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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 16:31

bakhan

Bercé par les musiques de Youssou Ndour et de Salif Kéita, deux icônes de la musique africaine, Bakhan a été révélé au grand public en 2009, lors du concours du Prix RFI Découvertes. Trois ans plus tard, que lui reste-t-il de cette période ? Réponse dans cette interview qui évoque également son séjour à Nairobi où il est actuellement, ses déceptions, son combat pour le respect des artistes, son envie de faire connaitre la richesse culturelle de son pays. "Nous ne sommes pas destinés à partir à l'étranger. Nous aimons notre pays et voulons y rester pour faire marcher les choses et développer sa richesse culturelle", entonne Bakhan. Entretien.

Cridem : Vous êtes au Kenya pour plus de deux mois. Es-ce que c’est votre quête d’ouverture musicale et de nouvelles sonorités musicales qui vous ont mené dans ce pays ?

Bakhan : D'abord pour des raisons familiales, bien sûr l'ouverture musicale aussi car on découvre et s'enrichit toujours par les voyages et puis l'objectif de faire des concerts parce que Ndeysan est écouté à Nairobi depuis sa sortie, il y a un public qui souhaiterait bien le vivre en live.

Cridem : Vous avez été finaliste du Prix RFI Découvertes 2009 remporté par le sénégalais Naby. Qu’a symbolisé pour vous cette expérience personnelle et musicale?

Bakhan : Pour moi, c'est la découverte du monde professionnel de la musique, une orientation finale de ma musique et puis la naissance de mon premier album solo, Ndeysan.

Cridem : Après votre finale, on vous a entendu en France, au Tchad, au Sénégal sauf en Mauritanie. Alors, qu’est-ce qui s’est passé ?

Bakhan : Oui, en France d'abord parce que l’opportunité d'enregistrer et de réaliser Ndeysan dans des studios professionnels et avec des professionnels s'était présentée. Je me suis dit pourquoi pas le sortir d'abord sur place pour rencontrer plus de monde, faire plus de contacts pour la suite et jouer aussi pour faire connaitre ma musique, mon pays.

Ce fut très important pour moi. Je me suis vite rendu compte que notre culture et notre pays sont très peu connus à l'étranger. A travers mes voyages, j'essaye ainsi de communiquer et de parler de notre magnifique culture. Au Tchad, j'ai rencontré des gens qui m'ont beaucoup soutenu. Cela a été extraordinaire pour moi de partager notre musique avec le public d'un autre pays sahélien.

Juste après, je suis arrivé à Nouakchott où j'ai été contacté par la Communauté Urbaine de Nouakchott (CUN) pour représenter notre capitale au Festival Rubidium organisé à Gorée et Dakar aux côtés de Coumba Sala, Mouna Mint Dendenni, Fama Mbaye... C'est en décembre prochain que nous avons prévu de faire la promotion de l'album au Sénégal. Nous avons déjà commencé les contacts.

Cridem : Depuis votre retour, vous ne vous êtes produit que deux fois. C’était, pour le premier spectacle, à l’Institut Français de Mauritanie, à l’occasion de la Fête de la Musique et le second, lors de la finale de la Coupe Nationale de football disputée le 6 juillet 2012 au Stade Olympique. Est-ce que vous espériez mieux que cela ?

Bakhan : Non, j'ai fait exactement ce qui était prévu à Nouakchott, deux concerts. Après, on devait jouer à Nouadhibou, Rosso et Kaédi mais beaucoup de raisons telles que les problèmes techniques que nous avons rencontrés lors de ces deux dates à Nouakchott, le manque de structures organisées en Mauritanie et puis l'arrivée du Ramadan ont fait que nous avions repoussé nos dates. Une bonne réalisation de concert demande beaucoup de choses, on y travaille pour présenter Ndeysan dans des bonnes conditions au public de ces villes très prochainement.

Cridem : Cela fait maintenant 3 ans que l’album Ndeysan est sorti. Alors, est-ce que la sortie d’un deuxième album s’est déjà dessinée dans votre tête ?

Bakhan : L'album est sorti le 07 janvier 2011 à Paris, donc juste un an et sept mois. Bien sûr que j'ai fait beaucoup de compositions pour le deuxième et troisième album mais pour le moment, finissons d'abord l'aventure Ndeysan qui ne fait que commencer.

Cridem : Depuis votre retour, vous n’êtes pas reçu par le Ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Etes-vous déçu ?

Bakhan: Non, je ne suis pas déçu car je connaissais cette réalité avant de partir, je suis juste surpris que ce pays reste au même niveau où je l'avais laissé, il y a plusieurs années. Je veux parler des discriminations raciales dont nous sommes toujours victimes et que personne ne veut admettre.

Les gens ont tendance à dire que le Ministère de la Culture ne fait rien pour les artistes. Moi, je dis qu'il fait plein de choses, seulement, il ne le fait que pour certaines personnes. Ce n'est pas nouveau mais c'est pire encore aujourd'hui.

J'ai fait mon devoir de citoyen mauritanien, à peine arrivé chez moi, je suis allé rencontrer le Directeur de la Culture (Adnane Ould Beyrouck, Ndlr) et apporter mon dossier et cd à Madame la Ministre. Entre temps, je suis reparti en France et à mon retour, ils avaient perdu mon dossier. Personne n'était capable de me dire où celui-ci se trouvait.

En insistant, Monsieur le Directeur m'a un jour appelé à peine une demi-heure après que je sois sorti de son bureau pour me dire que finalement, ils ne l'ont pas retrouvé mais qu'ils s'étaient arrangés pour me faire rencontrer la Ministre le deux juillet passé. J'ai attendu jusqu'au jour du rendez-vous sans nouvelles et j'ai donc rappelé le Directeur qui m'a dit que le rendez-vous était reporté à une date inconnue et jusque là il n'y a pas eu de suite, ilal calam.

Je ne demande pas d’être reçu comme un héros parce qu'il y a plein d'autres artistes qui font des choses extraordinaires dans ce pays mais que personne n’encourage. Je demande juste que nous soyons mieux traités par notre ministère de tutelle comme tout autre artiste du  pays. Nous avons droit d’être soutenus par notre ministère pas forcement économiquement mais au moins moralement et artistiquement.

