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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 20:07

Athie-Mohamed-El-Michry.JPGL’Association "Empreintes Culturelles" est une association qui favorise la promotion des arts et de la culture ainsi que la préservation et la valorisation du patrimoine culturel mauritanien sous tous ses aspects. Nous revenons, avec un de ses membres en la personne de Athié Mohamed El Michry, sur cette association qui vise la promotion et la préservation du patrimoine, la recherche et la collecte des textes écrits ou parlés et la constitutions d’un fonds poétique mauritanien.

 

Le Rénovateur Quotidien : Les mauritaniens s’intéressent-ils vraiment à la poésie et à leur poésie de manière particulière ?

 

Athié Mohamed El Michry : (Il sourit d’abord) Excusez-moi ! Votre question ne me fait pas rire. En fait, je crois que tous ceux qui connaissent ce pays ou ceux qui ne le connaissent pas mais qui en ont entendu parler ont dit que la Mauritanie, «C’est la Terre des Hommes », «C’est le pays d’un million de poètes ». Quand on est de ce pays - ce pays qui est un trait d’union entre le monde arabe et le monde africain où pratiquement toutes les deux civilisations se retrouvent -, on ne peut pas ne pas s’intéresser à la poésie. Je crois que dans tous les milieux  mauritaniens - arabophone, poularophone, soninképhone ou wolophone -, les gens aiment bien la poésie.

 

Le Rénovateur Quotidien : Tout à l’heure, vous disiez que la Mauritanie est "le pays d’un million de poètes". Est-ce qu’elle l’est toujours ?

 

Athié Mohamed El Michry : Vous savez, la poésie c’est comme la musique. Je dirai quelque part que c’est un militantisme. Lorsqu’on est poète, on l’est, on le reste. On ne dit pas : ‘j’étais poète’ ou ‘j’étais un artiste’. Non ! C’est comme le scoutisme. On est poète à vie. On est artiste à vie. D’ailleurs, on ne peut pas faire la différence entre l’art et la poésie.

 

Le Rénovateur Quotidien : Malgré tout ce que vous êtes en train de soutenir, on a constaté néanmoins de plus en plus un désintéressement des mauritaniens de la poésie. N’avez-vous pas peur que ce trésor ne se perde ou disparaisse faute de transmission ?

 

Athié Mohamed El Michry : Les mauritaniens ne sont pas désintéressés à la poésie. Ils ne sont pas mis dans des conditions où ils peuvent exprimer ce qu’ils ressentent. C’est une question d’espace. C’est une question de politique. C’est une question d’orientation. C’est des choix qu’il faut faire. Nous sommes un peuple nomade. Nous sommes des bergers, des pasteurs, des agriculteurs et nous aimons beaucoup les grands espaces. Ce qui se passe aujourd’hui est triste. C’est à dire qu’on ne crée pas les conditions. Il n’y pas un espace où les artistes, les écrivains, les génies créateurs mauritaniens peuvent s’exprimer.

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela est dû à quoi. Est-ce dû à un manque de volonté politique à votre avis ?

 

Athié Mohamed El Michry : Non, je ne crois pas. La volonté politique : oui. Mais le drame de ce pays, ce sont d’abord nos intellectuels. Les mauritaniens sont extrêmement intelligents. Lorsqu’un mauritanien est en dehors de son pays, les gens se rendent compte de son intelligence. Mais le problème maintenant : qu’est-ce que le gouvernement fait pour ces génies mauritaniens qu’ils soient artistes, politiciens ou journalistes.  C’est vrai : les mauritaniens sont des génies mais on ne les a pas crée des conditions. On accorde plus d’importance à l’aspect mercantile. Le mauritanien vit pour le présent !

 

Le Rénovateur Quotidien : La poésie mauritanienne a connu un grand rayonnement. D’ailleurs, c’est elle qui a fait connaître notre pays. Qu’en est-il aujourd’hui ?

 

Athié Mohamed El Michry : Je profite de cette occasion pour féliciter Ould Taleb. Il y a eu ce concours de poésie dans le monde arabe. Personne n’en a jamais entendu parler ! Il a fallu que Mohamed Ould Taleb soit parmi les derniers nominés pour qu’il y ait de la récupération. Il y a deux ans, pour la première fois, le ministère de la Culture a organisé le Festival International de la poésie. Il faut le faire à chaque fois. Cela veut dire qu’il nous faut une politique militante, un engagement de l’Etat et du Ministère de la Culture. Ces poètes en herbe, il en existe. Ils sont dans les écoles fondamentales, les lycées, les campements. Il faut faire des compétitions artistiques et culturelles mais surtout créer des espaces culturels où les gens peuvent s’exprimer.

 

Le Rénovateur Quotidien : Certainement, vous avez applaudi lorsqu’on a institué le prix de la poésie. Justement, qu’en pensez-vous ?

 

Athié Mohamed El Michry : Je l’ai applaudi mais je suggère aussi qu’il ne soit pas l’apanage seulement du ministère de la Culture. Il faudrait que chaque maire, chaque élu, ait dans sa politique, une politique culturelle. L’Etat, c’est un tout. Lorsque l’Etat crée dans son organigramme un ministère de la Culture et des Arts, c’est qu’il a une vision sur ce qu’il veut faire. L’institution, c’est l’institution. Maintenant, ce sont les hommes qui sont dans cette institution qui doivent redynamiser cette institution. Aujourd’hui, nous sommes dans un contexte de dialogue, dans un contexte de mondialisation, nous devons poussons l’Etat à aller vers ce que nous voulons.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vers quoi par exemple ?

 

Athié Mohamed El Michry : Par rapport à nos besoins. Amenons l’Etat à répondre à nos besoins. Je suis un cadre du ministère de la Jeunesse et des Sports mais je peux travailler dans le domaine des Arts et de la Culture. Aujourd’hui, les maisons des livres font partie du patrimoine institutionnel du ministère des Arts et de la Culture. Il n’y a pas une Moughataa ou une wilaya, où il n’y a pas ces maisons de livres. Il faut aller vers ces maisons de livres. Il faut les animer. Il faut que nous ayons des hommes qui se spécialisent et s’intéressent  à la Culture. Des journalistes comme vous pour diffuser. On a le temps de chercher de l’argent. Pour le moment, il faut que les gens sachent que dans le contexte dans lequel nous sommes, nous avons besoin que ce pays soit connu à l’étranger par le biais de ses artistes, de ses intellectuels, et de sa jeunesse. Il faut redynamiser, il faut revaloriser la jeunesse mauritanienne à travers des activités artistiques et culturelles. Il faut que le ministère de l’Education nationale revalorise cet aspect dans ses programmes.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous pensez donc qu’on n’accorde pas assez de crédit aux activités culturelles et artistiques en Mauritanie ?

 

Athié Mohamed El Michry : La Culture est essentielle dans notre pays. On ne peut pas vivre de la nostalgie. L’Islam, c’est une religion. Ce n’est pas l’apanage de la Mauritanie. Elle appartient à la communauté universelle. Le Coran appartient à tout le monde. Mais chaque peuple, chaque communauté, a ses usages, ses traditions, sa façon de vivre. La manière dont nous vivons ici, ce n’est pas la même chose que celle en Arabie Saoudite. Ce n’est pas la même avec celle du Nigeria. La Culture, c’est plus que ça.

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est par rapport à tout cela que vous avez décidé de mettre en place "Empreintes Culturelles"?

 

Athié Mohamed El Michry : Quoiqu’on dise, ce pays est très bien positionné. Aujourd’hui, nous avons des relations exceptionnelles avec l’Espagne. On ne peut pas parler des almoravides sans penser à l’Espagne. On ne peut pas parler de l’Andalousie sans penser à la Mauritanie. Le fanion de l’équipe de Bastia, c’est la tête d’un maure. Lorsqu’on parle de Chinghetty, on parle de la culture arabe, de la culture maure. Lorsqu’on parle de Koumbi Saleh, c’est la culture négro africaine. Lorsqu’on parle de l’empire de Macyna, c’est la culture peule. Tout ça se retrouve en Mauritanie. Quand on parle d’ «Empreintes Culturelles », ce n’est pas par hasard que nous avons pris cette dénomination. Ce pays est un tout : l’Afrique est là, le monde arabe est là.

