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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 20:03

artistes_mauritaniens1.jpgLes futurs artistes mauritaniens se heurtent à des stigmas sociaux et à un système de classe très enraciné lorsqu'ils veulent entrer dans le secteur des loisirs et du divertissement. Alors que les Mauritaniens affichent un intérêt croissant pour les arts et les divertissements, un système de classe sociale traditionnaliste empêche de nombreux jeunes talents de poursuivre leurs rêves.

Un observateur attentif des émissions télévisées très populaires comme "Golden Tunes" et "Mauristar" pourra remarquer que le secteur du divertissement est strictement confiné à un groupe social, les Griots.

"Les Griots ont joué un rôle important dans la préservation du patrimoine tribal et dans les louanges à la gloire des chefs tribaux", a expliqué le journaliste Mohamed Ould Akel. "En tant que tels, ils étaient assimilés aux médias de masse de la tribu. Cette tradition perdure encore aujourd'hui." "Lors d'évènements sociaux comme les mariages, des chanteurs chantent les louanges des tribus du jeune couple", explique-t-il. "Les membres de cette classe héritent traditionnellement des chants, qui sont en général la source de revenu."

Sidna Ould Alem, instrumentaliste et compositeur, a expliqué que "l'art mauritanien n'a pas beaucoup évolué, parce qu'il se transmet, et parce que les artistes ne souhaitent pas le développer parce qu'ils tirent leurs revenus de cet art en conservant la même tradition : en chantant les louanges des personnes lors des mariages."

Interrogé sur le point de savoir pourquoi ce domaine était cantonné aux Griots, Ould Alem a expliqué que "les artistes traditionnels ne permettent pas aux jeunes talents de les rejoindre, parce qu'ils veulent maintenir un droit exclusif sur l'art traditionnel, qui est leur moyen de subsistance". "Les jeunes d'aujourd'hui se contentent d'imiter l'ancienne génération", ajoute-t-il. "L'art continue ainsi de perpétrer ses mêmes valeurs traditionnelles."

Le ministère de la Culture, ajoute Ould Alem, contribue à rigidifier la musique mauritanienne. "En fait, la plupart des artistes appartiennent aux tribus qui se sont historiquement intéressées à la poésie et ont méprisé l'art", explique-t-il. "Si le ministère apporte son soutien aux artistes, le patronage et le tribalisme jouent un rôle essentiel."

Tarba Min Amar, directeur de la culture et des arts au ministère mauritanien de la Culture, déclare pour sa part : "Le ministère soutient la musique traditionnelle, pratiquée par une classe particulière, en maintenant un modèle de patrimoine artistique qui reflète l'originalité d'un pays et son patrimoine, mais ne cherche pas à monopoliser une quelconque forme d'art."

"C'est plutôt la mentalité de la société que rencontrent ceux qui sont extérieurs à la communauté artistique et souhaitent y adhérer, parce que chaque créateur s'inquiète d'être stigmatisé par son milieu social", ajoute-t-il.

Min Ammar explique que le ministère de la Culture encourage ceux qui sont "en-dehors de la clique", parce qu'ils "diffusent un message par le biais de leurs chansons, comme la lutte contre la délinquance, l'illétrisme, le paludisme et le SIDA".

Pour sa part, la jeune artiste Noura Mint Seymali, également membre du jury Mauristar, explique que "les parents sont en général ceux qui placent des obstacles sur le chemin de leurs enfants qui souhaitent chanter".

"En Mauritanie, l'art est tributaire de la classe, et de nombreux artistes ne sont que des chercheurs de profit", se lamente Mohamed Ould Khalih, originaire de l'extérieur de cette communauté de classe. "Un artiste appartenant à cette clique est donc largement applaudi, même si sa voix est discordante."

Selon lui, cette attitude "empêche le développement de l'art en Mauritanie". "Si vous n'êtes pas membre de la communauté artistique, mais que vous avez une belle voix, vous serez harcelés par les clans artistiques", explique-t-il.

En Mauritanie, les artistes sont perçus comme ceux qui "saluent ou critiquent les gens pour des gains matériels", et non comme "ceux qui ont un message social noble à faire passer", ajoute-t-il.

"Si vous voulez être accepté par la société, vous devez vous appuyer sur une famille d'artistes de renom, y entrer, par le mariage ou autre", explique-t-il. "Mais vous devez en payer le prix, parce qu'alors votre famille vous déshéritera et vous traitera avec mépris."

Par Jemal Oumar pour Magharebia à Nouakchott

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Published by Babacar Baye Ndiaye dit - dans Reportages
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