Jusqu'à quand allons-nous dire que le Ministère ne fait rien? Nous, les jeunes, n'allons pas continuer à fuir, à se réfugier dans d'autres pays parce que nous avons notre pays. Le Ministère doit faire et cela devrait commencer par la baisse du prix de location de l'ancienne Maison des jeunes, la seule salle nationale où les jeunes des ghettos pouvaient se produire qui, à l'époque, était louée à moins de 40.000 UM. Aujourd’hui, elle revient à 200.000 UM sans compter les autorisations de police à plus de 30.000 UM. Souvent, les spectacles sont interrompus alors qu’on a rempli toutes les formalités.

Ils cherchent chaque jour à nous décourager. Ils ne participent jamais à nos manifestations. Ils ne facilitent pas leurs réalisations. Tout ce que le Directeur de la Culture peut nous proposer, c'est une recommandation qui n'est même pas respectée par toutes les autorités, déjà à Nouakchott, encore moins dans le reste du pays.

Nous ne sommes pas destinés à partir à l'étranger, nous aimons notre pays et voulons y rester pour faire marcher les choses et développer sa richesse culturelle.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 01:25

coubaSon dernier concert en Mauritanie remonte au 19 avril 2008, lors des festivités commémorant l’An I de la Démocratie, sous Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. La Sénégalaise Coumba Gawlo fera son come-back en dans les prochains jours.

En effet, Nouakchott sera la première étape de sa tournée dénommée "Coumba Gawlo African Tour ". L’événement existe depuis de nombreuses années. Mais, pour son édition 2012, la diva à la voir d’Or a tenu à associer notre pays où elle compte de nombreux fans.

Au programme de la chanteuse sénégalaise plusieurs activités. Elle animera, notamment, le 31 mai à l’Espace de la Biodiversité de Nouakchott une journée de plaidoyer tournant autour des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Puis, elle montera sur la scène le 1er juin pour une Soirée de Gala qui aura lieu à la Case.

Le lendemain 2 juin, elle offrira un concert populaire au stade de Ksar. Au cours des deux prestations, elle sera accompagnée par une pléiade d’artistes nationaux : Thiédel Mbaye, Tahra Mint Hembara, Noura Mint Seymali, Mouna, le groupe Walfadjiri, entre autres. A la veille de ses prestations, nous avons recueillis les impressions de l’artiste. Entretien.

Cridem : Vous revenez en Mauritanie après quatre années d’absence. Dans quel état d’esprit et condition de préparation êtes-vous ?

Coumba Gawlo : Je reviens dans ce pays que j’aime tant avec beaucoup de bonheur, de fierté et de nostalgie à l’endroit de mon public mauritanien.

Cridem : Vous jouez très rarement en Mauritanie où vous comptez, pourtant, d’innombrables fans. Vous faites souvent des tournées africaines sans faire un saut par la Mauritanie. Qu’est-ce qui explique ce fait ?

Coumba Gawlo : En fait les tournées, quand elles sont organisées par notre structure, demande beaucoup de moyens : financiers, humains et logistiques. Bien entendu nous avons la logistique et les ressources humaines pour le faire, mais le problème en général est financier. Pour le résoudre il faut des partenaires qui acceptent de subventionner. Ce qui n’est pas toujours facile.

Mais grâce à Dieu, j’ai un nom qui est devenu un label et auquel croient nombre de partenaires, ce qui permet à ces derniers d’accorder les soutiens nécessaires. Pour cette année, les partenaires résidents en Mauritanie ont beaucoup contribué à la faisabilité de notre concept COUMBA GAWLO AFRICAN TOUR. D’où le fait de pouvoir tenir ici l’événement. Je les en remercie.

Cridem : Vous allez commencer votre tournée africaine par Nouakchott. Comment a germé l’idée d’y associer la Mauritanie ?

Coumba Gawlo : J’ai toujours voulu associer la Mauritanie à cette tournée car c’est un pays que j’aime beaucoup. Cela au-delà du fait que je pense fortement que nous devons aussi nous adresser aux différentes populations, dans le cadre de la sensibilisation sur la lutte contre la pauvreté. Cette année, parmi nos thèmes, on peut citer l’insécurité alimentaire. C’est une manière de continuer à respecter l’idée du programme qui se veut un programme panafricain. Et la Mauritanie est autant concernée que les autres pays.

Cridem : Lors de votre passage à Nouakchott, vous n’allez pas que chanter. Vous allez aussi parler de lutte contre la pauvreté, de violences contre les femmes et les enfants. Pourquoi ces questions de développement et de société ?

Coumba Gawlo : Je suis une artiste engagée, qui reste convaincue que la musique est le meilleur vecteur de communication. En tant qu’ambassadrice de bonne volonté du Pnud, je me sens à la fois fière et profondément engagée dans le devoir de militer pour les causes de notre continent. De meilleures conditions de vie pour la femme, une amélioration de l’existence des enfants, l’entreprenariat féminin, etc…Je suis passionnément rêveuse d’une Afrique où les hommes et les femmes se retrouvent autour d’une table sans aucune discrimination.

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 21:13

cisse_3_NB_final.JPGCissé Yatéra est une artiste franco-Mauritanienne. Elle s’est produite à la 2e édition du Festival Walo Musik International qui s’est déroulée du 23 au 26 juin 2011 à Rosso en Mauritanie. Ce fut une occasion pour les organisateurs de cet évènement de faire découvrir au public rossossois cette jeune artiste pleine de talents qui fait son entrée parmi les artistes de la diaspora africaine.

Artiste charismatique, Cissé Yatera affirme son identité musicale avec un concept bien à elle! Elle aborde des thèmes liés à ses rencontres et histoires de vie. Sa musique, faite de Pop Soul parfois teintée de percussions ou d’instruments traditionnels africains, donne à sa voix hors du commun toute sa puissance et sa profondeur. Que ce soit en formation acoustique (guitare, percussion) ou en formation complète (basse, batterie, guitare, clavier), cette artiste de scène, de partage et d’échange nous invite à découvrir son univers. Entretien.

Comment définissez-vous votre style de musique?

Mon style musical s’est défini au fil du temps. Il dépasse un peu les clivages dans la mesure où il ne se limite pas à un courant musical spécifique. En effet, je suis plutôt à la croisée de plusieurs influences musicales avec lesquelles j’ai grandi.

La dénomination Pop traduit une musique populaire que je me suis appropriée sans distinction d’origine qu’elle soit française, africaine, américaine, espagnol, indienne. La dénomination Soûl définit étymologiquement " l’âme".

Elle est une caractéristique essentielle qui accompagne chacune des notes de ma musique et de mes mots. J’aime à dire que mon style musical est à la fois libre et profondément humain. C’est un style universel finalement!

Vos racines mauritaniennes sont justement de l'autre côté de la mer...

