Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 19:03

Sutdio Holpac 7051

Quelque part à E-Nord, au Studio Holpac, une trentaine de personnes s’entassent dans une pièce rectangulaire. Ils sont là depuis 19 heures. Puis, entre deux conversations, un homme de taille transparente apparait et tape des mains.

A son tour, l’assistance se plie pour l’écouter. A l’ordre du jour : la présentation des différents scénarii et le choix des acteurs. Tour à tour, les dix réalisateurs, retenus dans le cadre des "Ateliers Studio Holpac 2012", vont se succéder pour parleur du synopsis de leur film de fiction.  Abdoulaye Sall, 40 ans, prend l’initiative d’exposer en premier son court-métrage.

Tout comme les autres réalisateurs, il va réaliser un film de fiction sur les violences conjugales qui interroge la relation époux-épouse. Une manière pour lui de porter leur souffrance à l’écran. "Les victimes de violences dénoncent très rarement ce qu’elles subissent", argue Abdoulaye Sall. "Il faut dénoncer ces violences", dit-il.

A 40 ans, ce pharmacien de formation compte faire une cure de jouvence dans le domaine du métier de réalisateur. Lorsqu’on a des maîtres à penser qui ont pour noms Henri Duparc, Euzhan Palcy, Sydney Sokhna et Med Hondo, cela donne envie de suivre leurs pas.

C’est en 2011 qu’Abdoulaye Sall, qui a toujours aimé le cinéma, décroche son premier rôle dans un film de Yoro Banor, formé lui aussi par le Studio Holpac. "C’est à partir de là que j’ai commencé à prendre goût au métier de réalisateur", explique-t-il. Aujourd’hui, il a l’opportunité de concrétiser son rêve d’enfance en se formant au métier de réalisateur. "Je pousserai la barre très haut", assure-t-il.

"L’image exprime mieux que l’écriture"

Aller très loin, c’est aussi l’ambition d’Alioune Sidi Mouzeurigue qui va réaliser "L’Extrémisme", un film dans lequel il survole la question du terrorisme et du dialogue religieux. Très tôt, ce dévoreur de cinéma américain et arabe notamment Egyptien a compris que l’image est devenue une courroie de transmission des idées.

Pour cet étudiant en développement local et travail social qui exerce aussi le métier de journaliste : "l’image parle mieux que l’écriture". Il rejette aussi dans ce film l’hypocrisie de la société tout en affichant ses ambitions de partager ses idées en dehors des frontières de la Mauritanie.

Les verrous des métiers de réalisateurs ont aujourd’hui sauté en Mauritanie. Des voies sont désormais ouvertes aux jeunes femmes. Par leurs idées, elles donnent leur vision des choses, veulent être à l’avant-garde des questions qui touchent  sensiblement leur société, la marche de leur pays. Elles n’hésitent pas à le clamer haut et fort.

À l’image de Binetou Diop, 24 ans, qui a fait de l’image son cheval de bataille contre la propagation de la maladie du VIH/Sida. Son film s’inspire d’une histoire réelle qui s’est déroulée à Nouakchott. Elle voit l’arrivée des jeunes femmes sur les terres fermes du cinéma comme une volonté de participer au développement du secteur.

Finies les phrases du genre : la place de la femme est au foyer. "C’est l’ère de la parité. Aujourd’hui, tout ce qu’un homme peut faire, une femme en est capable", affirme Binetou Diop. "Les femmes veulent aussi leur part du gâteau", ajoute-t-elle. "Etre réalisatrice, c’est un long chemin à faire. C’est une situation très contraignante qui demande beaucoup de sacrifice", avertit Ly Hamet Oumar.

"Des modèles pour d’autres"

Deux ans après sa création en 2010, Studio Holpac est devenu un laboratoire de fabrique de réalisateurs et de réalisatrices. Son directeur, Ly Hamet Oumar, a initié depuis son retour en Mauritanie une politique courageuse de promotion du cinéma en lançant les "Ateliers Studio Holpac".

En mettant en place le Studio Holpac, Ly Hamet Oumar a une idée derrière la tête: produire une génération de réalisateurs. "Qui seront des modèles pour d’autres qui veulent faire une carrière dans le domaine du cinéma", explique-t-il.

Pour lui, c’est déjà une victoire. "Tous les dix réalisateurs que nous avons formé savent maintenant écrire leur scénario, savent faire le découpage technique, savent diriger un casting, savent le rôle du réalisateur et de celui des acteurs, savent faire la séparation entre les films, les plans nécessaires. S’ils ont un bon cameramen, ils savent faire un film", commente Ly Hamet Oumar, avec beaucoup de fierté.

Ce 24 septembre, les dix films réalisés dans le cadre des "Ateliers Studio Holpac" seront projetés à l’Institut Français de Mauritanie (IFM).

Babacar Baye Ndiaye

Tous droits réservés©Cridem2012

Repost 0
Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Reportages
commenter cet article
11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 17:39

CGS.JPGLa Mauritanie a ouvert vendredi soir, à la Case, à Nouakchott, la première étape de la programmation "Coumba Gawlo African Tour 2012" qui se déroulera ensuite en Guinée, au Niger, au Burkina Faso, au Togo, au Bénin, en Côte d’Ivoire et au Gabon. Pour la première fois depuis son lancement, le nom de la Mauritanie était ajouté à la programmation.

"J’aime tant Coumba Gawlo Seck et j’aimerai la voir souvent en Mauritanie. Elle est une artiste qui se bat pour faire entendre la voix de la femme africaine, pour l’éducation des jeunes filles. C’est une artiste du continent", commente une jeune femme.

Le coup d’envoi de la soirée de gala sera lancé par Coumba Gawlo Seck. Elle expliquera, dans son discours, que l’objet de son initiative est de militer pour le développement, l’intégration et la libre circulation des biens et des personnes en Afrique.

"L’objectif majeur de Coumba Gawlo African Tour est de contribuer à développer la conscience de l’appartenance à un même aire géopolitique, la nécessité d’accélérer le processus de l’intégration lancé par les puissances publiques, considéré comme un levier irréductible du développement du continent", souligne l’artiste sénégalaise.

L’ambassadrice du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) affirmera ensuite que les recettes tirées du programme "Coumba Gawlo African Tour 2012" vont servir à réfectionner des écoles ou des structures sanitaires.

