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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 00:40

9143e96989Après "Maayo" ("La mer" en langue peulh) sorti en 1997 et "Diam Taan" ("La Paix seulement" en peulh) en 2001, Demba Ndiaye Ndilane signe son 3ème album : "Réwo" en peulh "Le Nord", sorti récemment. Ce titre est une allusion à la Mauritanie, son pays d’origine. "Réwo" est la résultante d’un parcours, d’une histoire, bref de toute une vie. "Réwo, est une façon pour moi de dédier cet album à la Mauritanie, de rendre hommage à mon pays, la Mauritanie, un pays qui m’a vu naître, grandir, un pays où j’ai piqué le virus de la musique", explique-t-il.

 

La nostalgie du pays

 

Même s’il mène sa carrière musicale au Sénégal, il a toujours la nostalgie de son pays natal. Mais, derrière ce feu follet de scène se cache une vie pleine de souffrances faite de remords et de péripéties dignes du parcours d’un combattant.

 

A la suite des évènements de 1989, le voilà, comme des milliers de mauritaniens, déporté au Sénégal. Ce fut une véritable expérience douloureuse pour lui."J’étais dépaysé d’une manière extraordinaire. C’était très douloureux…", se souvient-il encore. A partir de là, il va se forger un destin, celui de musicien.

 

Dans l’album "Réwo" composé de huit titres inédits, il y a en un qu’il a dédié à Ibrahima Moctar Sarr, président de l’Alliance pour la Justice et la Démocratie/Mouvement pour la Rénovation (Ajd/mr).

 

"A travers lui, j’ai connu beaucoup de choses. J’ai repris beaucoup de ses chansons. C’est quelqu’un qui ne m’a jamais demandé un sou en reprenant ses morceaux. C’est un monsieur qui a toujours œuvré pour que nous, jeunes artistes, soyons unis et symboles de la population Halpulareen", dit-il.

 

Ce morceau est juste pour lui de rendre hommage à l’homme culturel qu’est Ibrahima Moctar Sarr. "Je l’ai connu avant qu’il ne soit un homme politique. Je ne connais pas Ibrahima, l’homme politique mais Ibrahima l’homme culturel", précise-t-il tout en se défendant de faire de la politique.

 

Son premier album, "Maayo", a été produit par Baba Maal. Leur lien d’amitié est tellement fort que certains se demandent même ce qui se cacherait derrière. C’est lui d’ailleurs qui l’a révélé au public en produisant son premier album. "C’est quelqu’un qui a toujours cru ce que je suis en train de faire. Par la grâce de Dieu, il m’a compris. Je n’étais pas le seul jeune artiste qui tournait autour de sa personne", rappelle-t-il.

 

Sa rencontre avec Baba Maal fut un véritable déclic pour lui. Car c’est lui qui va réveiller son "démon" musical. Lorsqu’il parle de Baba Maal, à qui il doit une bonne partie de sa carrière musicale, il ne tarit jamais d’éloges à son égard."C’est un symbole de la culture africaine", soutient-il.

 

A ceux qui ont tendance à penser qu’il singe le leader du Dandé Léñool ("La voix du Peuple" en peulh), il lance :"Je n’ai aucun lien de ressemblance avec Baba Maal. C’est un halpoular. Je suis un halpoular aussi. Ça s’arrête là. Il a sa musique. Moi aussi, j’ai la mienne".

 

Un panafricaniste convaincu

 

Demba Ndiaye Ndilane est un grand panafricaniste convaincu. Engagé, sans pour autant renier définitivement ses racines mauritaniennes, Demba Ndiaye Ndilane se définit comme un militant de l’identité culturelle de l’Afrique. Pour lui, c’est le combat que doivent mener les artistes du continent africain.

 

Il est imbu des idées panafricanistes défendues par Cheikh Anta Diop, Kwame N’Krumah, Sékou Touré, Patrice Lumumba…"Je me sens d’abord africain avant de me sentir mauritanien ou sénégalais. Je suis un panafricaniste. Tout ce qui unit l’Afrique me concerne. Je fais toujours pour que tout Africain se sente mieux à l’aise là où il doit se plaît à être…", dit-il. Une dose d’Africanité bouillonne en lui. Il rêve d’une Afrique Unie à l’image de l’Europe ou des Etats-Unis d’Amérique. "Je suis Africain et je revendique mon africanité. Je n’appartiens pas uniquement à un pays", dit-il.