Tout comme la mer, la musique n’a pas de limites et symbolise l'abolition des frontières. Son pouvoir est incommensurable car au-delà de la barrière du langage, la musique véhicule des émotions fortes que tout le monde peut percevoir.

C’est la raison pour laquelle j’utilise dans mes chansons sans aucun complexe, mon dialecte maternel (le Soninké) et bien d’autres (Wolof, Peuhl, anglais, arabe, …)! Le langage quel qu’il soit embelli considérablement la musique et lui donne un sens.

De quoi parle votre chanson Safoura?

Safoura est le prénom d'une petite fille rencontrée dans un bidonville du Mali (Mékin Sikoroni) lors d'un voyage à caractère humanitaire. Je ne savais pas qu'elle était malade : elle était pleine de vie, elle était incroyable. Je pensais que j'avais des choses à lui apporter, et c'est elle qui a finalement bouleversé ma vie !

Elle m'a appris à voir le monde à travers ses yeux d’enfant, à apprécier les choses à leur juste valeur. Quand elle partait au marché avec une seule pièce pour acheter à manger, elle trouvait toujours le moyen de m'offrir quelque chose au retour. Les rôles étaient inversés ! Safoura prenait soin de moi comme pour m’aider à supporter la vie qu’elle menait tous les jours !

C'est moi qui étais censée lui faire des cadeaux et je n’ai rien pu lui donner de plus significatif que mon cœur ! Quelques semaines après mon retour en France, elle est décédée du paludisme.

C'est à ce moment là que j'ai écrit cette chanson… J’ai écrit Safoura pour qu’elle puisse continuer à vivre dans mon cœur. Des Safoura, il y en a aux quatre coins du monde. Je veux contribuer à rendre hommage à ces enfants qui brillent et dont la vie est trop courte.

A travers mes chansons, je milite pour un idéal commun à tout être humain sans aucune distinction… Je milite pour la paix dans le monde! C’est peut-être naïf ou même utopique, surtout dans le contexte actuel, mais toute quête conserve une dimension mythique, et j’ai choisi la musique comme fidèle destrier.

Propos recueillis par Papis Diallo,
chargé de communication du Festival Walo Muzik

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 17:21

lamine_daff.JPGDébutée le 23 juin, la 3e édition du Festival International Musiques et Découvertes de Nouadhibou s’est prolongée jusqu’au 25 juin 2011. A l’affiche, il y’avait Daara J Family, Adviser, Ewlade Leblade, Soco Clan, BOS, Ziza"Cela m’a permis de comprendre que ce n’est pas évident d’organiser un évènement qui se veut international sans soutien ni sponsoring", dit Lamine Daff. Pour l’occasion, nous avons rencontré l’initiateur du Festival International Musiques et Découvertes. Entretien.

 

Cridem : De festival local, vous êtes passé cette année à un festival international avec la présence du groupe de rap sénégalais Daara J Family. Qu’est-ce qui a justifié ce besoin de s’ouvrir, de s’agrandir ?

 

Lamine Daff : Pour donner une nouvelle dimension au Festival Musiques et Découvertes, nous avons décidé, pour l’édition de 2011, de sortir des sentiers battus. Après les deux premières éditions que nous avons organisées sans tambours ni trompettes, nous avons senti un besoin réel de s’élargir.

 

De festival local, nous sommes passés à un festival international. Cela m’a permis de comprendre que ce n’est pas évident d’organiser un évènement qui se veut international sans soutien ni sponsoring. L’édition de 2011 a connu un succès éclatant. Nous avons réussi, malgré l’absence de moyens, à relever le défi : satisfaire le public stéphanois.

 

Cridem : Ce festival est aujourd’hui approprié par toute la jeunesse stéphanoise. En est-il de même au niveau des autorités administratives et politiques de Nouadhibou ?

 

Lamine Daff : Pas du tout. Et, pourtant, nous avons adressé des lettres dans ce sens. Qu’il s’agisse au niveau des autorités administratives et politiques de la ville de Nouadhibou, nous n’avons pas pu remarquer un retour d’engouement, un signe d’appropriation de l’évènement qui est le seul à Nouadhibou. Nous avons tapé à toutes les portes pour trouver des partenaires. Mais, je n’ai pas eu de réponses satisfaisantes, à part des promesses.

 

Cridem : Ce fut alors une bonne expérience pour vous ?

 

Lamine Daff : On ne peut pas organiser un festival de surcroît international sans partenaires. Contrairement aux années précédentes, j’ai mordu la poussière cette année-ci. J’ai englouti beaucoup d’argent pour organiser la 3e édition du Festival International Musiques et Découvertes. Déplacer un groupe comme Daara J Family jusqu’à Nouadhibou, ce n’est pas une mince affaire. Surtout, lorsqu’on le fait sans partenaires. Ce n’est pas facile non plus de payer, de prendre en charge des groupes de rap comme Soco Clan, Ewlade Leblade, Adviser, BOS, System Z de Zouérate…

 

Cridem : Visiblement, vous avez été dépassé par l’organisation de la 3e édition du Festival International Musiques et Découvertes. Est-ce que vous le referez, si c’était à faire ?

 

Lamine Daff : Je ne crois pas. Un festival est très coûteux. Aux pouvoirs publics, j’aimerai leur dire de soutenir les programmations culturelles internationales initiées par de jeunes mauritaniens, ceux qui œuvrent pour la marche de la Mauritanie. On doit appuyer les initiatives culturelles. Nous sommes en train de promouvoir tant bien que mal le secteur de la musique, de donner de la chance aux artistes mauritaniens de se produire. L’heure est venue, pour les pouvoirs publics, de penser à ceux qui sont en train de porter très haut la culture mauritanienne.

 

Organiser un festival demande du sérieux, un fonds d’investissement réel. Par conséquent, nous lançons un appel aux pouvoirs publics et notamment au Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz de soutenir les initiatives des jeunes. Car, une jeunesse en mal d’avenir est un prémice d’implosion, de dépravation des mœurs, de délinquance, de terrorisme… Pour débarrasser la Mauritanie du racisme, du mépris, de la haine, il faut semer les graines de la cohésion sociale et de l’unité nationale dans l’esprit de la jeunesse. C’est ce que nous sommes en train de faire. Mais, il faut que les pouvoirs publics s’y sentent concernés et impulsent cette dynamique. (Pour contacter Lamine Daff, initiateur du Festival International Musiques et Découvertes, voici son numéro : 46 55 05 15 ; son E-mail : daff812001@yahoo.fr)

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye pour Cridem

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 20:16
Fama MbayeAprès des études avortées à l’école française, Fama Mbaye intègre la vie artistique 2006 influencée certainement par le fait qu’elle est issue d’une famille griotte. Mariée à un musicien, Saidou Sarr, cette native de Mbagne se bat tant bien que mal pour réaliser son rêve qui de produire des albums et faire des tournées nationales et internationales. Faisant la musique tradi-moderne, Fama Mbaye s’est confiée à L’Authentique.