A sa suite, les musiciens de Tahra Mint Hembara vont s’installer sur la petite scène aménagée pour la circonstance. Dans son périple musical, la grande Tahra Mint Hembara entraînera le public dans les souvenirs lointains de sa carrière musicale en interprétant Mani-Mani (refus d’abandonner), une chanson inédite qu’elle a jouée en l’honneur de Coumba Gawlo Seck qu’elle invitera fraternellement à chanter dans son morceau, Ifriqiya, un hymne à l’Afrique, à l’unité, à la Mauritanie. Ce soir-là, aussi, comme à ses sorties musicales, Tahra Mint Hembara a fait glisser le public dans le creuset de son ardine, instrument fétiche qu’elle manie avec beaucoup d’aisance et de sorcellerie.

Sur des airs de musique rythmique, Thiédel Mbaye offrira à son tour un spectacle époustouflant avec une entrée en matière bien assurée. Ses titres Siwoliyo, Koumaniéya et Thierno Alioune Thiam qui tirent leur force dans sa forte et sublime voix vont apporter du punch.

Aux côtés des grandes voix de la musique mauritanienne que sont Tahra Mint Hembara et Thiédel Mbaye, Noura Mint Seymali n’a pas dévié de la trajectoire de leur prestation. Sa belle voix exquise faite aussi de douceur et de tendresse a suscité l’émerveillement. Pour cette soirée, Seydou Sow, le Roi du Ndjarou, et sa bande dont on attend avec impatience la sortie de leur deuxième album ont proposé au public une traversée des titres comme Leydam et Africa de leur album Séhil. Une prestation de haut vol avec un style novateur qui a fait mouche.

Le lendemain, cette fois-ci, au stade de Ksar, c’est un vent de rap qui a dominé la programmation de "Coumba Gawlo African Tour 2012" en Mauritanie avec les prestations de Waraba et d’Ewlade Leblabe. La première partie du concert gâchée par une mauvaise sonorisation a vu défiler sur la scène, la royale Mouna Mint Dendenni et l’enchanteur groupe de musique, Walfadjiri de Nouakchott.

A la Case comme au stade de Ksar, les célèbres tubes de Coumba Gawlo Seck comme Pata Pata qui lui a valu le succès international ont encore résonné. Sa taille fine, son éternel sourire, son regard félin et ses yeux qui crépitent ont donné du goût à ses deux prestations en demi-teinte. A part quelques reprises fort intéressantes, Coumba Gawlo Seck  n’a pas réussi à proposer une musique à la dimension de son statut d’artiste internationale.

Le public s’est révélé néanmoins conquis. D’autres rivages attendent Coumba Gawlo Seck. Pas de répit donc pour l’artiste sénégalaise qui a quitté Nouakchott lundi pour partir à la rencontre des autres peuples d’Afrique, faire connaître sa musique, découvrir les réalités culturelles, historiques et politiques du continent. Ailleurs, comme à Nouakchott, elle parlera de l’éducation pour tous, de l’égalité, du genre, de la réduction de la pauvreté, de l’insécurité alimentaire, de la scolarisation des filles… 

Babacar Baye Ndiaye

Repost 0
Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Reportages
commenter cet article
11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 17:19

La Garde Nationale a dévoilé mercredi matin son Musée lors de la cérémonie de commémoration du 1er Centenaire de la Garde Nationale qui s’est déroulée à l’Etat Major de la Garde Nationale à Nouakchott.

Dédié à la sauvegarde du patrimoine militaire de la Garde Nationale, ce musée présente l’épopée historique de ce corps des forces armées. Il respecte les normes d’exposition et d’entretien des œuvres historiques.

A l’entrée du musée, situé au sud-est de l’Etat Major de la Garde Nationale, le regard du visiteur est très vite frappé par deux imposantes statues. Celles d’un méhariste et d’un dromadaire.

A gauche, dans le rez-de-chaussée, au détour d’un couloir, on entre de plain-pied dans la salle d’exposition. Qui met en lumière des figures de la résistance nationale et les étapes de la création de la Garde Nationale. Chaque pièce du Musée témoigne de l’ancrage des traditions militaires de la Garde Nationale, des curiosités de l’histoire ancienne et contemporaine.

Des maquettes représentant l’ancienne garde des cercles côtoient des photos des anciens chefs du corps de la Garde Nationale et des tableaux peints à l’huile faits par l’artiste-peintre de génie, Mokhis.

Le Musée est doté aussi d’une salle de projections cinématographiques ayant trait à la Garde Nationale. On sort de ce musée tout rempli d’images, de symboles de la Garde Nationale, de la République, d’objets historiques, d’installations qui rappellent notre patrimoine culturel comme cette case et cette tente.

 "Je ne regrette pas d’être venu. Je suis émerveillé. J’ai vécu le passé dans le présent. Je vois qu’il y’a une alternative du futur. Je félicite la Garde Nationale pour avoir fait ce musée. C’est une fierté pour nous tous. En qu’élu de la ville de Nouakchott, je suis un peu jaloux de la Garde Nationale à qui je dis, encore une fois, bravo", s’est exclamé Ahmed Ould Hamza, président de la Communauté Urbaine de Nouakchott (CUN).

"Je suis grandement surprise. La Garde Nationale, qui est un organisme d’Etat, fait officiellement le rapport, le contact et le lien entre le passé, le présent et l’avenir. C’est une démonstration  très concrète que joue la Garde Nationale dans notre pays. Aucune nation ne peut se bâtir sans ce processus dialectique. La Garde Nationale est sur le bon chemin et elle doit être, j’insiste là-dessus, un exemple pour les autres, doit entrainer les autres. Il faut que nous nous réconcilions avec notre passé. C’est impératif", a confié Marième Daddah, présidente de la Fondation Moktar Ould Daddah qui se bat pour la préservation du patrimoine et de la mémoire de la Mauritanie.

Pour s’émerveiller et frissonner au milieu de ce pan de l’histoire de la Mauritanie, le détour en vaut vraiment la peine.