 

Le Rénovateur Quotidien : Si vous aviez quelque chose à dire au Ministre de la Culture et de la Communication, ce serait quoi ?

 

Athié Mohamed El Michry : Je lui dirai tout simplement de permettre aux artistes de s’exprimer. Que le ministère accompagne les initiatives culturelles ! Il ne revient pas au ministère d’organiser, d’orienter, d’exécuter et d’appliquer des programmes artistiquement.

 

Le Rénovateur Quotidien : Quelles sont les perspectives d’ "Empreintes Culturelles" dans l’immédiat ?

 

Athié Mohamed El Michry : Je n’ai jamais été pessimiste parce que j’ai la foi. Ce pays, quoiqu’on dise, sortira grandi dans les dix prochaines à venir. Nous ne devons que les autres à travers leurs télévisions diffuser une partie de nous-mêmes. Il faut qu’aujourd’hui que le halpoular sache ce que c’est que la culture soninké. Que celui du Nord sache ce que c’est que la culture du sud ! Le mauritanien lambda non-politique n’a pas de problème d’unité. Je pense que le problème revient à ces hommes politiques, à ces intellectuels qui font de la manipulation.  Le peuple mauritanien en lui-même dans son essence, son terroir, son fond, n’est pas divisé. Mais je pense qu’aujourd’hui, il faudrait que les gens se connaissent, se découvrent et la poésie, les arts sont la forme la plus pacifique pour rapprocher les hommes.

 

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

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Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Le Grand Entretien Exclusif
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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 14:45

Med_Hondo.jpgAdulé et révéré à l’étranger, Med Hondo qu’on a extirpé de son silence l’est moins davantage dans son propre pays, la Mauritanie. Comme de nombreux mauritaniens, il a décidé de vivre à l’étranger non résignation. Celui qui a fait flotter son drapeau national dans des festivals internationaux de plusieurs capitales du monde et qui s’apprête à sortir un nouveau film intitulé "Le premier des Noirs: Toussaint Louverture" soutient dans cette interview qu’"il n’y a jamais eu de divorce" avec son pays "mais l’impossibilité de pouvoir y travailler". Explications.

 

Cridem : Comment vivez-vous le fait d'être un cinéaste mauritanien mondialement connu mais ignoré chez lui?

 

Med Hondo : Cela vient du fait que la grande majorité des mauritaniens ignorent la réalité de mon travail, encore davantage mes films. Il n’existe pas en Mauritanie de système de diffusion audiovisuel et la télévision nationale ne programme que des films d’un même "genre"…En tout cas pas les miens ni ceux d’autres cinéastes mauritaniens et africains. Plusieurs articles me concernant, parus dans la presse mauritanienne, principalement dans le " calame", n’ont intéressé que les intéressés !

 

Cridem : La Mauritanie s'est engagée dans une nouvelle ère de gouvernance et de démocratie. Peut-on s'attendre de vous que vous reveniez au pays en vue de participer à sa marche et sa construction?

 

Med Hondo : Je ne suis pas porté sur l’auto-satisfaction, mais parfois il faut mettre les points sur les i et informer ceux qui le souhaitent. Il y a plus de 30 ans, j’ai fait flotter le drapeau national dans des festivals internationaux de plusieurs capitales du monde…lorsque le nom Mauritanie était inconnu ou se confondait avec l’île Maurice (Mauritus). A preuve lorsque j’ai reçu en 1972 le prix des "droits de l’homme" à Strasbourg au nom de l’île Maurice.

 

Il y a plus de 20 ans, j’ai rencontré à trois reprises et projeté à la présidence, l’un de mes films à un certain chef d’état que j’ai essayé de convaincre de l’urgente nécessité de créer un centre culturel et audiovisuel national !

 

Avec trois cinéastes mauritaniens et un journaliste réputé, nous avions établi et déposé à la présidence une étude, relative à la création de ce centre.

 

J’ai moi-même fait établir par un architecte mauritanien, un schéma de cette structure que j’avais intitulé : "La Maison des Films Africains et Arabes". Elle fût approuvée à l’époque par le ministre des finances en attendant l’obtention d’un terrain par la Socogim. Hélas, j’ai patienté plusieurs années en ne voyant rien venir ! Mais je suis ravi que d’autres cinéastes aient repris le flambeau !

 

Tout ceci pour dire que j’ai toujours fait mon possible pour participer à la marche et à la construction de mon pays…sans qu’on me le demande ! Je considère que c’est le minimum que je puisse faire.

 

 

Cridem : La Mauritanie, votre pays, a connu des coups d'Etat, l'esclavage, des exécutions extra-judiciaires...Mais, on ne vous a jamais entendu se prononcer sur ces questions. Pourquoi cette réserve et cette absence d'engagement de votre part?

 

Med Hondo : Vous n’êtes pas bien informé !!! Concernant les maux et les tragédies dont vous parlez, j’ai pris ma part de responsabilité dans la stigmatisation et la dénonciation de ces crimes, à titre personnel et dans mes films. Les principaux impliqués et beaucoup de mauritaniens vous le diront.

 

Cridem : Ces dernières années, votre pays a connu l'émergence de nouveaux seigneurs de l'image, de nouvelles têtes dans le domaine du cinéma. Que peuvent-ils espérer de votre part?

 

Med Hondo: Il n’y a pas à ma connaissance de "seigneurs de l’image" dans le monde, mais des artistes à plusieurs niveaux de conscience qui s’engagent auprès de leur peuple ou qu’ils le trahissent. Quant aux nouvelles têtes dans le domaine du "cinéma national", je ne peux que leur prodiguer encouragement et persévérance, car ils ont choisi le plus aléatoire et difficile métier du monde et de surcroît le plus dispendieux.

 

Cridem : Depuis que vous êtes parti, vous n'êtes plus revenu. Qu'est-ce qui expliquerait cet acte de divorce avec votre pays?

 

Med Hondo : Il n’y a jamais eu de divorce avec mon pays… mais l’impossibilité de pouvoir y travailler !!!

 

Cridem : Votre retour ou si vous voulez votre installation en Mauritanie, y pensez-vous. Est-ce que c'est un scénario qu'on peut envisagez?

 

Med Hondo: Je n’ai pas eu d’autres choix que celui de "l’immigration permanente". Et je reconnais que je ne suis pas le seul mauritanien…laissé au bord du fleuve…

 

Cridem : Votre prochain film s'intitule "Le premier des Noirs: Toussaint Louverture". Alors, à quand un film sur la Mauritanie ou sur un de ses illustres fils?

 

Med Hondo : Parmi plusieurs projets sur la Mauritanie, il y en a un qui me tient particulièrement à cœur et que je souhaiterais réaliser juste après Toussaint, c’est : Al Asmaa Al Moutaghayira (les noms qui changent) du grand poète mauritanien : Ahmedou O Abdelkader, d’après une adaptation d’ Ahmed Salem O. Teh.

 

Cridem : Le 28 novembre prochain, la Mauritanie va célébrer ses 50 ans d'indépendance. Quel jugement avez-vous par rapport à cet évènement?

 

Med Hondo : La naissance de la Mauritanie s’est déroulée dans la douleur  mais aussi dans l’espérance, comme dans tous les états africains ! Il n’y a donc pas d’inconvénient à se remémorer cet événement. Toutefois, j’aurais souhaité pour ma part que l’on profitât de cet anniversaire pour ouvrir le dialogue entre tous les mauritaniens, que de grands débats-critiques s’organisent à travers la nation autour de la question suivante : qu’est-ce qui explique qu’après 50 ans d’ "indépendance", notre pays, sous peuplé, mais d’une richesse potentielle insolente… est encore sous-développé ?

 

Propos recueillis pour Cridem

Par Babacar Baye Ndiaye

 

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 20:46

OUSMANE GANGUEJusqu’à l’extinction du soleil, Ousmane Gangué croit, en toute sincérité, qu’après presque deux années d’absence sur la scène musicale, que les mauritaniens, du moins ses fans, le portent toujours dans leurs cœurs. Retourné en France pour revenir d'ici, un mois, en Mauritanie, en vue de préparer son départ à Dakar, dans le cadre de la troisième édition du "Fesman", Ousmane Gangué a la certitude d'avoir remonté la pente après son grand retour dans son pays. 