L’Authentique : parlez-nous de vote début dans la musique ?

Fama Mbaye : avant tout je suis issue d’une famille griotte et la musique est un amour, une passion pour moi. J’ai vu que faire de la musique c’est aussi développer sa langue, sa société.

En outre mon intégration dans la musique est surtout due après ma rencontre avec un musicien Saidou Sarr qui est devenu mon mari. Ce dernier m’a conseillé de se professionnaliser dans la musique vu que je chantais très bien dans les baptêmes et les mariages. A l’heurs où je vous parle personnellement je fais que chanté, chercher des musiciens et organisation des répétitions c’est lui. Grosso modo c’est lui qui fait tout le travail de TITAN.

L’Authentique : tu es mariée et mère de trois enfants, comment arrivez-vous à gérer votre foyer et la vie musicale ?

Fama Mbaye : je suis obliger de faire la musique c’est parce c’est ma passion et aussi je suis obligé de me marier en tant que femme. Jusqu’à présent j’arrive à concilier les deux. Je gère très bien mon foyer, mes enfants et ma carrière musicale. Ce qui m’a aidé surtout c’est que mon mari est musicien et il comprend très bien la situation d’un musicien. On se comprend et on s’entre aide.

L’Authentique : une femme dans la musique est mal vue dans la société, que pensez-vous de cela ?

Fama Mbaye : une femme est mal vue dans la musique, c’est tout simplement les gens ne comprennent pas. Une femme fait de la musique c’est parce qu’elle veut travailler dans le domaine musical et la musique est un métier noble comme les autres métiers. Effectivement ce que vous avez remarqué est vrai du moment que nous artistes pour pouvoir avoir une danseuse c’est très difficile mais du coté chanson les femmes comment à s’y intéressées. Maintenant al hamdoulillah, les gens commencent à comprendre petit à petit.

L’Authentique : vous avez chanter pendant le 8 mars à l’IFM, comment voyez-vous le statut de la femme en Mauritanie ?

Fama Mbaye  : la société commence à comprendre que la femme peut faire beaucoup de choses à la place de l’homme. Si on parle de l’équité entre home et femme c’est au point de vue travail uniquement. Aujourd’hui la femme peut devenir présidente, elle peut aussi être ministrable, parlementaire et même dans le domaine de la sécurité considéré comme un travail masculin. Dans tous les services, les femmes ont des postes là-bas. Nous pouvons que la femme mauritanienne à un statut honorable.

J’ai chanté un morceau où j’ai dis que la femme humiliée hier, est valorisée aujourd’hui. La femme joue un rôle principal dans le développement d’une société. Aimer-les, chérissez-les mais ne les frappez pas. C’est très important que les gens sachent.

L’Authentique : quels sont vos rêves et quelles sont vos difficultés ?

Fama Mbaye : je demande ceux qui ont les moyens d’aider la musique mauritanienne pour qu’elle évoluée comme les autres musiques dans le monde. Ce n’est pas des rêves qui me manquent mais comment réalisez ses rêves c’est toute une difficulté. Je rêve de produire un album et faire des tournées nationales et internationales et des choses pouvant développées le pays. La musique est faite pour le monde parce qu’elle est écoutée partout. Depuis 2006 jusqu’à maintenant je n’ai pas de maquette de très bonnes qualités faute de moyen. Je n’ai pas de matériels, ni d’instruments de répétition. je profite de cette de remercier la presse et de dire qu’elle continue d’aider les artistes mauritaniens laissés en rade.

Propos recueillis par Cheikh Oumar N’Diaye


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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 21:33

MarS’ils ne sont pas les meilleurs rappeurs que comptent actuellement la Mauritanie, ils en font partie. Leur premier album "Gonga"(la vérité) les a révélés au grand public mauritanien.

 

Si, aujourd’hui, Diam Min Tekky est admiré par la jeunesse mauritanienne, c’est parce qu’ils ont refusé, jusque-là, de faire la courbette devant les autorités de ce pays. Entretien avec Mar, un des membres du groupe.

 

Le Rénovateur Quotidien : Le public mauritanien est composé aussi de wolophones, de soninképhones et de hassanyaphones. Mais vous, vous ne chantez qu’en poular. Cela ne constitue pas un handicap pour vous ? 

 

Mar de Diam Min Tekky : (il m’interrompt). On ne rappe pas uniquement en poular. 50% de nos morceaux sont chantés en poular. 25% en hassanya et peu de Wolof. Lorsque que vous aurez écouté notre album, vous en conviendrez avec moi que Diam Min Tekky ne chante pas uniquement en poular. Sur scène aussi, on utilise toutes les langues.

 

Le Rénovateur Quotidien : On a remarqué qu’à chaque fois vous êtes sur la scène, vous aimez ramollir les policiers. Expliquez-nous un peu pourquoi ?

 

Mar de Diam Min Tekky : La police ? C’est l’ennemi de la jeunesse. C’est des gens qui aiment toujours déranger. Vous voyez là (il montre une plaie cicatrisée), c’est un policier qui m’a blessé gratuitement. Après la sortie de notre premier album "Gonga" (la vérité) en février 2007, on a eu pas mal d’ennuis avec la police. Et pour cause : l’album était trop engagé. Vous savez qu’en Mauritanie, la démocratie n’existe pas et la liberté d’expression aussi.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et qu’est-ce qui vous fait dire que la liberté d’expression et la démocratie n’existent pas en Mauritanie ? 

 

Mar de Diam Min Tekky : La raison est toute simple ! C’est parce que, moi en tant qu’artiste, lorsque je dis certaines réalités, on me menace en essayant de m’intimider. Personnellement, j’ai été victime à plusieurs reprises de ces intimidations qui ne feront que raffermir notre position dans la lutte contre les injustices en Mauritanie. On nous a emprisonnés pour nos idées, nos prises de position sans ambiguïté.

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela vous enchante-t-il de voir tout le temps le public, à chaque fois que vous êtes sur scène, entonnait Diam Min Tekky ?