Babacar Baye Ndiaye

Avec Cridem, comme si vous y étiez...






































































Repost 0
Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Reportages
commenter cet article
22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 20:03

artistes_mauritaniens1.jpgLes futurs artistes mauritaniens se heurtent à des stigmas sociaux et à un système de classe très enraciné lorsqu'ils veulent entrer dans le secteur des loisirs et du divertissement. Alors que les Mauritaniens affichent un intérêt croissant pour les arts et les divertissements, un système de classe sociale traditionnaliste empêche de nombreux jeunes talents de poursuivre leurs rêves.

Un observateur attentif des émissions télévisées très populaires comme "Golden Tunes" et "Mauristar" pourra remarquer que le secteur du divertissement est strictement confiné à un groupe social, les Griots.

"Les Griots ont joué un rôle important dans la préservation du patrimoine tribal et dans les louanges à la gloire des chefs tribaux", a expliqué le journaliste Mohamed Ould Akel. "En tant que tels, ils étaient assimilés aux médias de masse de la tribu. Cette tradition perdure encore aujourd'hui." "Lors d'évènements sociaux comme les mariages, des chanteurs chantent les louanges des tribus du jeune couple", explique-t-il. "Les membres de cette classe héritent traditionnellement des chants, qui sont en général la source de revenu."

Sidna Ould Alem, instrumentaliste et compositeur, a expliqué que "l'art mauritanien n'a pas beaucoup évolué, parce qu'il se transmet, et parce que les artistes ne souhaitent pas le développer parce qu'ils tirent leurs revenus de cet art en conservant la même tradition : en chantant les louanges des personnes lors des mariages."

Interrogé sur le point de savoir pourquoi ce domaine était cantonné aux Griots, Ould Alem a expliqué que "les artistes traditionnels ne permettent pas aux jeunes talents de les rejoindre, parce qu'ils veulent maintenir un droit exclusif sur l'art traditionnel, qui est leur moyen de subsistance". "Les jeunes d'aujourd'hui se contentent d'imiter l'ancienne génération", ajoute-t-il. "L'art continue ainsi de perpétrer ses mêmes valeurs traditionnelles."

Le ministère de la Culture, ajoute Ould Alem, contribue à rigidifier la musique mauritanienne. "En fait, la plupart des artistes appartiennent aux tribus qui se sont historiquement intéressées à la poésie et ont méprisé l'art", explique-t-il. "Si le ministère apporte son soutien aux artistes, le patronage et le tribalisme jouent un rôle essentiel."

Tarba Min Amar, directeur de la culture et des arts au ministère mauritanien de la Culture, déclare pour sa part : "Le ministère soutient la musique traditionnelle, pratiquée par une classe particulière, en maintenant un modèle de patrimoine artistique qui reflète l'originalité d'un pays et son patrimoine, mais ne cherche pas à monopoliser une quelconque forme d'art."

"C'est plutôt la mentalité de la société que rencontrent ceux qui sont extérieurs à la communauté artistique et souhaitent y adhérer, parce que chaque créateur s'inquiète d'être stigmatisé par son milieu social", ajoute-t-il.

Min Ammar explique que le ministère de la Culture encourage ceux qui sont "en-dehors de la clique", parce qu'ils "diffusent un message par le biais de leurs chansons, comme la lutte contre la délinquance, l'illétrisme, le paludisme et le SIDA".

Pour sa part, la jeune artiste Noura Mint Seymali, également membre du jury Mauristar, explique que "les parents sont en général ceux qui placent des obstacles sur le chemin de leurs enfants qui souhaitent chanter".

"En Mauritanie, l'art est tributaire de la classe, et de nombreux artistes ne sont que des chercheurs de profit", se lamente Mohamed Ould Khalih, originaire de l'extérieur de cette communauté de classe. "Un artiste appartenant à cette clique est donc largement applaudi, même si sa voix est discordante."

Selon lui, cette attitude "empêche le développement de l'art en Mauritanie". "Si vous n'êtes pas membre de la communauté artistique, mais que vous avez une belle voix, vous serez harcelés par les clans artistiques", explique-t-il.

En Mauritanie, les artistes sont perçus comme ceux qui "saluent ou critiquent les gens pour des gains matériels", et non comme "ceux qui ont un message social noble à faire passer", ajoute-t-il.

"Si vous voulez être accepté par la société, vous devez vous appuyer sur une famille d'artistes de renom, y entrer, par le mariage ou autre", explique-t-il. "Mais vous devez en payer le prix, parce qu'alors votre famille vous déshéritera et vous traitera avec mépris."

Par Jemal Oumar pour Magharebia à Nouakchott

Repost 0
Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Reportages
commenter cet article
3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 17:27

 

La Maison des Cinéastes n’est pas une maison comme les autres. En effet, lorsque vous y  mettez les pieds, pour la première fois, vous avez l’impression de vous retrouver dans une caserne de Baba Aly. Le maître d’œuvre de cette prouesse n’est autre qu’Abderrahmane Ould Salem.

 

Sur les murs, sont collés des écriteaux sur lesquels sont inscrites des phrases qui poussent à la méditation et des portraits de grands noms du monde de la Culture (Kane Saïdou Boly, Malouma, Pierre-Yves Vandeweerd, Abderrahmane Cissako…) et de la politique (Martin Luther King,  Moctar Ould Daddah, Mâaouiya Ould Sid’Ahmed, Ely Ould Mohamed Vall, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi…).

 

Aujourd’hui, la Maison des Cinéastes est presque connue de tous les mauritaniens. Et, pourtant, au début de sa création en juillet 2002, peu de gens accordaient du crédit à ce projet que certains qualifiaient de fanfaron. A cette époque, il n’était pas permis aux mauritaniens de rêver un jour d’avoir leur propre image.

 

Avec l’appui de quelques amis, Abderrahmane Ould Salem, de retour de Paris, après une formation cinématographique à l’Ecole d’Eicar, décide de se lancer, contre vents et marées, dans le cinéma. Petit à petit, il mûrit son idée. Son ambition : créer un public cinéphile qui comprend l’intérêt du cinéma. A l’époque, les associations étaient sous le contrôle de l’administration de Mâaouiya Ould Sid’Ahmed Taya. Pour éviter certaines tracasseries administratives, il débute en tant qu’établissement commercial. Parce qu’il n’aime pas être contrôlé. Ce n’est qu’en 2005, que la Maison des Cinéastes sera reconnue comme association par les pouvoirs publics. 

