des choses plus importantes que de faire danser les gens. «C’est là(en Mauritanie) où se trouve le racisme, l’inégalité et l’esclavage », se justifie-t-il. Le Hip Hop Mauritanien a du mal à se départir de l’influence extérieure notamment américaine. «Les rappeurs mauritaniens plagient beaucoup. On voit un Method Man, un Awadi en Mauritanie. Cela handicape notre Rap. On doit rester des mauritaniens et créer notre propre style », pense-t-il.

 

«Le Hip Hop Mauritanien est là pour prouver par rapport aux autres », soutient-il en pensant qu’il n’est pas encore l’heure de faire du show-business, mais, de dénoncer. «On n’a pas le temps de faire sortir des filles habillées en string », ironise-t-il en faisant allusion aux clips américains ou sénégalais. «Si on sent que le Hip Hop en Mauritanie  ne va pas, nous ouvrir, nous les rappeurs, d’autres portes, nous allons laisser tomber et faire autre chose », lance-t-il avec défi.

 

Waraba est de ceux qui croient dur comme fer que le Hip Hop Mauritanien peut rivaliser avec celui des autres pays comme le Sénégal ou le Mali. «Les talents sont là. Mais cela ne suffit pas. Il faut avoir un staff derrière. Par exemple, les rappeurs maliens, ils sont bien structurés. De même que les sénégalais ou burkinabé. C’est ce qui fait qu’ils sont en avance sur nous », explique-t-il.

 

Aujourd’hui, malgré une évolution en termes de production, on a constaté que le Hip Hop Mauritanien ne se vent pas bien. Là où un rappeur malien, sénégalais ou burkinabé arrive à vendre 100.000 cassettes, un rappeur mauritanien ne parvient même pas à écouler plus de 1.500 cassettes. Pire encore, il n’y a pas de lieux de vente. Quand un rappeur sort son album, il est obligé de louer l’Ancienne Maison des Jeunes pour espérer vendre son produit. Dans ces conditions-là, peut-on exporter le Hip Hop Mauritanien ?

 

Des rappeurs comme P.A et F. Diou de Military Underground qui en ont fait l’expérience portent d’une part cette responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture et d’autre part sur celui des artistes qui manquent, à leurs yeux, d’organisation. «Nous, les rappeurs, nous ne voyons pas aucune initiative venant d’une bonne volonté. Nous avons besoin d’appui pour que la musique Hip Hop puisse avancer notamment au niveau des ventes afin qu’on vive de notre art », affirme F. Diou. «C’est très important le fait de vendre, enchaîne P.A. On ne peut pas espérer mieux que cela. C’est la base de tout. »

 

                            

Autre problème auquel sont confrontés les rappeurs, c’est celui de la piraterie qui les empêche de dormir à tête reposée. Le cri est partout le même chez les artistes. Là aussi, selon P.A et F. Diou, la piraterie constitue un manque à gagner considérable pour les rappeurs mauritaniens. Cela n’empêche pas qu’il y ait une ruée vers le Hip Hop de la part des jeunes. Le Hip Hop est devenu une porte ouverte à tout le monde. «Chacun y a sa place », pense F. Diou. 

 

Cependant, avertit-il, on devrait assainir le Rap gangrené par des musiques ou paroles pleines d’incivilité et d’insolence. «Le rappeur est mal vu et mal jugé dans nos sociétés déjà.  Cela n’a pas sa raison d’être dans le mouvement Hip Hop mauritanien », dit-il. Pour autant, les «Hip hoppeurs » mauritaniens semblent être optimistes. «Le Hip Hop mauritanien a de l’avenir. La preuve, nos albums sont appréciés par tout le monde », déclare P.A, optimiste.

 

L’absence de médias privés, le peu de crédit accordé au Hip Hop par les médias officiels, le déficit structurel en termes de diffusion et de distribution, le manque de niveau et d’instruction participent au retard de l’explosion du Hip Hop en Mauritanie. En outre, au niveau de la tonalité et du groove de la musique, la qualité pose problème parce que les studios ne disposent pas de machines de masteurisation.  

 

Babacar Baye Ndiaye 

Repost 0
Published by Le Blog de Babacar Baye Ndiaye - dans Dossier
commenter cet article