 

Mar de Diam Min Tekky : On kiffe le public d’une manière inexplicable. Lorsque nous sommes sur scène, on leur dit leurs problèmes. Cette symbiose qui existe entre nous et le public mauritanien, c’est comme par exemple lorsque quelqu’un écoute son griot lui chanter ses louanges, n’est-ce pas il est heureux. Nous aussi, c’est pareil et réciproque. Si, on a du courage à aller de l’avant, c’est grâce en partie à eux. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Pensez-vous que le Rap mauritanien peut connaître une nouvelle tournure allant dans un sens positif ?

 

Mar de Diam Min Tekky : Nous sommes optimistes. L’essentiel, c’est de montrer aux autres qu’on peut rivaliser avec eux. Ce qui nous manque, c’est d’avoir des coups de main de la part des autorités, de diffuser le Rap. Je pense par exemple que des événements comme "Assalamalékoum Hip Hop Festival" sont à multiplier. C’est une idée que nous avons appréciée à sa juste valeur. C’est aussi une étape dans le développement du Hip Hop en Mauritanie. On sera tout le temps présents lorsqu’il s’agira de porter haut le porte-étendard du Hip Hop mauritanien en dehors de nos frontières. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Diam Min Tekky a-t-il un rôle à jouer dans l’unité nationale puisque vous êtes des leaders d’opinion ?

 

Mar de Diam Min Tekky : Parfaitement et comme tout bon citoyen épris de paix. Toutefois, il serait fallacieux de penser que les choses qui sont à l’origine de ce que nous vivons ont bougé d’un iota. Des choses se sont passées ! Là-dessus, il faut qu’on éclaircisse notre lanterne. On dépend du passé pour mieux vivre le présent. Pourquoi, à l’école, on nous dit que l’indépendance de la Mauritanie, c’est le 28 novembre ? NON. On ne va jamais oublier le passé. Ceci dit, nous ne sommes pas contre l’unité nationale. Mais, pour que cette unité existe, il faut que les cœurs soient rassurés.

 

Le Rénovateur Quotidien : Diam Min Tekky est connu pour son engagement. Cela ne vous a pas valu une certaine mise à l’écart ?

 

Mar de Diam Min Tekky : Si ! Mais, nous sommes là pour le peuple. Si, nous étions là pour nous-mêmes, ce serait autrement. Pendant les élections, les politiciens viennent nous voir pour nous proposer des millions pour qu’on fasse des chansons pour eux. Ils savent qu’il y a un public derrière nous. L’argent ne nous épate pas. En plus, cela ne nous effraie pas de savoir qu’on nous surveille comme du lait sur du feu.

 

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 18:55

MONZALe Rap mauritanien souffre, c’est sans nul doute. Il souffre de médiatisation. Les canaux de distribution et de diffusion font terriblement défaut. Et pourtant ! Dieu sait que le talent est là. Dans l’entretien suivant que j’ai eu avec Monza à propos du Hip Hop en Mauritanie, vous verrez bien qu’il n’est pas du genre à ruminer la vérité.

 

Le Rénovateur Quotidien : Le Rap en Mauritanie a-t-il évolué depuis 10 ans ?

 

Monza : Depuis 10 ans ? Ce qui nous ramène en 1998. Je dirai qu’à partir de cette date, le mouvement Hip Hop en Mauritanie, surtout à Nouakchott, était accès sur les concerts. Il y avait beaucoup de concerts à cette époque. Il y avait aussi le phénomène des boîtes de nuit qui commençaient à apparaître en Mauritanie. Certains rappeurs passaient par ces boîtes pour y faire des prestations. A cette époque, ça bougeait ! Beaucoup plus que par exemple, deux ans plus tard, au moment où les albums ont commencé à sortir. Du moment qu’il y a eu des albums qui sont sortis, je dirai qu’il y a une relative évolution. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Avez-vous une idée des premiers albums de Rap qui ont été sortis par des mauritaniens ?

 

Monza : Le premier album de Rap sorti en Mauritanie, c’est l’album de Papis Kimi (actuellement aux Etats-Unis d’Amérique, Ndlr). Cet album s’intitulait «Mani Zani » avec la participation entre autres de Maxi P sorti en 2000. Ensuite, il y a eu Black à Part qui a sorti «Mine the Man ». En 2004, j’ai sorti «Président 2 la Rue Publik ». C’est à partir de ce moment là qu’il va y avoir de la production musicale purement mauritanienne. C’est le premier projet qui a été entièrement réalisé en Mauritanie. Les albums d’avant étaient enregistrés souvent au Sénégal avec des compositeurs sénégalais. Il y a l’album de Diam Min Tekky (Gonga) qui a été enregistré ici, l’album de Military Underground (Au Secours) et celui d’Ewlade Leblade (Adat’ne).

 

Le Rénovateur Quotidien : Entre 2000 et 2008, il y a eu une floraison impressionnante de groupe de Rap et de rappeurs. Là aussi, on a noté une certaine évolution.

 

Monza : Il y a une nouvelle génération de rappeurs qui arrivent. Parmi ces jeunes rappeurs, je trouve qu’il y a de très bons artistes surtout dans les régions. J’ai rencontré, dans mes déplacements à l’intérieur du pays, des groupes de Rap qui ont un certain niveau et du talent. Dans toute sa totalité, quel que soit l’endroit où on le pratique, ce que j’ai vu me donne une certaine conviction que le Rap a de l’avenir en Mauritanie. Je crois en ce mouvement.

 

Le Rénovateur Quotidien : N’empêche que ce mouvement auquel vous croyez foncièrement patauge. Et, concrètement, que faut-il faire pour que le Rap puisse se développer ?

 

Monza : Aujourd’hui, je peux dire côté structures, en tout cas pour l’enregistrement, nous avons ce qu’il faut pour enregistrer des produits. Pour la duplication et la distribution, on a un problème. Pour la communication, il faut une certaine promotion et une diffusion sur les ondes. Pour la Mauritanie, ce n’est pas encore le cas. On n’a pas de radios qui font passer du Rap. Ni une télévision qui diffuse du Rap. Il y a la TVM Plus qui commence à faire passer quelques clips. Mais, cela pourrait allait au-delà. 

 

Le Rénovateur Quotidien : A votre niveau, vous les rappeurs, avez-vous essayé à faire quelque chose. Il ne s’agit pas tout simplement de vouloir porter la responsabilité sur le dos des autorités comme vous le faites tout le temps ?