 

La Maison des Cinéastes est née dans un contexte assez particulier. On ne parlait plus de cinéma au pays d’un million de poètes. Les salles de cinéma que nous a léguées la première génération de cinéastes avaient disparu sans laisser de traces visibles.

 

Le Cinéma était mort. Il n’existait plus. Ce constat ne laissait pas indifférent Abderrahmane Ould Salem qui ne pouvait pas imaginer tout un pays comme le nôtre sans aucune culture cinématographique. Ainsi donc, il fallait se battre pour avoir un espace à Nouakchott où on parlerait uniquement  de cinéma. 

 

Ayant constaté que les mauritaniens sont très pressés et ne font pas des choses qui s’inscrivent dans le temps, Abderrahmane Ould Salem décide alors de monter son propre projet. Avec ce projet, il vise la diffusion large d’un cinéma qui reflète la réalité de la Mauritanie, de sa Culture et de sa Civilisation.

 

Au fil des années, la Maison des Cinéastes va devenir un symbole de l’unité nationale, de l’engagement de la jeunesse et de la liberté d’expression. D’ailleurs, sa devise qui est celle de rapprocher les hommes et les cultures, résume bien cet engagement social et culturel de la part des cinéastes mauritaniens. La Maison des Cinéastes joue aujourd’hui un rôle de pont entre les différentes cultures du pays, entre la Mauritanie et les autres pays, entre la Culture africaine et les autres cultures du monde. 

                      

De 2002, début de l’expérience, à nos jours, la Maison des Cinéastes a connu un très grand parcours nomade. L’histoire de cette maison est liée à celle d’Abderrahmane Ould Salem. Au début, il était seul et travaillait avec l’aide d’un ordinateur portable et une petite caméra digitale.

 

Tenace et optimiste, il commence à organiser de petites manifestations et des prises de contact. A cette époque, il était là où est logée présentement la Maison des Cinéastes. Certains amis, ayant compris que c’était un projet sérieux, vinrent se joindre à lui. Sur invitation de la direction de la Maison des Jeunes, Abderrahmane et sa bande s’installent dans la dite maison.  Plus tard, ils reçurent une lettre du Ministère de la Culture les demandant de libérer les bureaux.  Successivement, ils s’installèrent à Arafat et au Centre-ville avant de retourner à leur ancienne maison qui abrite actuellement l’administration de la Maison des Cinéastes. 

 

Cette Maison dispose d’une direction de la formation et de la diffusion qui a mis en place trois projets de diffusion cinématographique. Le premier projet est intitulé ABCinéma destiné principalement à la formation de collégiens, lycéens et étudiants sur les rudiments du cinéma. Le second  Cinéparc qui est un projet de diffusion organisé en plein air dans différents quartiers de Nouakchott et à l’intérieur du pays.  Le troisième projet concerne l’Ecran dromadaire qui est une caravane cinématographique que la Maison des Cinéastes organise à l’intérieur du pays dans des endroits où les populations n’ont pas accès à l’image. 

 

Il y a aussi une direction qui s’appelle "Connect". Celle-ci s’occupe de la décentralisation de l’action de la Maison des Cinéastes. En plus de cela, elle s’occupe de l’installation des antennes de la Maison des Cinéastes dans  les différentes moughataas de Nouakchott et à l’intérieur du pays. Le responsable de cette direction gère aussi le projet "Kennach" qui est le Centre de la Mémoire Audiovisuelle. Et enfin, il y a la Maison de la production  qui s’occupe de la production de certains programmes de la télévision nationale à savoir "Chabab" et "7ième rendez-vous".  Hormis cela, elle s’occupe de la production de films de jeunes cinéastes mauritaniens pendant chaque édition de la SENAF.

 

Six ans après son existence, il y a beaucoup de mauritaniens qui ne savent pas encore le travail déployé par la Maison des Cinéastes. Mais cela n’a jamais découragé l’équipe d’Abderrahmane Ould Salem. Par ailleurs, les difficultés ne manquent pas. Puisque, la Culture coûte aussi énormément chère. Avec 35 salariés et 3 maisons à payer à chaque fin de mois, sans compter l’eau, l’électricité et l’Internet, la Maison des Cinéastes est devenue une boîte très lourde à gérer. 

 

En 2008, la Maison des Cinéastes a lancé le projet ‘Connect’ qui consiste à installer de mini maisons de cinéastes dans toutes les moughataas de Nouakchott et à l’intérieur du pays. C’est des structures qui feront exactement la même tâche que la Maison des Cinéastes. C’est un projet visant à décentraliser l’action de la Maison des Cinéastes et surtout donner l’espoir aux jeunes de l’intérieur du pays d’avoir la même opportunité que les jeunes de Nouakchott. C’est un projet coûteux puisqu’il y a toute une structure à monter, des formations à organiser, des projections à faire, une bibliothèque à installer et des tournages quotidiens à réaliser pour constituer la mémoire de la maison. 

 

Rien qu’à Nouakchott, l’enveloppe financière estimée pour l’installation des 9 antennes est de 88 millions d’UM. Les sources de financement vont provenir en partie de la Coopération française, de l’Ambassade d’Espagne, de la Coopération allemande, de l’UNESCO, de la Francophonie…L’autre source de financement provient de la production de la Maison des Cinéastes qui représente 40 et 45% des recettes (production, spot publicitaire, films, programmes pour la télévision, location de projection ou de tournage). La contribution de l’Etat mauritanien dans ce projet est de zéro ouguiya. Aujourd’hui, le budget annuel de la Maison des Cinéastes est de plus de 300 millions d’UM.

 

La Maison des Cinéastes est considérée aujourd’hui comme l’unique espace de création et de liberté en Mauritanie mais aussi un espace d’échanges où se côtoient différentes ethnies et cultures. Ceci lui a valu une forte notoriété. «Il y a quelques années, il était impossible d’imaginer un festival cinématographique en Mauritanie, de voir des jeunes qui maîtrisent les rudiments du cinéma et capables de faire une analyse filmographique. C’était impossible de voir un jeune qui rêve de faire son film, de trouver un lieu pour le faire. C’était impossible de trouver un coin à Nouakchott où on peut consulter les archives audiovisuelles de ce pays », énumère Abderrahmane Ould Salem, directeur et fondateur de la Maison des Cinéastes qui fête cette année sa 6ième année d’existence.