 

Tout compte fait, on n'a pas manqué, toutefois, de qualifier son grand retour de non évènement. Mais, lui, ne s'en offusque guère. "Dans la vie, il y'aura toujours des mécontents, des gens stressés. Personne ne peut satisfaire ces gens-là que je considère comme des virus", se moque Ousmane Gangué.

 

"Certains mauritaniens ont l'esprit constipé. Ils ne supportent pas des artistes comme moi. Ils ne savent pas apprécier les artistes à leur juste valeur. Il y'a des gens qui ne m'aiment pas, qui ne pensent qu'à me nuire, qui me détestent parce que leurs femmes m'apprécient. Ce n'est pas une raison de me vouer aux gémonies", poursuit-il. Dans l’entretien suivant, il dégage également en bloc tout soutien à Mâaouiya Ould Sid’Ahmed pendant qu’il était Président de la République.

 

Cridem : On dit de vous que vous êtes un artiste à l'état pur. Mais, lorsqu'on se penche sur votre carrière musicale, on reste sur sa faim. Qu'est-ce qui manque, aujourd'hui, à Ousmane Gangué pour être à l'image d'un Baba Maal, Koffi Olomidé, Salif Keita, Tiken Jah Fakoly, Youssou Ndour...?

 

Ousmane Gangué : Il me manque juste le soutien du public mauritanien. Sans cela, il me serait très difficile de prétendre au même statut que ces artistes-là dont vous faites allusion. Les artistes mauritaniens sont de plus en plus démotivés à cause de cette absence de soutien de la part des mauritaniens qui préfèrent se gargariser des chansons venues d'ailleurs.

 

Il ne faut pas perdre de vue non plus que Baba Maal, Koffi Olomidé, Salif Keita, Tiken Jah Fakoly, Youssou Ndour...ont commencé à faire de la musique depuis plus d'un quart de siècle. Au-delà de ma personne, tous les artistes mauritaniens ont besoin d'être encouragés notamment par les pouvoirs publics. Les Mauritaniens, croyez-moi, sont un peuple qui n’essaye pas de susciter l'excitation chez ses artistes.

 

Cridem : Aujourd'hui, on entend de plus en plus que vous êtes devenu l'ombre de vous-même après votre départ en France. Est-il vrai que vous n'avez plus rien à prouver aux Mauritaniens?

 

Ousmane Gangué : C'est leur point de vue. Cependant, il ne faudrait pas qu'ils omettent non plus que je vienne d'amorcer ma carrière musicale. Je le rappelle encore à ceux qui ne le savent pas : j'ai débuté la musique à partir de 1996. Aujourd'hui, sans me jeter des fleurs, je suis un artiste de carrure internationale et je crois que je l'ai prouvé à Bercy ou dans des grands festivals.

 

Mais, néanmoins, j'ai toujours eu la tête sur les épaules. Je n'oublie pas que j'ai encore du chemin à faire pour s'imposer non pas en Mauritanie, car c'est déjà fait, mais sur le plan international. La notoriété et le succès que je traîne avec moi aujourd'hui est le résultat d'un travail sérieux fait d'abnégation et de conviction.

 

Et, modestie à part, je peux naturellement revendiquer le titre d'ambassadeur de la musique mauritanienne à l'étranger. Nous sommes dans un pays où il est très difficile de convaincre. Dans d'autres pays, mon talent est attesté et reconnu. Ce qui est loin d'être le cas dans mon propre pays où je suis sans cesse cloué au pilori.

 

Cridem : Vous aviez, à l'époque, soutenu Mâaouiya Ould Sid'Ahmed dans une de ses campagnes électorales. Ce que votre propre communauté ne vous a pas pardonné du fait des souffrances et exactions qu'il lui a fait subir durant son règne. Avec le recul, regrettez-vous de l'avoir fait?

 

Ousmane Gangué: Je ne me dérobe pas derrière mes choix et orientations. Si, c'était à refaire, je le répéterai. Sans remords. Car, je l'ai fait sur invitation du Président de la République qui incarne l'institution la plus importante dans le pays. Ceci est également valable pour Mohamed Ould Abdel Aziz. Donc, de ce point de vue-là, je crois que je n'ai rien à regretter d'avoir chanté pour Mâaouiya Ould Sid'Ahmed Taya.

 

Je vous rappelle, au passage, que je n'étais pas le seul artiste que l'équipe de campagne de Mâaouiya Ould Sid'Ahmed Taya avait sollicité. Elles sont nombreuses ces personnes qui ont bénéficié des largesses de son pouvoir à commencer par les hommes politiques. Cela dit, je ne l'ai jamais soutenu. J'ai toujours soutenu ma poche, ma famille. Je n'ai jamais eu un tête-à-tête avec lui. C'est l'équipe de sa campagne électorale qui m'avait sollicité pour chanter. Point. S'il revenait au pouvoir, à titre d'exemple, beaucoup de mauritaniens se couvriraient de honte sauf moi.

 

Je suis un artiste qui gère un foyer, un groupe. Du coup, si, on me fait appel, je vais répondre favorablement en vue d'exploiter cette opportunité pour gagner de l'argent et gérer mon plan de carrière musicale. Je ne suis jamais allé sollicité quoique ce soit auprès de Mâaouiya Ould Sid'Ahmed Taya.

 

Cridem : Après votre départ de la Mauritanie, il y'a eu l'émergence de nouvelles voix de la chanson Poular dont Saidou Nourou Gaye qu'on dit qu'il est en train de vous supplanter. On soutient même qu'il est devenu votre égal. Cela vous gêne-t-il?

 

Ousmane Gangué : Je suis un artiste qui a déjà prouvé son talent, qui continue à promouvoir la musique mauritanienne en dehors de nos frontières. C'est une évidence. Je n'ai pas forcé pour que les mauritaniens m'admirent. Bien au contraire, j'ai prouvé avant qu'ils ne s'identifient en moi.

 

A l'heure actuelle, je n'ai pas encore vu un artiste de ma trempe en Mauritanie qui peut me talonner. J'ai voyagé, participé à de nombreux festivals. J'ai fréquenté des artistes de renommée internationale. J'ai un carnet d'adresses bien fourni. Grâce à ce que j'ai fait dans la musique, j'ai une bonne image au Sénégal, en France, au Canada, aux Etats-Unis d'Amérique

 

Qu'à cela ne déplaît à certains, celui qui pourra me concurrencer n'est pas encore né. Comme le dit un adage populaire Poular, la chèvre, que cela lui plait ou pas, produit moins de lait que la vache. Certes, Saidou Nourou Gaye a du talent. Mais, je suis désolé de le dire, il ne m'arrive pas à la cheville. Malgré tout ce que les gens sont en train de raconter, il ne peut pas y avoir de rivalité entre nous. C'est un jeune que je respecte beaucoup comme je respecte Demba Ndiaye Ndilane, Ndèye Coumba Dia, Hamady Gawdel Bâ...

 

Cridem : Qu'est devenu Samba Pam qui était votre manager? Et pourquoi vous vous êtes séparés?

 

Ousmane Gangué : Samba Pam, c'est mon ami. Il n'a jamais été mon manager. Je l'ai toujours considéré comme un frère de sang. C'est son père qui me l'avait confié avant qu'il ne décède. Je l'ai considéré, par la suite, comme étant un membre à part entière de ma famille. Ceci dit, cela n'empêcherait pas que je me débarrasse de lui dans l'intérêt de notre relation.

 

Malgré qu'on se soit séparé, on garde toujours de bons rapports. Après l'amour, ce n'est pas la guerre. Pour moi, Samba Pam, c'est du passé. Maintenant, il est permis aux gens de gloser ou de dire ce qu'ils veulent. Entre Samba Pam et Ousmane Gangué, il n'y a rien. Je reconnais qu'il a beaucoup oeuvré pour la réussite de ma carrière musicale. Ce qu'il y'a entre nous deux, c'est quelque chose de très privé. Actuellement, il est en train de manager Saidou Nourou Gaye. Je lui souhaite bon vent!