 

Il veut suivre les traces de Youssou Ndour, Alpha Blondy, Baba Maal, Salif Kéita…qui sont de grands noms de la musique africaine mais aussi des défenseurs de la cause africaine."Ces gens-là éprouvent beaucoup de difficultés à réunir les africains autour d’une seule idée. C’est à nous, jeunes, qui venons d’arriver, de les aider pour qu’ils concrétisent leur rêve, une manière de leur montrer que nous sommes derrière eux", dit-il.

 

Demba Ndiaye Ndilane a une double culture : mauritanienne et sénégalaise. Son père est de Bow, au Sénégal, dans le département de Matam et sa mère de Gourel Baïdy Aly qui se trouve à côté de Maghama. Cet héritage, cette appartenance à deux cultures différentes, Demba Ndiaye Ndilane le revendique avec beaucoup de fierté.

 

La musique comme remède

 

Détenteur d’une licence professionnelle de Football, rien ne prédestinait Demba Ndiaye Ndilane à la musique qui est devenue son premier amour. "Je suis venu à la musique par la grâce de Dieu mais aussi par un mal du cœur. J’ai senti beaucoup d’injustices... Cela m’a révolté", révèle-t-il.

 

Pour ce faire, il apprend la langue peulh en clandestinité, il commence à écrire, à composer des chansons."Cela m’a donné le courage de faire de la musique", dit-il. Commence aussi pour lui, la période des vaches maigres. Il erre, voyage, découvre "les merveilles de la culture peulh" et tombe sous le charme "de la symbiose qu’il y a entre les différentes communautés de Mauritanie et du Sénégal".

 

Sa musique s’adresse surtout à la jeunesse, appelle à la communion des cœurs entre les différentes communautés de la Mauritanie, prône le dialogue et le pardon entre elles. Pour lui, c’est la seule manière pour la Mauritanie de progresser. "Un jour viendra, la Mauritanie sera un pays prospère", rêve-t-il.

 

Aujourd’hui, il utilise la musique comme une sorte de remède. Malgré toutes les difficultés qu’il a rencontrées durant son adolescence, Demba Ndiaye Ndilane a tourné la page et est plus préoccupé par sa carrière musicale que par autre chose.

 

Certes, les évènements de 1989 sont bien loin mais ils sont restés toujours dans son cœur, son esprit et son âme. "Nous étions jeunes lorsque nous avons été déportés. On n’a jamais oublié mais on a toujours essayé de s’accrocher. C’est toujours très difficile d’être loin de ses origines, de sa patrie…", explique-t-il. 

 

Demba Ndiaye répond bien à son surnom d’artiste "Ndilane" qui est un nom d’oiseau aquatique qui sert de guide aux crocodiles. "Je fais de la musique pour que les uns et les autres sachent qu’à travers elle on peut véhiculer des messages porteurs d’espoir."

 

Avec son nouvel album, "Réwo", Demba Ndiaye Ndilane va à la conquête du public mauritanien, une manière de se faire connaître davantage par ce dernier, lui qui a dû mal à s’imposer musicalement en Mauritanie. "Je me sens toujours en contact ave la population mauritanienne", se défend-il.

 

L’album "Réwo" est une autoproduction. Cet album a été enregistré entre Paris et Bruxelles. Dans cet album, Demba Ndiaye Ndilane s’est entouré de musiciens expérimentés : Malick Pathé Sow, Bao Cissoko, Moustapha Ndiaye, Youba Dia, Mamani Thiam, Coumbis et Athié…"Ils m’ont aidé à sortir cet album". Tout ne s’est pas passé comme sur des roulettes puisque c’est lui-même qui a vendu son album et en plus il a dépensé beaucoup d’argent pour son enregistrement.

 

Demba Ndiaye Ndilane ne fait pas que de la musique."Il m’arrive souvent d’être ouvrier", révèle-t-il. Il préfère porter des fagots de bois que d’aller mendier, ou voler... Parole d’artiste !

 

Une chose qu’il aimerait dire avant de nous quitter. A l’intention des autorités culturelles de la Mauritanie : "La culture mauritanienne n’est connue nulle part. C’est la triste réalité. Il y a beaucoup de jeunes talents en Mauritanie qui ne sont pas connus et qui méritent d’être connus dans le milieu artistique mondial". Que faut-il faire ? "Investir", répond-il. Alors, qu’est-ce qu’on attend ?

 

Babacar Baye Ndiaye

 

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Published by ducdejoal - dans Portraits-Rencontres
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