 

Babacar Baye Ndiaye

Repost 0
Published by leducdejoal - dans Reportages
commenter cet article
22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 20:09

La Mauritanie n’est pas seulement le pays d’un million de poètes. C’est aussi le pays où des milliers de jeunes veulent devenir des rappeurs. Mais les autorités de ce pays répugnent encore à accorder du crédit au Hip Hop. Tel est aujourd’hui le triste constat. Et les acteurs de ce mouvement musical ne semblent pas pardonner ce désintéressement et négligence de la part du Ministère de la Culture qui ne joue pas, à leurs yeux, son véritable rôle d’appui et d’organisateur. C’est ce manque de considération qui a poussé certains à soutenir mordicus que le Hip Hop est le parent pauvre de la musique mauritanienne. 

 

Et pourtant,  les concerts de Hip Hop sont incontestablement les seuls spectacles qui drainent un monde fou à Nouakchott comme à l’intérieur du pays. "Pourquoi donc continuer à ignorer cette musique", s’interroge Khalzo.

 

"Le Hip Hop comme la musique en général peut être une source d’enjeux financiers avec des retombées socio-économiques incalculables. Il peut alimenter des studios d’enregistrement, favoriser le show-biz et participer à la mise en place d’une véritable industrie culturelle", souligne-t-il.                             

 

Lorsqu’on parle de Hip Hop, on pense aussitôt que c’est une musique de jeunes, une musique de revendication. "Le Hip Hop est une musique militante. Elle contribue à promouvoir certains aspects, certains droits, certaines revendications de la jeunesse", déclare Georges Lopez dit Dj Gee Bayss, à l’occasion de sa présence à la première édition du Festival Assalamalekoum Hip Hop de mai 2008.

 

"Le Hip Hop, rappelle Dj Khalzo, n’est pas, contrairement à ce que pensent certaines personnes, une musique qui favorise la dépravation de notre jeunesse. Il s’agit d’un courant musical qui a pour objectif d’éduquer la jeunesse, de la sensibiliser sur les problèmes de l’heure en tentant, à travers des messages, d’inculquer l’amour de la patrie, le sens de l’honneur, la nécessité de préserver l’environnement et bien d’autres valeurs essentielles pour la construction du pays."

                      

Certains diffuseurs, à l’image de Dj Gee Bayss, s’intéressent à la Mauritanie depuis de bonnes années. C’est que notre pays regorge d’importants nids de rappeurs talentueux. Ce dernier a produit de nombreux jeunes rappeurs mauritaniens. Grâce à lui, ces derniers se sont fait connaitre au niveau du Sénégal et sur le plan international.

 

"Le Hip Hop mauritanien à travers moi peut avoir une plate forme d’expression", avait-il déclaré.

 

Aux yeux de Monza, qui est le président du collectif de rap, la Rue publik,  le Hip Hop était une sous-culture que certains mauritaniens avaient du mal à adopter. "Mais grâce à certains artistes, le hip hop s'est aujourd'hui imposé de lui-même en tant que musique et genre à part de la musique mauritanienne", s’enorgueillit-il.

 

Et le Hip Hop naquit…

 

C’est au milieu des années 90, qu’a commencé véritablement le Hip Hop en Mauritanie. Au fil des années, ce mouvement a fini par s’imposer lui-même un peu partout dans le pays et notamment à Nouakchott où fleurissent d’importants nids de jeunes rappeurs et des groupes de rap : Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad, Military Underground, Minen Tèye, Waraba, MC Go, Number One African Salam, Adviser, Bad’s Diom, Big Diaz, Habobé Bassal, Youpi for Ever, Cee Pee, Paco Leñiol, Franco Man, Laye B, MD Max…

 

Mais, c’est à partir de 2007, avec la sortie du 1ier album de Diam Min Tekky(Gonga), d’Ewlade Leblad(Adatne), de la Rue Publik(Incontextablement) et de Military Underground(Au Secours en 2008) que la mayonnaise Hip Hop mauritanien a commencé vraiment à intéresser les gens et à gagner notamment la sympathie des jeunes mauritaniens en mal d’occupation et de loisirs.                                                                               

                           

Les années 2007 et 2008 marqueront un tournant décisif dans l’évolution du mouvement Hip Hop en Mauritanie. Le Hip Hop semble pousser des ailes. Désormais, rien ne peut l’appréhender. Dans les concerts, le public répond massivement. Comme en témoigne ceux organisés au Centre Culturel Français et notamment la Première édition d’Assalamalekoum Hip Hop Festival.

 

Mais, c’est à partir de 2004, que le Hip Hop en Mauritanie commence à se professionnaliser avec l’apparition de studios d’enregistrement, d’ingénieurs de sons. S’arrimant au rythme de l’évolution des nouvelles technologies, les rappeurs mauritaniens prennent conscience de la nécessité d’améliorer le fond et la forme de leurs textes mais surtout leur flow.

                   

Le Hip Hop, qui  englobe la danse, le dee-jaying et le graffiti qui est encore embryonnaire en Mauritanie, conquiert de nouveaux espaces.

 

En effet, depuis 2000, début de son explosion avec la floraison de groupes de Rap, le Hip Hop ne cesse de se dessiner une autre trajectoire que celle qu’il avait connue jusque-là. Du moins, c’est ce que pensent certains rappeurs comme Monza, président 2 la Rue Publik.

 

"Dans toute sa totalité, quelque soit l’endroit où on se trouve, ce que j’ai vu et vécu, ce que j’ai pu faire et les autres aussi, me donnent une certaine conviction que le Hip Hop en Mauritanie est sur de bons rails", croit-il.

 

Le Hip Hop mauritanien fait face à une double difficulté. A savoir la production et la diffusion. Mais cela n’a pas empêché les rappeurs ou groupes de Rap mauritaniens de percer à l’extérieur à l’image de Military Underground, Rue Publik, Diam Min Tekky, Ewlade Leblad ou Waraba qui a participé à la compilation "AURA" regroupant différents rappeurs africains de renommée internationale dont Dj Awadi. Le Hip Hop n’est plus cette musique de voyous, cette musique malsaine et corruptrice.