 

Propos recueillis par Babacar Baye NDIAYE

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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 15:41

TunisianoLe rappeur français d’origine tunisienne, Tunisiano, était la tête d’affiche de la fête de la musique 2010 organisée par le Centre Culturel Français de Nouakchott Antoine de Saint-Exupéry. Mais, cette fois-ci, contrairement à la deuxième édition d’Assalamalekoum Festival International de l’année dernière, il est venu avec Acketo. Ce qui a grandement ému le public. Ceux qui avaient prédit la fin de Sniper vont devoir remuer leur langue dans la bouche. Car, Tunisiano et Acketo ont décidé, sans Blacko, de continuer la belle aventure de Sniper. D’ailleurs, ils sont actuellement en studio pour préparer un album commun qui promet déjà. "On aimerait bien venir le présenter en Mauritanie", a déclaré Tunisiano. Entretien.

 

Le Rénovateur Quotidien : Comme à la deuxième édition d’Assalamalekoum Festival International de 2009, vous étiez encore la grande attraction de la fête de la musique 2010 au CCF de Nouakchott. Vous est-il arrivé de vivre, en l’espace d’une année, cette même expérience dans d’autres pays ?

 

Tunisiano : En un an d’intervalles, venir deux fois dans le même pays, non ? Je ne l’ai jamais fait ! C’est la première fois que je le fais. Et, franchement, je ne m’attendais pas à ce que l’on me fasse revenir. Quelque part, cela veut dire que les gens m’apprécient et qu’ils aiment mon univers musical. Ça me fait chaud au cœur surtout lorsque je vois l’accueil du public et comment les mauritaniens aiment la fête, s’amuser. C’est magnifique !

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce qu’on peut dire à raison qu’entre vous et la Mauritanie, ça commence à ressembler à une histoire d’amour ?

 

Tunisiano : Oui, c’est une histoire d’amour ! En tout cas, avec le public mauritanien, j’espère revenir, pouvoir faire des concerts. Là, on a un nouveau projet qui arrive en fin d’année. Acketo et moi allons faire un album commun. Je ne sais pas si on va l’appeler Sniper mais en tout cas ça va être un album Sniper. J’aimerai bien venir le présenter en Mauritanie.

 

Le Rénovateur Quotidien : Que peuvent espérer aujourd’hui les mauritaniens de votre part sur le plan musical ? Comptez-vous faire quelque chose avec des artistes mauritaniens comme Monza avec qui vous entretenez de bonnes relations ?

 

Tunisiano : Monza m’a fait découvrir son univers musical, il y’a peu de temps. Il m’avait parlé éventuellement de pouvoir poser sur un truc. Je lui ai dit malheureusement que nous sommes déjà sur un album et qu’on avait pris du retard. Je ne pouvais pas m’éparpiller sur un autre truc mais si, éventuellement, à l’avenir, je suis amené à faire une collaboration avec un mauritanien, j’aimerai bien que ce soit avec Monza. Sinon, partir sur un autre registre outre que le rap, si c’est possible. J’adore les voix africaines. Je trouve que ça a de la chaleur, ça fait planer et pourquoi ne pas faire un son avec un chanteur ou une chanteuse mauritanienne. Ça peut être bien.

 

Le Rénovateur Quotidien : Il est vrai que vous êtes français. Mais, aussi, africain de par vos origines tunisiennes. Quel regard portez-vous sur le continent noir dont l’image renvoie souvent, à travers les médias occidentaux, à un continent pitoyable ?

 

Tunisiano : J’ai mes racines qui viennent d’Afrique et ma famille qui vient d’Afrique. Quelque part, je suis attaché du plus profond de moi-même à ce continent. Après, on a beau dire ce que l’on veut, même si je suis en France ou j’ai la culture occidentale, je suis entouré que de personnes d’origines africaines. Autour de moi, il y’a énormément d’algériens, de sénégalais, de maliens…On ne peut pas être déraciné de notre continent. En 2009, c’était ma première fois de découvrir l’Afrique Noire, lorsque je suis venu en Mauritanie. Jusqu’ici, je n’ai fait que la Tunisie et le Maroc. Lorsque je suis venu en Mauritanie pour la première fois, j’ai trouvé les gens plus que chaleureux et j’ai halluciné. J’ai toujours rêvé de jouer en Afrique car je sais qu’ici, les gens aiment la musique, respirent la musique. Il n’y a pas d’artifices. Les gens sont simples et naturels. Cela nous manque en France.

 

Le Rénovateur Quotidien : A un moment donné, Blacko et Acketo, comme vous d’ailleurs menaient des carrières solos. Pour autant, vous êtes resté dans la lignée de Sniper. Pourquoi avez-vous du mal à se détacher de l’esprit de Sniper ?

 

Tunisiano : En fait, pour recentrer le problème, on a fait avec Sniper un album qui s’appelait "Trait pour trait" en 2006. A la suite de cela, il y’a Blacko qui a décidé d’arrêter. Il a dit publiquement qu’il n’avait plus envie de faire du rap. On a respecté sa décision. On conséquence, on s’est retrouvé dans une situation assez complexe. Moi aussi, je me suis dit que je vais faire un album solo. Avec Acketo, je n’ai aucun problème, on se voit, on se côtoie. La preuve, il vient souvent avec moi sur scène. On s’est dit pourquoi on serait obligés d’arrêter l’aventure Sniper à cause d’une personne qui a décidé d’arrêter. Du coup, on se retrouve pris en otage par rapport à ça. On a mis dix ans pour créer une entité qui s’appelle Sniper, un groupe aimé et reconnu. J’ai encore envie de faire de la musique avec Acketo. Lui aussi a envie de faire encore de la musique avec moi. On s’entend très bien. On n’a jamais cessé d’être ensemble. On s’est dit : peu importe les qu’en-dira-t-on, on va faire un album en commun et je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas l’appeler Sniper.

 

Le Rénovateur Quotidien : La nuit de la fête de la musique, Acketo, à la grande surprise du public, est monté chanter avec vous. Cela signifie-t-il que vous vous acheminez vers la reformation de Sniper sans Blacko ?

 

Tunisiano : Oui et en ce moment-là, on est actuellement en studio. On est en train de travailler, Acketo et moi, sur un album commun. On ne va pas trouver un autre nom de groupe. On ne va pas former un autre groupe. C’est nous qui avons, à la base, créé Sniper.

 

Le Rénovateur Quotidien : De plus en plus, de rappeurs finissent par opter le dance hall, le RnB ou le reggae. A ce rythme-là, ne croyez-vous pas que le rap risque de connaître un déclin d’enthousiasme auprès du public ?

 

Tunisiano : Le rap à la base, c’est clair, il a un côté contestataire, révolutionnaire dans l’esprit des gens. Mais, à côté de cela, le rap reste une musique dans son intégralité. J’adore écouter du rap qui peut me faire danser comme du rap qui peut me faire réfléchir. Le rap, à la base aussi, c’est un mariage de soul avec du rhythm and blues, un grand mélange. Pour l’éclectisme, je n’ai pas de problème avec ça. Il y’a des dès fois, dans des morceaux de rap, j’aime bien apporter des sonorités de mon pays. Après, pourquoi pas ne pas apporter des sonorités africaines. Ce n’est pas trop grave que le rap s’ouvre à d’autres styles de musique. Je trouve que c’est de l’intelligence et une avancée pour notre musique.

 

Le Rénovateur Quotidien : Depuis 2008, vous n’avez plus sorti un album. Qu’est-ce qui n’allait pas ?

