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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 22:52

 

                             Nasser[1]
Il a la voix. En plus, on ne peut qu’être admiratif de ce jeune artiste très courageux et talentueux. Sa notoriété dépasse aujourd’hui les frontières de la Mauritanie. Là où il part, il entonne fièrement et sans complexe ses origines. Il excelle dans la variété. Profitant de son séjour à Nouakchott, nous sommes allés à sa rencontre. Portrait d’un jeune artiste rêveur de 23 ans qui milite pour le métissage. Un artiste qui combat le racisme, les inégalités sociales, l’esclavage qu’il considère comme un avilissement pour la Mauritanie et appelle à l’unité des cœurs de tous les mauritaniens.


Jusque là, il était peu connu du grand public. Mais, depuis la sortie de son premier album solo "Ailleurs" en janvier 2009, tout semble aller comme sur des roulettes. Cet album, en effet, n’a fait que lui procurer du plaisir. Un plaisir supplémentaire. Des perspectives ne manquent pas. Déjà, des émissions de radio et de télé sont en ligne de mire au Sénégal et ultérieurement en Mauritanie où il y compte tenir des concerts prochainement pour présenter son album.


Nasser est un jeune artiste très ambitieux. Actuellement, il est au Sénégal où il mène sa carrière musicale depuis 2006. "J’étais parti au Sénégal pour contacter des producteurs. Entre temps, je me suis dit pourquoi ne pas rester pour enrichir ma carrière musicale", explique-t-il. Ce voyage fut un véritable déclic pour lui.

 

La rencontre avec Sara Nadina

 

Au pays de la Téranga, Nasser n’a jamais éprouvé le complexe d’infériorité. Il n’y est pas parti la tête vide. "Nous, les artistes mauritaniens, nous avons de la chance, soutient-t-il. Lorsqu’on évolue dans un pays comme le Sénégal, tout le monde est surpris de notre talent. On a envie de nous découvrir. On s’étonne. On a envie de savoir ce que nous valons".


Nasser semble traîner avec lui la baraka. Au Sénégal, son talent ne tardera pas à se faire découvrir. Le voilà qui commence à creuser son sillon. Un jour, à Saly, à Mbour, dans un hôtel, alors qu’il jouait, Sara Nadina l’entend chanter. Ce fin connaisseur de la musique de variété qui était là l’écoutait attentivement.


Elle fut agréablement éblouie par ce qu’elle venait d’entendre et de découvrir pour la première fois notamment de la trempe de Nasser originaire de Mauritanie. Sara Nadina, puisqu’il s’agit d’elle, ne chercha pas à comprendre. Du coup, sous le poids de l’émerveillement, elle apostropha Nasser et lui proposa de le produire.

De cette rencontre va naître le premier album solo de Nasrdine Ould Salem, "Ailleurs" qui sera réalisé d’ailleurs dans son studio, à Saly. Un titre à la fois exotique et évocateur de son parcours musical.

                                                                            

Le roc parental

 

Ça n’a pas été facile pour lui ! Pour en arriver là, Nasser a dû contourner le roc parental. En effet, son père, à ses débuts dans la musique, a été réticent et ne supportait pas l’idée que son fils fasse de la musique. D’ailleurs, il le voyait d’un mauvais œil. Son père n’est autre que Baye Saloum Fall qui fait partie des premiers techniciens de Radio Mauritanie.

Nasser est issu de la tribu des Dawaeli Oulad Bisbe.
Il est aussi un petit fils du grand et célèbre poète feu Mohameden Ould Mohamed Vall Ould Sidi Brahim. Ce dernier, issu de la grande famille des Sba-iya, avait marqué de son sceau, toute l’histoire contemporaine de la poésie mauritanienne.

Pour cette raison, son père n’a jamais voulu qu’il chante sous le prétexte qu’il n’était pas un descendant de famille de griots. Toutefois, au fil du temps, il comprit que la musique était devenue une passion pour sa progéniture. "Aujourd’hui, je suis fier de lui", témoigne-t-il, ému.

 

 

De l’anonymat au succès

 

Nasser est un chanteur en devenir. Né en 1986 à Nouakchott, Nasrdine Ould Salem a très tôt flirté avec la musique. Avant de partir au Sénégal, il a évolué avec Papis Koné, Papis Diarra et Seydou Sow dans le groupe "Wal Fadjri" de Nouakchott à la fin des années 90. "Ils m’ont beaucoup apporté sur le plan personnel et musical. On continue à garder de bons rapports", dit-il.


Aujourd’hui, Nasser (en arabe le "victorieux") semble nager dans la joie et le succès sans se prendre la tête. La nostalgie du pays dans le cœur, il confie : "Tout ce que j’ai, je le dois à mon pays, la Mauritanie". La Mauritanie, il la porte dans son cœur. Grandi à la Médina 3, Nasser a une racine chez les peulhs, une racine chez les beydhanes, une racine chez les bambaras et une racine aussi chez les Harratines. Rien d’étonnant donc lorsqu’il revendique sa mauritanité.


Ce fan de Michaël Jackson, de Steve Wonder et ancien compagnon de Waraba n’a rien perdu de son accent maure et de ses airs de poète qu’il a hérités de ses aïeuls. Cela se ressent d’ailleurs dans son album "Ailleurs". Cet album qui traduit une autre vision de la musique est une réponse à un besoin d’ouverture de l’artiste mauritanien. De Nouakchott à Saly en passant par Dakar, Nasser est devenu presqu’une étoile. Mais aussi un leader d’opinion qui se met au service de l’Universel.


L’expérience sénégalaise en termes de cohabitation entre les différentes communautés l’a superbement émerveillé. D’ailleurs, une pareille communion, il en rêve."Au Sénégal, je n’ai pas remarqué de différences entre les communautés du pays. On ne verse pas dans des considérations d’ordre identitaire. Je veux que la Mauritanie soit pareille un jour", explique-t-il. "Notre problème, nous les mauritaniens, c’est qu’on ne communique pas".


L’album "Ailleurs" est composé de 9 titres inédits : Nadhava, Voir ailleurs, Anna Vanane, Je chanterai, Ya Salam, J’aime pas, Le Prophète (PSL), Attends-moi, Sirac. Un album à écouter pour le plaisir des sens avec des thèmes très forts. On y retrouve toutes les sauces musicales. Sauf le mbalax. "Je ne peux pas le faire. D’ailleurs, ma productrice n’en veut pas", explique-t-il. A écouter Nasser, on ne peut qu’aimer ce qu’il fait. Un artiste en devenir à découvrir !


Une chose : lorsque vous serez de passage à Saly, allez le découvrir. Il vous entraînera inéluctablement dans les prairies du Jazz, du Blues, du Rock and Roll, du Salsa, de la Biguine, de la Valse, du Raï…A coup sûr, vous ne serez pas déçu ! Même s’il a encore du chemin à faire dans sa carrière musicale, sa voix captivante vous fera oublier vos soucis.

 

Babacar Baye Ndiaye

 

 

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Published by Babacar Baye Ndiaye - dans Portraits-Rencontres
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