 

Monza : Chacun fait selon sa démarche. Il y a des gens qui sont là et qui poireautent un producteur. Il y en a d’autres qui sont là et qui vous disent non en essayant de prendre les choses en mains. A notre niveau, on a essayé d’ouvrir notre propre studio en y mettant du matériel moderne pour pouvoir nous satisfaire d’abord et ensuite satisfaire les autres. «Assalamalekoum Hip Ho Festival » représente par exemple une occasion où les artistes peuvent se produire. Pour la 2ième édition de ce festival, il y aura des rappeurs de différentes wilayas de la Mauritanie qui vont se produire.

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout ceci, c’est bien encourageant. Mais, comment expliquez-vous le fait que les rappeurs ne vendent pas assez bien leurs produits ? 

 

 

Monza : Tout simplement, parce qu’il n’y a aucun réseau de distribution à Nouakchott. Il n’y a pas de points de vente. Il n’y a pas d’endroits spécifiques où le public peut aller  acheter tel ou tel album. Et, pourtant, il y a une manière de faire, en tout cas, c’est la nôtre, c’est d’organiser des concerts et de faire l’entrée avec le CD. Il y a une partie qu’on arrive à écouler. Dès fois, on écoule tout. Cela dépend des groupes ou du public. A partir de là, les CDs sont piratés ou vendus à la sauvette.

 

Le Rénovateur Quotidien : Un autre problème et non des moindres, c’est celui des droits d’auteur. Très peu de rappeurs mauritaniens sont protégés. Sur ce point, qu’envisagez-vous faire ?

 

 

Monza : Les artistes savent qu’il n’y a pas un bureau des droits d’auteur. Certains se disent qu’ils vont se protéger au Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur (BSDA). Je pense que cela ne servira à rien. Le BSDA lui-même n’arrive pas régler les problèmes des artistes sénégalais à plus forte des artistes d’autres pays. Par contre, il y a des structures comme la SACEM (Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique) qui protège les artistes. Elle est à l’écoute de toutes les radios même de Radio Mauritanie.

 

Le Rénovateur Quotidien : Y’a-t-il une concurrence saine entre les rappeurs mauritaniens ?

 

Monza : Artistiquement, je pense qu’il doit y avoir de la concurrence. Cela pousse un artiste à progresser. Lorsqu’il s’agit de concurrence malsaine, d’hypocrisie, de jalousie, ce n’est pas bien. Personnellement, je ne peux même être dans le lot du Rap mauritanien. Je suis un artiste. Point barre. 

 

Le Rénovateur Quotidien : Le Rap Mauritanien peut-il s’exporter ? Et réellement, y’a-t-il des rappeurs mauritaniens qui sont prêts à défendre cette idée ?

 

Monza : En tout cas, pour ma part, je fais de mon mieux pour qu’on arrive à exporter le Rap mauritanien en essayant d’organiser des concerts à l’étranger, de monter des projets à long terme. J’ai participé à un festival qui s’appelle ‘Les Arts croisés’ en France. J’ai été au Palais des Nations Unies à Genève. Je suis au début de mon exportation. Nous avons un projet de chanter la déclaration universelle des droits de l’homme dans plusieurs langues sur un album. Tout ceci, si vous voulez, rentre dans ce cas.

 

Le Rénovateur Quotidien : Certains enregistrements sont de piètre qualité alors que les nouvelles technologies ont fait leur entrée dans la musique depuis belle lurette ?

 

Monza : C’est un manque de compétences. Aujourd’hui, la musique Rap est industrialisée. Donc, tout le monde travaille avec des machines. La machine la plus idéale, ce serait une station Protoolth M Powered pour faire de la bonne musique Rap avec une SP 1200, un sampler Aky 2500, une MPC 2000. Cela demande énormément d’argent. La qualité qu’on a actuellement, c’est une qualité de maquette. Même au niveau de la tonalité et du groove de la musique, ça pose problème. Il n’y a pas de machine de masteurisation aussi.

 

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 18:13

sOYASoya Watt anime avec Abdallahi, Makhou et Pape Diallo l’émission "Chebab" qui passe à la TVM Plus tous les mercredis entre les deux JT de 20h et de 21h 30. Cette émission connaît un succès grandissant auprès des téléspectateurs. Mais derrière ce succès apparent se cache bien une situation délétère presque commune à tous ceux exercent le métier de journaliste ou d’animateur : deux ans de travail sans embauche ni congé.  Dans l’interview suivante, elle répond à plusieurs questions, dont celles relatives à leurs conditions de travail, à la nécessité d’adapter leur émission aux nouvelles exigences de la société mauritanienne, à leur rôle de participer à l’éveil des consciences…

 

Le Rénovateur Quotidien : Comment est-ce que vous élaborez la conception thématique de votre émission "Chebab" qui est très suivi dans les foyers ?

 

Soya Watt : Au tout début du lancement de cette émission, on faisait l’enregistrement à la Maison des cinéastes dirigée par Abderrahmane Ahmed Salam. C’est à la suite d’un coup d’essai de trois mois concluant que les responsables de la TVM Plus ont proposé à que cette émission s’y fasse dorénavant.  Le choix des thèmes se faisait de concert avec Abderrahmane Ahmed Salem. On privilégiait plus les sujets qui touchent directement la jeunesse mauritanienne.

C’est plus tard, lorsqu’on s’est installé à la TVM Plus, qu’on a commencé à diversifier nos thèmes. Chaque semaine, nous abordons un nouveau sujet d’ordre social, économique, culturel, politique... On descend sur le terrain pour faire nos reportages, nos recherches sur le sujet qu’on devra aborder la semaine. A notre retour au studio, on fait le montage et les derniers réglages.

 

Le Rénovateur Quotidien : Votre travail s’effectue-t-il dans de bonnes conditions ?

 

Soya Watt : Pas du tout ! Nous enregistrons parfois nos émissions dans des conditions assez difficiles. Nous faisons parfois des plateaux sans reportages. On a souvent des problèmes de caméra, de montage. En conséquence, on ne pourra pas montrer les éléments de notre reportage à nos téléspectateurs. Dans de pareilles circonstances, on est obligé de rediffuser.

 

Le Rénovateur Quotidien : Et souvent, vous en abusez. C’est dû à quoi ?

 

Soya : Les rediffusions sont dues à des problèmes techniques et matériels. Par exemple, lorsqu’il y a de grands évènements, on éprouve toutes les peines du monde à ce qu’on nous disponibilise une caméra. On peut rester de 9 heures à 14 heures à attendre... Les problèmes de micro, de cameras sont récurrents. Il nous arrive aussi de faire le pied de grue en vain. Dans ce cas, on sera obligé de rediffuser l’une de nos émissions précédentes. C’est indépendant de notre volonté !