 

Et pour cause. De plus en plus, on constate un intéressement grandissant de la part de la jeunesse mauritanienne au Rap et surtout une éclosion de rappeurs ou de groupes de Rap.

 

Excellent canal de sensibilisation et de mobilisation, comme on le voit souvent à l’occasion des élections ou autres manifestations officielles, la place du Hip Hop est désormais une évidence dans la société mauritanienne.

 

A côté de la musique traditionnelle, tradimoderne ou moderne à l’image de Malouma, Noura Mint Seymali, Tahara Mint Hembara, Tiédel Mbaye, Ousmane Gangué ou Dimi Mint Abba entre autres, le Hip Hop, contre vents et marées, a réussi à se creuser son propre sillon. "Les responsables politiques du pays doivent se tourner vers la jeunesse qui est un moteur de développement", demande Monza, le président 2 la Rue Publik.

 

Des structures défaillantes

 

Au niveau de l’enregistrement, les rappeurs mauritaniens, depuis quelques temps, n’ont plus rien à envier à leurs camarades de la sous-région ou du Maghreb. Là où se situe le bât blesse, c’est au niveau de la duplication, de la distribution et de la communication.

 

Et, pour vendre un produit musical, il faut de la promotion et de la diffusion au niveau des médias. Sur ce point, notre pays traîne encore. Nonobstant, les efforts de la TVM Plus qui commence à diffuser des clips de Rap mauritanien, la contribution des médias officiels est très infime dans le rayonnement du Hip Hop en Mauritanie.                           

 

Face à cette situation criarde, certains rappeurs, comme Monza, ont trouvé la clef de la solution. "On a essayé de mettre en place des studios d’enregistrement et de production en investissant de l’argent considérable pour pouvoir nous satisfaire nous-mêmes et satisfaire aussi les autres", explique-t-il.

 

Ne disposant pas de structures pouvant les protéger, certains rappeurs mauritaniens se sont retournés vers la BSDA (Bureau Sénégalais des Droits d’Auteur) ou d’autres structures comme la SACEM (Société des Auteurs compositeurs et éditeurs de Musique) pour défendre leurs produits.  

                    

A vrai dire, comment peut-on développer la musique de manière générale sans pour autant avoir au préalable des réseaux de distribution ? C’est le dilemme principal des rappeurs. Ne sachant pas que faire, ils sont astreints, pour écouler leur produit, d’organiser ce qu’on appelle "Les Concerts Dédicace" très prisés par les rappeurs. Et, Dieu sait que cette procédure ou méthode ne réussit pas à tout le monde.

Le Hip Hop Mauritanien est bien représenté à l’étranger. En France, par B.O.B et au Sénégal, par Laye B qui y a sorti en 2003 et 2007, respectivement "Blague à part" et "Sénégal-Mauritanie".

 

On n’investit pas dans le Hip Hop 

 

Les producteurs se comptent par gouttes. Fatigués de taper à toutes les portes à chaque fois qu’il s’agit de production, certains rappeurs ont fini par se muer en producteurs. "Il n’y a pas de personnes aptes à produire. Elles ne savent pas ce que c’est que la production. Il n’y a pas de gens qui veulent s’engager dans une structure pour investir sur des artistes en produisant leurs albums", s’indigne Monza.

 

"Nous, les rappeurs, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir et de travail à faire pour que les gens soient totalement convaincus de ce que nous faisons", estime Waraba alias Big Power.  

                       

Pour certains rappeurs mauritaniens, à l’image de Waraba, qui ont eu la chance de voyager et côtoyer d’autres rappeurs africains, le Hip Hop Mauritanien  va mal. Lui aussi, il met en avant les problèmes de structures et d’organisation.

 

"Et pourtant, il y a des talents et des rappeurs qui font du bon boulot. Ils écrivent de très bons textes. Mais, bon ! Il n’y a pas une aide derrière", regrette-t-il. Certains pensent que le Rap doit être une musique militante et engagée. "Cela dépend des sources d’inspirations. Aujourd’hui, le Rap, rappelle Waraba, n’est pas une musique circonscrite. C’est une musique d’ouverture. Si certains pays sont en avance sur nous, c’est parce qu’ils élargissent ce qu’ils font. On est tous engagés mais de différente manière."

 

Pour Mar de Diam Min Tekky qui préfère enfoncer le clou, le Hip Hop en Mauritanie s’est détourné de sa voie originelle. Pour lui, il y a des choses plus importantes à dire que de faire danser les gens. "C’est là, en Mauritanie, où se trouve le racisme, l’inégalité et l’esclavage", se justifie-t-il.

 

Le Hip Hop Mauritanien a du mal à se départir de l’influence extérieure notamment américaine. "Les rappeurs mauritaniens plagient beaucoup. On voit un Method Man, un Awadi en Mauritanie. Cela handicape notre Rap. On doit rester des mauritaniens et créer notre propre style", déclare Mar.

 

"Le Hip Hop Mauritanien est là pour prouver par rapport aux autres", soutient-il en pensant qu’il n’est pas encore l’heure de faire du show-business, mais, de dénoncer. "On n’a pas le temps de faire sortir des filles habillées en string", ironise-t-il en faisant allusion aux clips américains ou sénégalais. "Si on sent que le Hip Hop en Mauritanie  ne va pas nous ouvrir, nous les rappeurs, d’autres portes, nous allons laisser tomber et faire autre chose", lance-t-il avec défi.

 

Waraba est de ceux qui croient dur comme fer que le Hip Hop Mauritanien peut rivaliser avec celui des autres pays comme le Sénégal ou le Mali. "Les talents sont là. Mais cela ne suffit pas. Il faut avoir un staff derrière. Par exemple, les rappeurs maliens, ils sont bien structurés. De même que les sénégalais ou burkinabé. C’est ce qui fait qu’ils sont en avance sur nous", explique-t-il.

 

Aujourd’hui, malgré une évolution en termes de production, on a constaté que le Hip Hop Mauritanien ne se vent pas bien. Là où un rappeur malien, sénégalais ou burkinabé arrive à vendre 100.000 cassettes, un rappeur mauritanien ne parvient même pas à écouler plus de 1.500 cassettes.

