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Derrière Daande Jam Salsa Band, il y’a l’ombre d’Abdoulaye Soumaré qui ne veut pas quitter la scène musicale comme un grand adolescent boudeur. Ce vieux marcheur, à la barbiche légendaire qui pavoise sous l’effet du henné, est, aujourd’hui, le dernier d’une génération de musiciens de salsa en Mauritanie. Il sent la musique et continue à humer l’air frais de cet univers. Et, lorsqu’il pose ses lèvres sur le micro, "les pavés rougissent" comme disait Victor Hugo.
Des renoms de la musique cubaine comme Abelardo Barroso, Monguito Santamaria et Celia de la Caridad Cruz Alfonso alias Celia Cruz (la grande diva) l’ont très tôt plongé dans le monde de la salsa et depuis qu’il l’a dégotée, il y est resté. D’ailleurs, Abdoulaye Soumaré reconnait que c’est "leurs morceaux qui l’ont motivé à faire de la salsa et devenir aussi chanteur".
Ce natif de la ville de Rosso en Mauritanie dont le père est originaire de Wompou a roulé assez longuement sa bosse au Sénégal notamment entre Saint-Louis et Richard-Toll avant de revenir s’installer définitivement au bled. Son séjour au Sénégal va lui ouvrir les portes de l’Amicale Jazz de Saint-Louis avant de revenir quelques années plus tard en Mauritanie pour y monter son groupe "Daande Jam Salsa Band" composé essentiellement de jeunes.
Au Sénégal, le jeune Abdoulaye Soumaré va fréquenter des musiciens de salsa comme feu Pape Serigne Seck dit "Serigne Dagana". "C’est un musicien que j’ai beaucoup aimé. C’est pour cela, j’ai repris beaucoup de ses chansons comme Mathiaky. C’était un grand nom de la musique sénégalaise", rappelle-t-il, soudainement replongé dans les limbes des réminiscences exotiques.
Cet artiste qui a fréquenté également feu Eric Mbacké Ndoye et Badou Ndiaye (membres du groupe sénégalais de "Etoile de Dakar" fondé en 1978 sous l’impulsion de Youssou Ndour et d’El Hadji Faye) au tout début de leur carrière musicale vit aujourd’hui reclus à Nouakchott, loin des tracas de la réussite sociale, la recherche de la renommée et des podiums sauf à de rares occasions.
Et, il lui arrive très rarement de s’essayer aux répétions. Preuve qu’il dompte la musique. Lui-même s’en glorifie. "Quand on a la musique dans les veines, c’est terminé", se défend-il et ne se prive pas de donner des conseils à ceux qui voudraient s’aventurer à faire de la salsa."Il faut connaitre la musique et avoir l’oreille musicale pour pouvoir jouer la salsa. La salsa n’est pas n’importe quelle musique. Ce n’est pas n’importe qui non plus qui peut jouer de la salsa. Ici, en Mauritanie, je n’ai pas vu un orchestre qui joue de la salsa", commente-t-il sans fioritures.
Sur scène comme dans la vie, Abdoulaye Soumaré dégage un mélange de bonheur et de tranquillité. La salsa lui a fait un triomphe. Et, il explique qu’il ne cherche rien en continuant à jouer de la salsa. "J’aime la salsa et je la jouerai jusqu’à la fin de mes jours. J’ai des enfants qui sont devenus grands. Mais, cela ne m’empêche pas de faire de la musique", dit-il.
Chez ce vieux routier, la salsa est un goût et donc n’a jamais été tenté par une carrière musicale enchanteresse et avoue ne pas être effrayé par l’argent et les tournées. "J’aime ce que je fais, répète Abdoulaye Soumaré. Et, je la joue". Son atavisme musical dans le domaine de la salsa, un genre qui n’a pas droit de cité en Mauritanie, l’a poussé à encadrer des jeunes afin qu’ils assurent la relève. Mais, tellement qu’il a envie de faire plaisir qu’Abdoulaye Soumaré ne pense même pas, malgré le poids de l’âge (66 ans) et la fatigue, à tirer sa révérence. Sauf, peut-être…"Dès que j’aurai quelqu’un qui peut faire ce que fais, alors, je tirerai ma révérence en toute quiétude. Mais, je n’ai pas encore vu un jeune qui peut chanter la salsa", explique-t-il.
Les rares concerts de salsa qui sont organisés attirent peu de monde. Ce qui en dit long sur l’état actuel de cette musique qui est en train de mourir à petits feux en Mauritanie depuis que les "Sœurs Unies" qui amenaient souvent des orchestres de salsa du Sénégal n’existent plus. Certainement, qu’après lui, la salsa ne survivra pas au pays d’un million de poètes et cette musique d’où voltigent de voluptueuses sonorités ne se fera plus entendre sur une scène. Mais, "la salsa est une musique qui ne meurt pas", prévient-il.
Babacar Baye NDIAYE