 

Le Rénovateur Quotidien : Comme son nom l’indique, votre émission est un programme qui s’adresse d’abord à la jeunesse. Mais, aujourd’hui, celle-ci ne semble plus s’y retrouver. Que répondez-vous ?

 

Soya Watt : On a fait beaucoup d’efforts pour améliorer la conception thématique de notre émission. Et, dire que la jeunesse mauritanienne ne semble pas se retrouver dans notre programme, c’est se tromper de route. Puisque, malgré nos faibles moyens, nous essayons tant bien que mal d’aller à la rencontre des populations et notamment des jeunes pour mieux comprendre leurs préoccupations. On n’est pas là pour apporter des solutions. On est là pour susciter juste le débat, attirer l’attention sur certaines choses que les mauritaniens vivent. Nous demandons juste l’indulgence des gens et qu’ils comprennent surtout que ce n’est pas une sinécure. Nous exerçons parfois notre métier dans des conditions peu amènes. Aujourd’hui, l’émission "Chebab" a une côte d’audience très importante. La preuve, c’est qu’elle est même regardée par des grandes personnes. Ce programme à la fois éducatif, culturel, social…est un programme inclusif et rassembleur, une émission qui reflète toutes les composantes communautaires du pays. Nous avons fait de nombreuses émissions qui abordent les difficultés de la jeunesse mauritanienne. Nous sommes en train de concevoir un nouveau rubriquage de notre émission pour mieux nous rapprocher de la jeunesse mauritanienne. On fait de notre mieux malgré les anicroches par-ci et les crocs-en-jambe par-là. Les idées ne manquent pas. Ce sont les moyens qui ne suivent pas.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous arrive-t-il parfois de cogner parfois sur le laxisme des pouvoirs publics ?

 

Soya : Oui ! Par exemple, récemment, on a évoqué les difficultés que rencontre la musique mauritanienne. Certains font endosser cette responsabilité sur le compte de l’Etat. Certes, les pouvoirs publics ont une part de responsabilité dans cet échec. Mais, aussi, nos artistes ne peuvent pas être déculpabilisés. Et pourquoi ne se mobilisent-ils pas pour montrer vraiment leur ras-le-bol, se faire entendre ?  

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 20:51

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Ethmane Mohamed Vall Kbeydich, la cinquantaine, est un homme de culture. Cet homme est un administrateur au niveau de la commune d’El Mina en tant que chef du service technique. Il faisait partie de la délégation accompagnant l’Union Kajamoor des Ressortissants Casamançais en Mauritanie (UKRCM) qui s’est déplacé du 22 au 25 avril dernier à Ziguinchor pour assister au 1ier festival des cultures urbaines et danses traditionnelles. Entretien.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez assisté au festival international de Ziguinchor qui s’est déroulé du 23 au 25 avril dernier. Quelle appréciation en faites-vous ?

 

Ethmane Mohamed Vall Kbeydich : C’est la première fois que j’arrive à atteindre cette contrée lointaine du Sénégal bien qu’étant né à Saint-Louis du Sénégal où j’ai grandi et fait mes études. J’ai été réellement ému par un peuple de grande hospitalité et de très grand caractère. Je félicite Abdoulaye Baldé qui a eu l’idée de préparer ce festival qui a permis à certains peuples voisins du Sénégal ayant de longues relations séculaires d’échanger et de mieux se connaitre.

 

Le Rénovateur Quotidien : La Mauritanie peut-elle s’inspirer du festival international de Ziguinchor, pour éventuellement, organiser une grande manifestation culturelle allant dans le sens de la consolidation de l’unité nationale et de la mise en exergue de sa diversité culturelle ?

 

Ethmane Mohamed Vall Kbeydich : Peut-être, oui, dans le domaine de la diversité culturelle. Au sujet de l’unité nationale, elle est en train d’être consolidée. Il y’avait un problème relatif passif humanitaire.  A ce niveau, il y’a eu un début de règlement. Le régime actuel déploie tous les efforts afin qu’il y’ait une entente entre les différentes communautés qui composent la Mauritanie. Il est dans l’intérêt de tous de mettre de côté les querelles intestines et chauvines pour construire le pays. Cela sous-tend qu’il faut mettre des hommes à la place qu’il faut, capables de gérer ce qu’on leur confie. Je souhaite dans l’avenir que la Mauritanie ait ce genre de manifestation culturelle qu’elle soit intermaghrébine ou interafricaine. Nous sommes un trait d’union entre l’Afrique subsaharienne et le monde maghrébin. Il est nécessaire qu’il y’ait des échanges culturels entre les différents peuples. Cela permet de mieux consolider nos relations.

 

Le Rénovateur Quotidien : La mairie de Ziguinchor est aujourd’hui dirigée par Abdoulaye Baldé, initiateur du festival international de Ziguinchor. On soutient qu’il aurait des origines guinéennes. Son cas peut-il se reproduire un jour en Mauritanie où un fils d’immigré peut se retrouver maire de la ville de Nouakchott, de Nouadhibou ou d’Atar par exemple ?

 

Ethmane Mohamed Vall Kbeydich : Je ne suis pas un devin pour prédire une telle situation. Toutefois, j’apprécierai que la chance puisse un jour parvenir à faire un fils d’immigré qu’il soit guinéen, malien, marocain, sénégalais, algérien un maire d’une ville mauritanienne. Dès l’instant que ce dernier est de nationalité mauritanienne et conformément au code de la nationalité, il est comme tous les autres citoyens du pays ; les mêmes inégalités de chance lui sont ouvertes. Je pense que cela peut bien arriver un jour parce que nous sommes dans un processus de mondialisation et chaque jour qui passe, ce sont de nouveaux horizons qui s’ouvrent devant nous. On est obligés de suivre le rythme de la démocratisation, de l’évolution des droits de l’Homme et du respect des libertés publiques.

 

Le Rénovateur Quotidien : Derrière ces vœux pieux, croyez-vous que les mauritaniens sont aujourd’hui prêts à accepter de voir un fils d’immigré les diriger ?