 

Pire encore, il n’y a pas de lieux de vente. Quand un rappeur sort son album, il est obligé de louer l’Ancienne Maison des Jeunes pour espérer vendre son produit. Dans ces conditions-là, peut-on exporter le Hip Hop Mauritanien ?

 

Des rappeurs comme P.A et F. Diou de Military Underground qui en ont fait l’expérience portent d’une part cette responsabilité sur le dos du Ministère de la Culture et d’autre part sur celui des artistes qui manquent, à leurs yeux, d’organisation. "Nous, les rappeurs, nous ne voyons pas aucune initiative venant d’une bonne volonté. Nous avons besoin d’appui pour que la musique Hip Hop puisse avancer notamment au niveau des ventes afin qu’on vive de notre art", affirme F. Diou. "C’est très important le fait de vendre, enchaîne P.A. On ne peut pas espérer mieux que cela. C’est la base de tout."

                             

Autre problème auquel sont confrontés les rappeurs est celui de la piraterie qui les empêche de dormir à tête reposée. Le cri est partout le même chez les artistes. Là aussi, selon P.A et F. Diou, la piraterie constitue un manque à gagner considérable pour les rappeurs mauritaniens. Cela n’empêche pas qu’il y ait une ruée vers le Hip Hop de la part des jeunes. Le Hip Hop est devenu une porte ouverte à tout le monde.

 

"Chacun y a sa place", estime F. Diou.  Cependant, avertit-il, on devrait assainir le Rap gangrené par des musiques ou paroles pleines d’incivilité et d’insolence. "Le rappeur est mal vu et mal jugé dans nos sociétés déjà.  Cela n’a pas sa raison d’être dans le mouvement Hip Hop mauritanien", dit-il. Pour autant, les Hip hoppeurs mauritaniens semblent être optimistes. "Le Hip Hop mauritanien a de l’avenir. La preuve, nos albums sont appréciés par tout le monde", déclare P.A, optimiste.

 

L’absence de médias privés, le peu de crédit accordé au Hip Hop par les médias officiels, le déficit structurel en termes de diffusion et de distribution, le manque de niveau et d’instruction participent au retard de l’explosion du Hip Hop en Mauritanie. En outre, au niveau de la tonalité et du groove de la musique, la qualité pose problème parce que les studios ne disposent pas de machines de masteurisation.  

 

Babacar Baye Ndiaye 

Repost 0
Published by leducdejoal - dans Reportages
commenter cet article
29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 20:55

Fête de la musiqueIls sont populaires. Ils vocifèrent à cœur de joie leur ras-le-bol sur tous les planchers. Ils ne ratent jamais l’occasion de tirer à boulets rouges sur ce qui ne va pas comme ils disent souvent. Les uns les adulent. Les autres les insupportent. On les accuse à tort ou à raison d’être d’incorrects donneurs de leçons ou de moralité. Mais, une chose est sûre, idolâtrés ou pas, ils sont les plus écoutés par la jeunesse et les plus courtisés. Quel politicien ne voudrait pas se les arracher ?

 

Partout où ils se produisent, on leur tire, à la fin de leur spectacle, le chapeau en signe de respect. Eux, ce sont nos rappeurs. Diam Mint Tekky, Military Underground, Minen Tèye, Number One African Salam, Ewlade Leblade, RJ, Rue Publik…Le talent est bien là. Et, nonobstant, les difficultés qu’ils rencontrent, ils font preuve d’une incroyable pugnacité et d’une foi inébranlable.

 

C’est là que résident vraisemblablement leur dangerosité et leur force. On se méfie d’eux comme de la peste. Leurs vérités se répandent très vite comme une traînée de poudre. Ils osent prendre des positions. On l’a vu avec Ewlade Leblade au sujet du coup d’Etat du 6 août 2008 avant que celui-ci ne rejoigne incognito le camp de Mohamed Ould Abdel Aziz. Leurs opinions sont souvent très critiques envers le gouvernement. Menaces de mort, musellement, censure, emprisonnement, intimidations…Les rappeurs mauritaniens ont bien récolté les fruits de leur engagement politique et social.

 

On a vu même des concerts de Rap dispersés par les forces de l’ordre et qui se terminent en queue de poisson. On peut tout leur reprocher sauf de manquer de tonalité, de perspicacité ou d’engagement. D’ailleurs, leurs textes en témoignent avec tous les risques que cela peut impliquer.

 

"En Mauritanie, il y a toujours un problème de liberté d’expression. S’il y a des groupes qui réussissent, malgré tous les problèmes, à dire ce qu’ils pensent et à ne pas succomber aux tentations, cela veut dire qu’ils sont courageux", déclare Mohamed Demba Diallo, un cadre au Ministère de l’Education Nationale.

 

Les rappeurs ont aussi dû mal à se départir de leur image de raconteurs de bêtises, de propos orduriers et créateurs de tissus de mensonges, de colporteurs et de médisants. Pour certains, les rappeurs peuvent bien s’en passer. Pour eux, il faut assainir le Rap de la médiocrité et de ses scories impures. Sinon, on risque de pousser les portes de l’extravagance à l’excès.

 

"On ne doit pas tenir des propos insultants envers le gouvernement, une personne sans fondement. C’est dangereux. Il faut faire très attention. Quand on prend le micro et qu’on dise : un tel homme politique est un vendu. C’est de la diffamation et en plus on ne respecte pas la personne. Même si c’est vrai, on doit tenir compte de sa famille, de son entourage, de ses enfants, de sa femme…", explique Lamine Sow, étudiant à l’Université de Nouakchott au département de Droit et par ailleurs un inconditionnel de 2 Pac.

 

Le Rap mauritanien est en train de changer…et les mentalités aussi ! Certes, le Rap a toujours été un mouvement revendicatif. Mais, il semble qu’une certaine démence s’est accaparée de l’esprit de nos rappeurs qui excellent à merveille dans la vulgarité.

 

"Les rappeurs qui font cela n’ont rien compris. Ceux qui réussissent à faire passer leur message tout en restant corrects sont à encourager. Quand on chante, on s’adresse à des personnes intelligentes. Si on chante n’importe quoi et n’importe comment c’est comme si on vociférait dans le vent", souligne Daouda Fall.