 

Tunisiano : Ce qui s’est passé, c’est que j’étais en procès avec mon producteur. Il a sorti mon album "Le regard des gens" sans me faire signer de contrat. Aux yeux de la loi, il est dans l’illégalité. En plus de cela, il ne m’a pas rémunéré. Mon album est sort mais, moi, il ne m’a pas payé. Mon album est sorti sous le label "Desh Musique" qui était sensé me signer un contrat. Malheureusement, cela ne s’est pas fait. A la suite, lorsque je leur ai demandé de l’argent, ils ont refusé. Je suis parti en procédure judiciaire. Je me suis séparé du label "Desh Musique". Aujourd’hui, je suis indépendant. Je n’ai pas obtenu justice encore. Cela veut dire qu’il va y avoir des procédures judiciaires qui demandent du temps. Je ne compte pas m’en arrêter là. J’ai fait un album qui a rapporté beaucoup d’argent. Ça me revient de droit que je demande mon dû.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vos textes sont corrosifs. A titre d’exemple, on peut citer "Je porte plainte" extrait de l’album "Le regard des gens". D’où tenez-vous ce tempérament ?

 

Tunisiano : Il y’a un truc qui m’a toujours frappé et qui me frappera toujours : c’est l’injustice de l’homme. J’ai beau regarder des documentaires à la télé, même si moi-même je ne suis pas confronté directement, ça ne me laisse pas indifférent. J’essaie juste de faire entendre à des gens que mon point de vue est de telle manière et que sur certaines choses, il y’a des inégalités.

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel est votre avis sur l’interdiction faite aux femmes musulmanes françaises de porter du voile intégral dans l’espace public ?

 

Tunisiano : Je trouve qu’on en a fait des tonnes. Ils n’ont pas arrêté d’en parler, de le dramatiser. En parlant des femmes musulmanes de cette manière-là, on essaie de nous faire comprendre que les femmes de confession musulmane, c’est des femmes soumises, qui n’ont pas le droit à la parole, qui sont rabaissées, qui ne sont pas libres. À côté de cela, c’est là où je trouve le problème grave, c’est le fait de diaboliser l’Islam. Je respecte tout le monde. Lorsque je vois des juifs en France sortir de la synagogue avec leur tenue vestimentaire, je les respecte idem les chrétiens orthodoxes. Le truc qui m’indigne le plus, c’est qu’en France concrètement, on incite plus les jeunes filles à mettre des strings, des tailles basses, à s’habiller mode sexy mais à la limite du vulgaire. Cela ne choque pas. Une femme qui se couvre la tête ou les cheveux est tout de suite indexée. Quelque part, tout est régi par la politique. Cette question est agitée histoire de faire oublier que les politiques n’étaient pas capables de remonter le pouvoir d’achat, d’arrêter la crise, la délinquance et de faire baisser le chômage.

 

Le Rénovateur Quotidien : L’équipe de France a été prématurément sortie comme en 2002 de la Coupe du Monde de 2010. Qu’avez-vous à dire ?

 

Tunisiano : Je trouve ça pitoyable. Cela faisait un moment que cela dure. Maintenant, il faut se brûler pour se rendre compte que le feu, c’est dangereux  pour ne plus recommencer. J’espère que cela va être le cas. Je pense qu’il a fallu que les joueurs partent la tête basse pour qu’ils se rendent comptent que le Foot Ball, c’est un sport d’équipe avant tout et qu’ils ont beau être dans les plus grands clubs du monde ou toucher les salaires les plus importants d’Europe, ça ne fait pas gagner une équipe. L’équipe française reflète vraiment le système français et la politique française dans lequel on vit. On est dans un système capitaliste. Autrement, chacun marche pour son intérêt. Les joueurs ont cet état d’esprit. Ils sont juste là pour briller, se montrer mais au final, ils ne jouent pas pour l’équipe, ils jouent juste pour leur gueule.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye NDIAYE

 

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 20:27

DSC02314A l’occasion des dix ans de musique d’Ousmane Gangué et de son Groupe "Kodé Pinal", le Rénovateur Quotidien en a profité pour lui poser des questions relatives à sa carrière musicale, de ce qu’il pense de la situation actuelle de la musique mauritanienne et surtout de la nécessité de créer des structures propices à son développement. Et sa position par rapport au coup d’Etat du 6 août 2008. Entretien.

 

 

Le Rénovateur Quotidien : C’est vrai que vous êtes un grand artiste dont le talent ne fait plus l’ombre d’un doute. Toutefois, on a remarqué que vous avez du mal à vous imposer et surtout à investir dans la musique ?

 

Ousmane Gangué : Certes, je suis connu, je fais des tournées internationales. Mais, je le fais avec les moyens du bord. Si, aujourd’hui, la musique de Ousmane Gangué est arrivée à un certain niveau de notoriété, c’est grâce à ma volonté et ma propre abnégation. Sans l’aide de personne ! Si vous jetez un coup d’œil dans le microcosme musical mauritanien, quel est cet artiste qui peut se targuer de vivre dans de très conditions enviables. Comment peut-on investir dans la musique alors qu’il n’y a aucune volonté de faire bouger les vieux réflexes ?

 

Les artistes vivotent. Ils commencent à se décourager parce qu’il n’y a aucune perspective qui se décline devant eux. Il ne faut pas être surpris si certains artistes comme moi prennent leurs claques et leurs cliques pour aller s’installer à l’extérieur. Rien n’a été fait pour que la musique mauritanienne puisse connaître des jours heureux. La preuve, nos prédécesseurs vivent dans des conditions lamentables. Ils n’ont pas réussi à sortir du trou la musique mauritanienne. Notre génération est en train de revivre la même situation. Quoique très difficile, je vais continuer à mener le combat afin de redresser la situation moribonde dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Ma femme est de nationalité française. Je pourrais aller avec elle et vivre en France comme tout le monde. Mais, ce ne serait pas une bonne idée.

 

A mon avis, on doit rester ici et relever les défis relatifs aux problèmes structurels que rencontre la musique mauritanienne. Je préfère demeurer en Mauritanie pour relever le niveau de notre musique. Toutefois, cela demande beaucoup de sacrifices et surtout des structures qui vont épauler la démarche des artistes. Pour que je puisse investir en Mauritanie, il faudrait que j’aie des retombées d’abord au niveau de ma musique. Que la musique que je joue soit écoutée en Mauritanie. Et, surtout qu’on arrête de prendre des griots qui prétendent être des artistes pour les envoyer à de grands festivals internationaux pour y représenter la Mauritanie. Cela ne fait que retarder la musique mauritanienne!

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce que vous en connaissez, comme vous le dites, des griots qui ont été envoyés à l’extérieur pour représenter la Mauritanie ?

 

Ousmane Gangué : Je ne parle pas dans le vide ! Nous avons participé à un grand festival en France alors que nous n’avions même pas encore sorti un album. Cela a ébahi beaucoup de personnes. Nous avons réussi à faire connaître la Mauritanie à travers ce festival. Pour la petite histoire, certaines personnes confondaient la Mauritanie à l’Ile Maurice (Mauritus en Anglais). Pour lever cette équivoque, on a pris une carte pour pouvoir situer la Mauritanie. On avait filmé notre participation à ce festival. Le film, jusqu’à présent, dort dans les tiroirs de la télévision nationale.  Est-ce que cela va nous motiver ? NON !

 

Le Rénovateur Quotidien : A qui la faute ? Le ministère de la Culture ?

 

Ousmane Gangué : Je ne peux pas porter toute la responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture. La Culture est le parent pauvre en Mauritanie. Il y en a certains qui réussissent à s’en sortir. Nous savons tous que la musique mauritanienne va mal. Et pourquoi ? Rares aujourd’hui sont les artistes mauritaniens qui peuvent décrocher des tournées internationales !

            

Le Rénovateur Quotidien : Pour mieux défendre leurs intérêts, des artistes ont mis en place deux structures pour échanger des idées et voir comment ils peuvent faire pour que la musique mauritanienne connaisse des jours heureux. Qu’en pensez-vous ?

 

Ousmane Gangué : Pour vous dire la vérité, ces structures n’ont aucune utilité à mes yeux. Ce n’est pas elles qui vont faire évoluer la musique mauritanienne. Il faut qu’il y ait d’abord de la stimulation et qu’on sente vraiment qu’il y a une main derrière les artistes. Cela ne demande pas grand-chose. Si par exemple, on voit un artiste qui progresse sur le plan musical, qu’on lui attribue des distinctions. Cela va pousser les autres artistes à vouloir faire mieux et à aller de l’avant. Et je vais vous dire une autre chose par rapport à ces structures : elles sont souvent utilisées à des fins saugrenues.