 

Ethmane Mohamed Vall Kbeydich : Les mauritaniens sont de différentes composantes. Ils ne peuvent accepter que ce que leur constitution qu’ils ont votée leur exige. Prenons l’exemple de la question de l’arabité qui a fait couler beaucoup d’encre. Mais, tout le monde avait voté en faveur du oui pour la constitution de 1992. Personnellement, je n’ai pas voté pour cette constitution. Car, j’ai senti dans cette constitution, des vices de fond. La langue arabe, en tant que langue officielle, tout le monde l’avait voté. Mais, ce n’est pas cela la réalité du problème. La langue française a toujours existé ; elle a toujours été prônée comme une langue de travail et nous la parlons jusqu’à nos jours. Il est vrai qu’au milieu de nos frères négro-mauritaniens, il y’en a qui maitrisent l’arabe mieux que nous. L’arabe, c’est la langue de notre religion.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye NDIAYE

 

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 22:02

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Des musiciens bassistes comme Ousmane Touré, la Mauritanie en compte peu. Il a basculé dans la musique à l’âge de vingt ans. Durant 10 ans, il a travaillé à la Société Nationale d’Industrie et des Mines (SNIM) en tant qu’hydraulicien. A Zouerate, il va intégrer le Tiris-Zemmour Band. En 1997, il démissionne de la SNIM et rentre à Nouakchott. "Mon but était de partir aux Etats-Unis d’Amérique", explique-t-il. Mais, le destin en décidera autrement. En 1997, il est sollicité par Guéladjo Bâ pour mettre sur pied Kodé Pinal d’Ousmane Gangué. A la même période, Malouma Mint Meidah le sollicite pour une tournée. Depuis, ils ne se sont plus quittés. Ce qui, pour autant, ne l’a pas empêché de faire bénéficier à d’autres artistes comme Noura Mint Seymali ou des groupes de rap comme Diam Min Tekky sa riche expérience. Doté d’une culture musicale allant de la musique africaine, au Jazz en passant à la Soul Music et au Rhythm and Blues, Ousmane Touré a de quoi émerveiller plus d’un.

 

Le Rénovateur Quotidien : On constate aujourd’hui l’émergence de nouvelles figures sur la scène musicale mauritanienne. Une telle situation peut-elle apporter un plus à la musique mauritanienne ?

 

Ousmane Touré : Je pense que l’émergence de nouveaux artistes ou de groupes de musique constitue sans doute un plus pour la Mauritanie. Cependant, les artistes qui veulent émerger se heurtent souvent à des problèmes de moyens. Il est de notre devoir parfois, en tant que musicien, de les aider sur le plan moral, théorique et pratique en jouant ou proposant  des arrangements. On a une musique traditionnelle très riche. J’estime qu’il nécessite tout simplement qu’on l’améliore en l’auscultant et voir ce qu’on peut en rajouter.

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Au regard de la trajectoire de la musique mauritanienne, peut-on dire qu’il y a espoir de la voir rivaliser avec les autres musiques de la sous-région plus cotées à l’extérieur ?

 

Ousmane Touré : Le problème n°1 des musiciens mauritaniens, c’est qu’ils n’approfondissent pas leur  musique. Ils ne cherchent pas à s’ouvrir aux autres styles de musique et voir comment ils peuvent faire une synthèse de leur musique et de celle des autres. Il faut qu’il y’ait un pont entre leur musique et la musique occidentale en vue de la fusionner et de la faire accepter à l’extérieur. Il ne s’agit pas que de jouer uniquement de la musique traditionnelle. Sinon, certains vont apprécier, d’autres non. Il suffit de métisser notre musique et chacun y trouvera son compte. On peut enrichir notre musique traditionnelle sans l’altérer. C’est un travail qui demande beaucoup de recherche.

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est un fait indéniable que la musique mauritanienne est très riche et variée. Pour autant, elle a dû mal à s’imposer. Sur qui faut-il porter la responsabilité ? Sur les musiciens ou sur les autorités en charge de la Culture ?

 

Ousmane Touré : Au début des années 70, on a envoyé des mauritaniens en Guinée Conakry pour y subir une formation dans le domaine musical. Ils sont revenus et ont mis en place l’Orchestre National en plus de celui de la Garde Nationale. Ces personnes étaient des fonctionnaires. Après le boulot, ils se retrouvaient pour jouer de la musique. Ils étaient salariés et du coup ils ne vivaient pratiquement pas de la musique. A la fin des années 70, ils n’ont pas évolué avec le temps. Ils sont restés figés sur leurs acquis et n’ont pas voulu suivre l’évolution de la musique. Il n’y a pas eu une politique culturelle pour promouvoir la musique. C’est pour cette raison qu’on est en retard par rapport aux autres pays de la sous-région. Après, il y a eu une cassure : des groupes ont commencé à se former timidement mais en se débrouillant tout seul. Ils n’ont pas eu le temps de profiter de l’expérience de la première génération. Comme les précurseurs de la musique mauritanienne avait stagné dans leurs recherches, les nouveaux venus étaient désorientés et mal encadrés. Ceux qui avaient la chance d’être mélomanes en écoutant et suivant l’actualité musicale ont évolué.

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Vu la situation actuelle de la musique mauritanienne, peut-on s’attendre à ce que la nouvelle génération de musiciens vit les mêmes conditions que celles vécues par leurs ainés ?

 

Ousmane Touré : Je suis optimiste car je vois de plus en plus de groupes émerger. Peut-être ce qui reste, c’est d’insister sur leur professionnalisation. Comme partout dans le monde, un musicien doit se professionnaliser. Ce que nos aînés ne comprirent pas. Notre ministère de tutelle ne fait aucun effort dans ce sens pour les orchestres modernes. On fait souvent l’amalgame entre griot et musicien. Ceux qui sont au niveau du ministère n’ont pas une certaine vision de la musique moderne. Les griots bénéficient des faveurs de la part du Ministère alors qu’à l’étranger ils ne représentent rien du tout pour la Mauritanie. C’est cet esprit qui mine l’évolution de notre musique. S’y ajoute également l’absence de manifestations culturelles.

 

Le Rénovateur Quotidien : Au Cuba, on retrouve la salsa ; au Sénégal, le Mbalax ; aux Etats-Unis d’Amérique, le RnB. Est-il possible en Mauritanie d’avoir un style musical où tout le monde se reconnaîtra ?

 

Ousmane Touré : C’est techniquement possible car il y a des gammes pentatoniques (mineures ou majeures) qu’on retrouve un peu partout de l’Ethiopie au Sénégal en passant par le Cameroun et le Tchad. Le blues, la musique Peul, maure, le Wassoulou…sont dérivées de ces gammes. Toutefois, il est un peu difficile à la Mauritanie d’avoir un style particulier à cause de la diversité ethnique et musicale.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye NDIAYE

 

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