 

Avant de faire le Rap, nos rappeurs s’abreuvaient goulûment du Rap américain, français, sénégalais…Cela les a fortement influencés d’abord dans leur manière de réfléchir et d’écrire leurs textes qu’ils faisaient dans les langues étrangères comme le français ou l’anglais. Aujourd’hui, on le voit, les rappeurs qui ont plus de côte de popularité, ce sont ceux-là qui chantent dans leur langue maternelle.

 

Pour d’autres encore, le problème est ailleurs. Pour ces derniers, nos rappeurs traînent avec eux un déficit intellectuel criard. Très peu d’entre eux ont fait leur humanité à l’université. Certains personnes vont même jusqu’à douter de leur capacité à être de véritables leaders d’opinion.

 

"Si on ne connaît rien de la vie, on ne pourra pas s’adresser aux gens, prévient Ousmane Traoré. C’est très important que nos rappeurs aient un certain niveau d’instruction pour faire passer leurs messages".

 

Le son de cloche est presque partout identique. Le Rap mauritanien a besoin d’être soutenu pour décoller. Son essor exige la concentration de tous les efforts. "Le mouvement du Hip Hop a besoin de tout le monde pour se développer", lance un rappeur.

 

La question du développement du Rap est loin donc d’être tranchée. Si, on veut qu’il ait une certaine notoriété sur le plan international, affirment certains, il faut qu’il y ait des gens qui investissent de l’argent. Aujourd’hui, ils sont nombreux ces rappeurs-là qui continuent à faire le pied de nez en espérant que le Ciel leur tombe par-dessus leur tête.

 

"Il ne faut pas qu’ils attendent. Il faut qu’il y ait des gens qui permettent aux rappeurs de se développer. Sinon, ça va être compliqué pour eux ! Il faut qu’il y ait des gens qui créent des industries de musique", déclarait Xuman lors de son passage à la fête de la musique du 21 juin 2009 organisée au Ccf de Nouakchott.

 

Aujourd’hui, un constat s’impose tout de même. Certains de nos rappeurs sont presque récupérés par les hommes politiques qui les achètent à coup de millions d’ouguiyas. "Ne laisses jamais un politicien te rendre un service parce qu’un jour ou l’autre tu le lui paieras au prix fort", disait Bob Marley en substance.

 

Une réalité que feignent de tenir en compte la plupart de nos rappeurs. Fruits du mouvement du Hip Hop, nos rappeurs ont aujourd’hui tendance à gommer qu’ils sont avant tout des artistes qui doivent répondre à leurs convictions et aspirations. Dans ce lot, certains d’entre eux ont vendu leur âme à Lucifer. D’autres continuent à résister à l’appât du gain.

Les uns et les autres ne gagneraient pas à s’enfermer dans leurs carcans idéologiques. Car, le plus important, c’est de savoir dans quelle direction se dirige-t-on ?

 

Babacar Baye Ndiaye

 

Repost 0
Published by leducdejoal - dans Reportages
commenter cet article
12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 17:55

La moughataa de Rosso ressemble à un corps sans âme. Et, grâce au rap, cette ville monotone et jetée en pâture retrouve de temps en temps un semblant de vie. Mais, souvent, c’est sans compter avec l’austérité des forces de l’ordre qui trouvent parfois de malins plaisirs à imposer leur diktat sur une jeunesse qui a envie de s’envoler.

 

Alpha Sy est le président de l’Association Sportive et Culturelle (ASC) des jeunes d’Escale. Il s’étonne qu’une jeunesse comme celle de Rosso n’arrive pas à vivre ses aspirations et ses rêves. "La jeunesse rossossoise ne vit pas. Elle veut exister mais elle manque de liberté d’organiser des manifestations ou des soirées. A Rosso, à partir de minuit, la police se comporte comme en territoires occupés. Et, c’est comme si nous sommes des chèvres", rouspète-t-il.

 

D’ailleurs, à travers leurs textes, on sent cette envie de liberté notamment chez les rappeurs. A l’image d’Aldi-Soldier, c’est les groupes de rap qui portent le plus les revendications et les aspirations de la jeunesse de la ville de Rosso. Sur scène, ils ne ratent pas l’occasion de vouer aux gémonies la classe politique locale à qui ils reprochent de ne penser qu’à leurs propres intérêts. A Rosso, une conscience citoyenne est en train d’émerger petit à petit.

 

"A travers nos textes, on exprime notre mal-être, notre déception, l’injustice qu’on vit au quotidien, le peu de considération que les élus de la ville portent à notre égard. On dénonce leur hypocrisie, leur égoïsme et leur ambition à vouloir tout s’accaparer", râle l’un des membres du collectif de rap Aldi-Soldier.

 

Crier leur ras-le-bol par le biais du micro et chanter pour espérer que les choses changent à Rosso, c’est la seule arme dont disposent ces jeunes rappeurs. Aujourd’hui, de plus en plus, la ville de Rosso se vide de sa jeunesse frappée par le chômage. Ceux qui sont restés au bled tirent tant bien que mal le diable par la queue dans une ville où il n’y a rien pratiquement. Cette jeunesse a comme l’impression qu’on lui a tourné le dos. Il n’y a pas de maison de jeunes digne de ce nom pour une ville qui compte plus d’une cinquantaine de groupes de rap très créatifs mais malheureusement plombés. Ni de boîte de nuit. A part la salle "Ndillé", il n’y a pas de salles de spectacles.

 

"Nous manquons de tout, de moyens. Nous volons de nos propres ailes sans assistance. La municipalité ne nous aide pas. L’administration locale est aux abonnés absents", déplore Amadou Djanka alias Dj Kadjan. "Nous demandons à l’Etat d’implanter des sociétés dans la ville de Rosso pour y retenir la jeunesse. Il y’a de plus en plus de jeunes qui sont tentés par l’aventure parce qu’il n’y a pas de travail. Nous avons beaucoup de cadres à Nouakchott. Ils devraient penser à aider la jeunesse de Rosso qui est une jeunesse intelligente et motivée. Des phénomènes comme la délinquance juvénile sont presqu’inexistants à Rosso", poursuit-il.

 

Après s’être longtemps vue promettre le grand changement, la jeunesse rossossoise attend toujours qu’il s’opère. En attendant, ils vont devoir prendre leur mal en patience.

 

Babacar Baye NDIAYE

Repost 0
Published by leducdejoal - dans Reportages
commenter cet article