 

Le Rénovateur Quotidien : En fin de compte, la musique mauritanienne n’est-elle pas à l’image du pays, raison pour laquelle elle n’arrive pas à voler de ses propres ailes ?

 

Ousmane Gangué : Effectivement ! Cela dit, nous, les artistes, nous allons continuer à nous battre pour porter la musique mauritanienne aux quatre coins du monde. Nous comptons sur la participation de tous les mauritaniens pour changer la situation.

 

Le Rénovateur Quotidien : A part les rappeurs, les artistes mauritaniens sont timidement engagés. L’actualité de ces derniers jours reste dominé par le Coup d’Etat du 6 août 2008. Peut-on savoir ce que vous en pensez ?

 

Ousmane Gangué : Moi, je suis apolitique ! Je ne suis pas derrière personne. Je suis avec celui qui est là pour œuvrer dans l’intérêt des populations, qui prône la justice et l’égalité. Je suis apolitique !

 

Le Rénovateur Quotidien : La musique mauritanienne est aussi handicapée par l’absence de médias audiovisuels privés. Cette situation vous réjouit-elle ?

 

Ousmane Gangué : Pas du tout ! C’est un secret de polichinelle. Les médias surtout privés sont incontournables dans le rayonnement de toute musique. Nous lançons un appel aux autorités de ce pays de libéraliser le secteur audiovisuel. Cela pourrait changer la situation actuelle dans laquelle se trouve la musique mauritanienne. Sans cela, on sera toujours parmi ceux qui traînent. Et, cela n’est pas bien pour notre pays.

 

Le Rénovateur Quotidien : Les médias publics jouent faiblement leur rôle dans le développement de la musique. Pour pallier à cela, les autorités avaient créé la TVM Plus pour entre autres, favoriser une certaine expression musicale. D’ailleurs, qu’en pensez-vous ?

 

Ousmane Gangué : Je suis leur premier admirateur ! Malgré leurs faibles moyens, ils ont réussi à abattre un énorme travail. Si aujourd’hui, beaucoup de mauritaniens ont commencé à regarder la télé, c’est grâce à la TVM Plus. La télévision est un miroir, un reflet de la société. Les mauritaniens s’identifient à la TVM Plus parce qu’elle a su donner ce que veulent voir les mauritaniens. Si elle continue sur cette lancée, on n’aura plus besoin d’ici peu de temps de regarder les autres télévisions nationales comme la RTS.

 

Le Rénovateur Quotidien : Si on fait un feed back sur votre carrière musicale, on voit visiblement qu’ Ousmane Gangué a beaucoup évolué notamment musicalement. Ce n’est plus non plus la période des vaches maigres. Vous sentez-vous aujourd’hui comblé ?

 

Ousmane Gangué : Pas encore ! La musique, comme tous les métiers, est une carrière avec des hauts et des bas. C’est vrai que nous vivons des fruits de notre musique. Mais, croyez-moi, parfois on a envie de crier : aïe ! Ce n’est pas une sinécure. Il nous arrive souvent de vouloir tout remettre en cause. Les artistes mauritaniens manquent de tout : de spectacles pour se produire, de lieux de distraction…

 

Le Rénovateur Quotidien : Parallèlement à ces problèmes structurels, les artistes mauritaniens n’ont pas un bureau qui défend leurs œuvres.

 

Ousmane Gangué : Personnellement, je n’ai pas ce problème. Mes œuvres sont protégées par le BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur). Ce serait une bonne idée que les artistes mauritaniens puissent avoir une structure capable de protéger leurs œuvres. On nous avait promis, par les autorités, de mettre en place une telle structure. Nous attendons toujours !

 

Le Rénovateur Quotidien : Certains mauritaniens ne comprennent pas toujours pourquoi vous êtes établi au Sénégal. Qu’en est-il exactement ?

 

Ousmane Gangué : Je ne suis pas établi au Sénégal. Je travaille là-bas. Il y a des mauritaniens qui travaillent aux Etats-Unis d’Amérique. C’est pareil pour mon cas. Si j’ai du travail au Sénégal, j’y vais ! Il y a aussi une chose que j’aimerais qu’on sache. J’ai des origines sénégalaises aussi. C’est vrai que je suis un artiste mauritanien. Ce n’est pas dans mon esprit de rester uniquement en Mauritanie. NON !                       

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous représentez à l’image d’autres artistes comme Malouma entre autres la musique mauritanienne sur le plan international. Pensez-vous que la Mauritanie peut rivaliser avec le Mali, le Sénégal, la Cote d’Ivoire qui ont réussi à imposer leur musique hors de leurs frontières ?

 

Ousmane Gangué : On est loin de là. Ces pays-là, contrairement à nous, se sont investis dans le développement de leur musique en mettant les structures qu’il faut. Ces pays-là ont favorisé leurs artistes, leurs traditions et leurs cultures. En Mauritanie, nous avons mis les charrues avant les bœufs. La preuve, les mauritaniens continuent à s’abreuver de leurs musiques. On n’investit pas sur les artistes mauritaniens. On préfère appeler un artiste étranger et lui payer plus d’un million d’ouguiyas que de prendre Ousmane Gangué. C’est là où se situe d’abord le malaise de la musique mauritanienne.  

 

Le Rénovateur Quotidien : A quelques heures de la célébration de vos dix ans de carrière musicale, comment vous sentez-vous ?

 

Ousmane Gangué : Free ! Dix ans de musique, ce n’est pas dix mois de carrière. On célèbre juste les dix ans de mon groupe Kodé Pinal. C’est pour montrer aux mauritaniens que nous sommes sur la scène musicale depuis dix ans. On ne se cantonnera pas uniquement à fêter les dix ans d’Ousmane Gangué et du Kodé Pinal. Ce sera l’occasion pour nous de jeter un regard critique sur la musique mauritanienne. Car, a-t-on remarqué, elle traîne toujours par rapport à celles des pays de la sous-région comme le Sénégal. Nous avons estimé nécessaire de faire une analyse par rapport à l’évolution de la musique mauritanienne.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vos propos laissent apparaître des sentiments d’indignation. Estimez-vous que la musique mauritanienne est au fond du trou ?

 

Ousmane Gangué : La musique mauritanienne patauge. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle a besoin de mains fortes pour sortir de la situation actuelle où elle est. En premier lieu, ce sont les artistes eux-mêmes qui sont d’abord les premiers concernés. Si la musique mauritanienne se développe, ce sera d’abord à leur avantage.

 

Le Rénovateur Quotidien : Quel bilan faites-vous de vos dix ans de musique avec votre groupe Kodé Pinal ?

 

Ousmane Gangué : Sur le plan musical, j’ai beaucoup progressé. Mais, moralement, je ne suis pas satisfait. Un artiste ne vit que de sa musique. Or, la musique mauritanienne sombre de plus en plus dans des difficultés écoeurantes. Le sort de la plupart des artistes est triste et lamentable. Ils ont besoin d’appui pour pouvoir, surtout, progresser. Moi, personnellement, je suis mieux connu au Sénégal qu’en Mauritanie. C’est un contraste ! Les artistes mauritaniens ne représentent rien aux yeux du public. Quand les artistes étrangers viennent jouer en Mauritanie, le public répond massivement. Si c’est un artiste mauritanien, personne ne vient. Il y a problème ! Cela ne participe pas à motiver les artistes mauritaniens. C’est à nous, les artistes, de se ferrailler pour que les mentalités changent et évoluent.

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour revenir à ce problème de notoriété dont souffrent les artistes mauritaniens, j’en prendrai comme preuve votre cas. On a remarqué par exemple, au Sénégal, vous avez réussi à vous imposer. Ce que vous n’avez pas réussi à faire dans votre propre pays. Comment pouvez-vous expliquer cela ?

 

Ousmane Gangué : C’est une situation qu’on a du mal à comprendre. Je pense que c’est dû essentiellement à la mentalité mauritanienne. Les mauritaniens éprouvent un complexe d’infériorité sur le plan musical par rapport aux autres pays qu’ils soient africains ou arabes. Même sur le plan sportif, ils en souffrent. Tant que cet état d’esprit va demeurer, on n’ira pas loin. C’est ce manque de considération qui fait que la musique d’Ousmane Gangué n’a pas réussi véritablement à s’imposer. Le showbiz au Sénégal est rude. Et, pourtant, j’ai réussi à m’imposer. Cela veut dire que la musique d’Ousmane Gangué marche très bien. Le problème est à rechercher au niveau du public et non du coté des artistes.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous avez décidé de fêter vos dix ans de carrière musicale sous le haut patronage de Ahmed Hamza Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott et le parrainage de Baba Maal et Youssou Ndour. Volonté d’impressionner ou simple invitation ?

 

Ousmane Gangué : Pour ce qui est de Hamza, non seulement je le considère comme un maire, mais c’est une personne que j’admire énormément. Je n’ai pas à me dérober. Hamza est un monsieur qui a beaucoup fait pour moi. En retour, je lui dois le minimum de considération et de sympathie. Je n’ai pas froid aux yeux de le dire : c’est grâce à lui que j’ai pu organiser mes dix ans de carrière musicale. Youssou Ndour : je travaille avec son label (Jololi). Ce ne serait pas élégant, si je ne l’avais pas convié à cette fête. Baba Maal, c’est une icône pour moi. Quelqu’un qui a su porter la culture poular à travers le monde. Je le considère comme une idole.

 

 

Le Rénovateur Quotidien : Cela fait presque 3 ans que vos fans attendent la sortie de votre deuxième album. Est-ce que cela est dû à un manque d’inspiration ?

 

Ousmane Gangué : Avec le label de Youssou Ndour, on ne sort pas sur une prise de tête un album. Non ! Ensuite, je ne vois pas l’opportunité ou l’avantage de sortir des albums coup sur coup. A la limite, cela peut lasser les consommateurs. Il y a aussi une chose à comprendre : ce n’est pas la sortie d’un album qui va faire les affaires d’un artiste. La plupart des artistes qui sortent coup sur coup des albums n’ont pas d’orchestre. Je ne suis pas pressé de sortir mon deuxième album. Mon contrat avec "Jololi" va expirer d’ici deux ans. Je verrai si je peux continuer ou non !

 

Propos recueillis par Babacar Baye Ndiaye

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 18:18

tahara mint hembaraTahra Hembara a été l’une des rares artistes mauritaniennes à avoir pris partie contre le coup d’Etat du 6 août 2008. Elle est sans équivoque : " l’avenir de la Mauritanie est en jeu. Et, là, j’estime que je n’ai pas le droit de fermer les yeux ". Actuellement, elle milite au sein du Front National pour la Défense de la Démocratie. C’est par principe, dit-elle, qu’elle le fait pour défendre la démocratie, qui a été confisquée par les militaires. Dans l’interview suivante, elle dénonce, entre autres sujets abordés, l’absence de culture démocratique chez les mauritaniens, qui se laissent manipuler par la cohorte des faux semblants et des faux amis. Comprenez par là tous ceux qui passent leur temps à applaudir. Entretien.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous aviez promis de ne plus vous investir en politique. Mais, depuis le coup d’Etat du 6 août 2008, vous semblez renier cet engagement…

 

Tahra Hembara : C’est simple. Pour moi, la situation actuelle que vit le pays est assez grave. Les mauritaniens doivent prendre partie pour l’avenir du pays, de son présent et de sa place dans le monde. Nous avons eu la chance d’avoir la démocratie.

 

Il y a eu des élections présidentielles à l’issue desquelles Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi avait été élu démocratiquement, sous la supervision de la communauté internationale. Ahmed Ould Daddah, à l’époque, avait reconnu la transparence et l’exemplarité de ces élections. Moi-même, j’y avais cru. J’avais soutenu le candidat de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi à l’époque.

 

J’étais très contente, car je pensais que nous allions vivre une véritable démocratie. Il se trouve que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi a été élu pendant la crise du pétrole. Le prix du baril de pétrole était alors extrêmement élevé. Il a atteint des niveaux inégalés.

 

Ceci s’est répercuté sur tous les prix des denrées de première nécessité. Il y eut une crise d’argent. On se plaignait de ne pas avoir d’argent. Et pourtant, la crise économique que nous vivons aujourd’hui est la plus importante depuis 1929. Je crois que les mauritaniens ont moins d’argent qu’à l’époque où Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi était Président de la République.

 

Si, donc, j’avais promis de ne plus m’occuper de la politique, j’avais cru que les choses allaient évoluer. Mais, aujourd’hui, force est donc de constater que c’est l’avenir de mon pays qui est en jeu. Et, là, j’estime que je n’ai pas le droit de fermer les yeux. Je fais partie du front anti-putsch pour la sauvegarde de la démocratie, le Fndd. J’ai été membre de ce front dès les premières heures du coup d’Etat du 6 août 2008.

 

Il se trouve maintenant, Dieu soit loué, que beaucoup de gens nous rallient dans notre cause, notamment les populations de l’intérieur du pays. La communauté internationale n’appuie pas le front mais elle appuie la Mauritanie pour la sauvegarde de la démocratie qui a été confisquée par les militaires.

 

Le Rénovateur Quotidien : Pourquoi êtes-vous si dure avec les militaires ?

 

Tahra Hembara : Je n’ai rien, encore une fois, contre les militaires. Je veux tout simplement qu’ils regagnent leurs casernes. On a besoin de nos militaires pour nous préserver. Nous n’avons pas besoin d’eux pour prendre le pouvoir à chaque fois que nous allons sortir la tête de l’eau. Je ne suis pas d’accord. J’ai été contre Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya pendant plus 20 ans.

 

Aujourd’hui, encore, je suis fermement contre le coup d’Etat du 6 août 2008. Je n’applaudirai jamais des militaires qui prennent le pouvoir, d’autant plus que nous avons eu un Président de la République démocratiquement élu. Ceci dit, si les mauritaniens trouvent qu’un Président élu ne les satisfait plus, ils sont libres. Il n’y a pas au monde un seul pays qui est très content de son Président, même s’il est élu démocratiquement. Ils n’ont qu’à lui retirer leur confiance aux élections prochaines.

 

Ce n’est pas parce qu’on est mécontent d’un Président qu’on doive tous sortir dans la rue et dire au premier venu : vous n’avez qu’à le mettre en prison et lui confisquer le pouvoir. Ce n’est pas cela, la démocratie. La démocratie est un exercice que nous devons apprendre à connaître et à vivre. La démocratie est essentielle dans un pays, c’est la civilisation. Sans démocratie, nous allons rester à la périphérie des nations.

 

Le Rénovateur Quotidien : Se taire donc, dans des circonstances pareilles, ce serait pour vous être complice. N’est-ce pas ?

 

Tahra Hembara : Ne pas prendre partie contre le coup d’Etat ? Ah, oui, ce serait être complice. Ceux qui applaudissent aujourd’hui, ce sont eux qui ont toujours applaudi systématiquement. Ils ont applaudi Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya. Ils ont applaudi Mohamed Khouna Ould Haïdalla. Ils ont applaudi Ely Ould Mohamed Vall. Et récemment Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

 

Aujourd’hui, ils applaudissent les généraux. Et demain, ils applaudiront aussi. Ils applaudissent à tout va. Ils applaudissent à chaque fois qu’ils pensent y trouver un intérêt. Je pense que c’est très grave pour la Mauritanie. A la limite, ceux qui applaudissent le font par inadvertance.

 

Ils ne comprennent pas la démocratie. Je peux comprendre qu’ils se trompent mais ils ne se trompent pas puisqu’ils applaudissent pour avoir quelque chose. Moi, j’applaudis pour l’intérêt du pays. Incontestablement, l’intérêt du pays est dans la démocratie.

 

Le Rénovateur Quotidien : Est-ce par la faute du peuple mauritanien, qui a toujours accepté les coups d’Etat et accueilli leurs auteurs comme des libérateurs ?

 

Tahra Hembara : Nous sommes responsables. Absolument. Ceci a été toujours facilité justement par ces gens-là, qui ont passé tout leur temps à applaudir. Si, aujourd’hui, on avait dit à tous ces hommes qui ont pris le pouvoir par un coup d’Etat : « vous vous trompez », on n’en serait pas là, aujourd’hui. Les gens sont en train de dire au général Mohamed Ould Abdel Aziz : "S’il vous plaît, présentez-vous." Pourquoi, d’ailleurs, se présenterait-il ? Il a pris le pouvoir. Il est à la Maison Brune.

 

J’ai entendu des gens dire au sujet de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya que s’il ne se présentait pas, il serait traduit devant en justice. Qui dit mieux ? C’est à mourir de rire. Ces gens-là sont en train de dire tout le temps à tous les hommes qui prennent le pouvoir dans ce pays qu’ils sont les meilleurs, que sans eux on n’existe pas. Et, au moindre changement, ils sont les premiers à applaudir le nouveau venu.

 

A la chute de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, je n’ai pas applaudi à tout va. J’étais contente. Je n’ai pas à le critiquer parce qu’il n’est plus là. Eux, ils le critiquent toujours. Ceux-là même qui l’applaudissaient à outrance. Ils font des erreurs, ils prennent le pouvoir par des coups d’Etat, ils confisquent notre démocratie. C’est à nous de leur dire : "Vous vous trompez ! Remettez le pouvoir à sa place et vous êtes les bienvenus ! Vous êtes nos militaires, nous vous respectons !"

 

Il faudrait que nos militaires s’occupent de l’armée. On doit leur donner tout ce qu’il faut pour qu’ils restent dans leurs casernes. Nous sommes 3 millions d’individus. Nous sommes potentiellement riches. Mais, tout est mal exploité. Il y en a qui n’ont rien. Nous avons des enfants qui n’arrivent pas à manger à leur faim, à être scolarisés. Ce n’est pas normal.

Il y a des poignées de gens qui applaudissent à tout va et qui entraînent les populations et ceux qui ont le pouvoir à ne rien voir. Ils les aveuglent par leurs mensonges. Je ne peux pas faire partie de cette cohorte de faux semblants, de faux amis.

 

Le Rénovateur Quotidien : Qu’est-ce qui vous lie à la famille de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi que vous défendez bec et ongles ?

 

Tahra Hembara : Rien. Je ne suis pas liée à la famille de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Je ne la défends pas non plus. Je défends la démocratie. Je trouve que le symbole de la démocratie, c’est Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, qui a été élu démocratiquement.

Je le répète encore : je ne suis pas liée à la famille de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Ce dernier, je l’avais soutenu parce que c’était un candidat en qui j’avais confiance. C’est un homme d’un certain âge, un homme qui n’avait pas d’antécédents dans la politique. Il n’était pas aigri par la politique. Il n’avait de comptes à ne rendre à personne.

 

J’ai cru en lui et je l’ai soutenu. Aucun militaire n’est venu me le demander. On ne m’a pas demandé d’argent. Je me suis investie parce que j’aime mon pays. A tort ou à raison, je pensais – et je le pense toujours – que Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi était le plus crédible, à l’époque, pour gouverner la Mauritanie et inaugurer l’ère de la démocratie.

S’il avait pris une autre orientation que celle pour laquelle je l’avais soutenu, j’aurai attendu la prochaine élection pour le sanctionner. Je me serai mobilisée contre lui pour un autre candidat, capable de diriger le pays. Je n’ai aucun lien avec la famille de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Je ne suis ni avec eux ni contre eux. Je suis pour la démocratie dans ce pays. C’est tout.

 

Le Rénovateur Quotidien : Vous n’arrêtez pas de tirer à boulets rouges sur Mohamed Ould Abdel Aziz. Pourquoi vous gêne-t-il à ce point-là, vous qui êtes artiste ?

 

Tahra Hembara : Je n’ai pas tiré à boulets rouges encore une fois sur Mohamed Ould Abdel Aziz. Je suis contre les gens qui me confisquent la démocratie. Les coups d’Etat, ça suffit ! La Mauritanie a ratifié les accords de Cotonou qui interdisent la prise du pouvoir par la force. Tous nos voisins immédiats sont en plein dans la démocratie. Sans la démocratie, on n’existe pas.

 

On ne peut pas vivre en autarcie par rapport au reste du monde. Nous faisons partie d’un monde. Ce monde-là ne tolère plus les coups d’Etat. Nous sommes dans le 21ème siècle. Nous vivons dans une interdépendance. S’il n’y a pas de démocratie, il n’y a pas de justice. Nous sommes en train de plonger. Ce n’est pas fini, ce n’est qu’un début.

 

C’est pour cela que je suis contre les putschistes et Mohamed Ould Abdel Aziz en est un. Je ne le connais pas personnellement et je n’ai pas à le connaître, d’ailleurs. C’est un général de l’armée mauritanienne. A ce titre, je le respecte. Je ne suis pas contre lui. Je suis contre le fait qu’il vienne confisquer le pouvoir d’un président démocratiquement élu. Je me dresserai contre les gens qui prendraient le pouvoir par la force.

 

Le Rénovateur Quotidien : Pour vous donc, Mohamed Ould Abdel Aziz n’est pas de bonne foi, lorsqu’il déclare qu’il est venu rétablir la démocratie, lutter contre la gabegie… ?

 

Tahra Hembara : Quand ils ont pris le pouvoir, ils n’ont demandé l’avis de personne. Ils ont mis en prison le Président démocratiquement élu. Quand on prend quelque chose par la force, on l’applique par la force. Il n’y a pas de discussion. Où est le dialogue ? Il est clos.

Donc, qu’est-ce que je vais croire ? Aujourd’hui, je n’attends de lui qu’une chose: ne pas écouter les gens qui applaudissent, se rappeler qu’il les a vus applaudir tous les présidents qui l’ont précédé et savoir qu’ils le feront après lui. Il est temps pour lui qu’il réfléchisse et qu’il remette le pouvoir.

 

Il doit rétablir la démocratie et se retirer du pouvoir. Il trouvera son salut. On lui pardonnera. C’est un de nos fils et nous n’avons rien contre lui. Ceux qui l’applaudissent aujourd’hui lui racontent des histoires. Ils ne sont pas honnêtes, ni avec lui, ni avec le peuple mauritanien. Il faut qu’il comprenne tout cela et prenne du recul. Sa place est à l’Etat-major, et non à la Présidence de la République.

 

L’armée est un corps extrêmement important pour le pays. C’est elle qui nous protège, et sans elle on ne peut pas faire la démocratie. Son rôle, c’est de la protéger et non de la confisquer. Notre armée doit être une armée républicaine et non une armée usurpatrice du pouvoir. Cela nous ramène en arrière.

 

Le Rénovateur Quotidien : Que pensez-vous de l’attitude de certains de nos leaders politiques, comme Ahmed Ould Daddah, qui ont cautionné le coup d’Etat du 6 août 2008 ?

 

Tahra Hembara : Je crois qu’Ahmed Ould Daddah s’est malheureusement trompé encore une fois. Il manque de clairvoyance. Un homme comme lui, qui est un grand leader politique, qui s’est battu pour la démocratie depuis de longues années, aurait tellement gagné en s’opposant dès le premier jour contre le coup d’Etat.

 

Aujourd’hui, heureusement, il est en train de rejoindre nos idées. Il a dénoncé la mascarade qui a entouré les Etats Généraux de la Démocratie au Palais des Congrès. Ses députés [ceux du RFD, présidé par Ahmed Ould Daddah, Ndlr] ont boudé récemment une réunion de l’Assemblée Nationale. Ahmed Ould Daddah est en train de comprendre. Je sais qu’il est entouré par des hommes et des femmes intègres qui ne voulaient pas de ça.

 

Il a quand même, et malheureusement, cautionné le coup d’Etat du 6 août 2008. S’il ne l’avait pas fait, peut-être que cela aurait pu changer le cours de l’histoire du pays. Il était trop pressé de devenir Président de la République et ce n’est pas de cette manière qu’il le sera.

 

Propos recueillis par

Babacar Baye Ndiaye

 

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